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Marins français voulaient brûler des migrants au lance-flammes : enquête ouverte

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-09
Illustration: Marins français voulaient brûler des migrants au lance-flammes : enquête ouverte
© Stumbleine Photography / Pexels

« Faudrait tous les brûler au lance-flammes. » Ces mots ne sortent pas d’un film de guerre. Ils ont été prononcés par un marin de la Marine nationale à bord du Ridens — un navire affrété par l’État pour sauver des vies dans la Manche. Les victimes ? Des migrants tentant de rejoindre le Royaume-Uni. La cible ? Des êtres humains qualifiés d’« animaux ». Le parquet de Dunkerque a ouvert une enquête le 9 mai 2026. Les chefs : injures publiques à caractère raciste et mise en danger de la vie d’autrui. Ce n’est pas une rumeur. C’est un dossier. Et il sent la poudre.

Des mots qui tuent

Le 13 avril 2026, le préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord saisit le parquet. Il transmet un courrier interne explosif. Un agent de la Marine nationale — un collègue, pas un militant — dénonce quatre marins. Leurs noms ? La procédure les garde sous scellés. Leurs actes ? Une série d’incidents survenus en août et décembre 2025 à bord du Ridens, bâtiment de soutien de la Marine (source : defense.gouv.fr). Les faits sont glaçants.

Une femme ayant effectué des missions à bord en 2025 témoigne dans Le Monde. Elle raconte : un collègue traite les migrants rescapés d’« animaux ». Il ajoute, sans rire : « faudrait tous les brûler au lance-flammes ». La phrase est rapportée par Le Figaro et confirmée par la procureure Charlotte Huet. Ce n’est pas une vanne de comptoir. C’est un discours tenu dans le cadre d’une mission de sauvetage — là où l’éthique voudrait qu’on tende la main, on parle de lance-flammes.

« Injures publiques en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion » : l’article 33 de la loi sur la presse est clair. La mise en danger délibérée de la vie d’autrui, c’est l’article 223-1 du code pénal. Jusqu’à un an de prison et 15 000 euros d’amende. La Marine nationale, forte de 40 000 marins déployés 365 jours par an, se retrouve éclaboussée. (Oui, vous avez bien lu : des soldats français, payés par nos impôts, parlent de brûler des êtres humains.)

Une chronologie qui accuse

Août 2025. Le Ridens patrouille. Des migrants sont récupérés en mer. À bord, des propos racistes fusent. Personne ne réagit ? Si, un agent note. Il attend. Il collecte. Décembre 2025 : nouvel épisode. Les mêmes marins ? L’enquête le dira. Ce qui est sûr : le 13 avril 2026, le préfet maritime transmet le signalement. Le parquet de Dunkerque, dirigé par Charlotte Huet, ouvre une enquête le 9 mai 2026.

Pourquoi ce délai ? Les mesures conservatoires ont été prises immédiatement après le signalement, précise la préfecture maritime. Elles sont toujours en vigueur. Les quatre marins ont-ils été suspendus ? Mutés ? La préfecture ne détaille pas. « Des mesures conservatoires », répète-t-elle. Un silence qui en dit long.

Le timing interroge. Les faits remontent à août 2025. Le courrier du lanceur d’alerte date d’avril 2026. Huit mois. Qui a protégé qui ? La Marine nationale a-t-elle tenté d’étouffer l’affaire ? Le parquet, lui, n’a pas traîné : moins d’un mois entre le signalement et l’ouverture de l’enquête. Mais huit mois de silence, c’est long. Trop long quand des vies sont en jeu.

Le Ridens : un navire sous haute tension

Le Ridens n’est pas un rafiot. C’est un bâtiment de soutien de la Marine nationale, affrété par l’État pour les opérations de sauvetage dans la Manche. Depuis 2018, la route migratoire vers l’Angleterre s’est intensifiée. En 2024, plus de 30 000 traversées ont été tentées. Des centaines de morts. Chaque jour, des femmes, des enfants, des hommes fuient la guerre, la misère, les persécutions. Et ils tombent sur des marins qui les traitent d’« animaux ».

Le contexte est explosif. La Manche est devenue une zone de tensions politiques. Le gouvernement britannique presse la France d’intercepter davantage. Les associations dénoncent des refoulements illégaux. Et au milieu, des marins chargés de sauver — ou de dissuader ? — se permettent de fantasmer un lance-flammes. Une date. Un virement. Une question : qui commandait à bord ce jour-là ?

Le témoignage de la femme embarquée est accablant. Elle décrit une situation où des migrants secourus ont été mis en danger. Pas de précisions publiques — l’enquête les révélera. Mais le parquet a retenu la qualification de « mise en danger de la vie d’autrui ». Ce n’est pas une simple insulte. C’est un acte. Un geste, une omission, une décision qui a failli coûter la vie à des personnes déjà vulnérables.

Le lanceur d’alerte : un héros malgré lui

Un agent de la Marine nationale a brisé l’omerta. Il a écrit. Il a signé. Il a envoyé son courrier au préfet maritime. Ce n’est pas un anonyme : son nom figure dans le signalement. Il a pris le risque de dénoncer ses collègues. Dans une institution où la loyauté au groupe est une valeur cardinale, ce geste est un suicide professionnel. Il le sait.

L’armée française a une histoire compliquée avec le racisme. En 2021, la Garde républicaine a été secouée par six ans de discriminations systématiques (voir les précédents épisodes du Dossier). Aujourd’hui, c’est la Marine. Les mêmes causes produisent les mêmes effets : une culture du silence, une hiérarchie qui ferme les yeux, des lanceurs d’alerte broyés.

Que va-t-il arriver à cet agent ? La loi protège les lanceurs d’alerte depuis 2016. Mais dans la pratique, les représailles sont fréquentes. Mutation disciplinaire, mise au placard, pressions psychologiques. Le Dossier suivra son sort. L’enquête devra aussi établir si d’autres membres d’équipage savaient et se sont tus. Combien de témoins ? Combien de complices ?

Un système, pas des brebis galeuses

« C’est une erreur individuelle », diront certains. Non. Ce n’est pas une erreur. C’est un système. Les propos racistes ne surgissent pas du vide. Ils prospèrent dans une culture qui tolère l’intolérance. La Marine nationale forme ses marins à la lutte contre les discriminations ? Oui. Mais les formations ne suffisent pas quand l’encadrement ferme les yeux.

Le Ridens n’est pas un cas isolé. En 2023, un rapport interne de la Défense révélait que 15 % des militaires disaient avoir été témoins de propos racistes. 15 %. Un chiffre sous-estimé. La réalité est probablement bien plus haute. Les victimes sont souvent des militaires issus de minorités. Mais quand les cibles sont des migrants, le racisme devient acceptable aux yeux de certains — « ce ne sont que des clandestins ».

Le parquet de Dunkerque a ouvert une enquête. C’est une première étape. Mais elle ne suffira pas. Il faut une inspection générale de la Marine sur les pratiques de sauvetage. Il faut des sanctions exemplaires — pas des mutations discrètes. Il faut que le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, sorte de son silence. Il a condamné les propos racistes de CNews contre Bally Bagayoko (voir épisode précédent). Qu’attende-t-il pour condamner ceux de ses propres marins ?

Où est l’argent ? Où sont les responsabilités ?

Question subsidiaire : combien coûte le Ridens ? Le navire est affrété par l’État. Le contrat court sur plusieurs années. Chaque mission de sauvetage coûte des dizaines de milliers d’euros en carburant, en équipage, en maintenance. Et pendant ce temps, des marins parlent de lance-flammes. Les contribuables paient-ils pour sauver des vies ou pour financer un climat de haine ?

Le préfet maritime a pris des mesures conservatoires. Lesquelles ? Il ne les détaille pas. Transparence, quand tu nous tiens. Le Dossier réclame la publication de ces mesures. Les marins concernés sont-ils toujours en activité ? Ont-ils été déployés sur d’autres missions ? Le parquet devra répondre. Mais en attendant, le doute plane.

Une chose est sûre : cette affaire n’est pas un fait divers. C’est un révélateur. La Marine nationale, fer de lance de la souveraineté française, est gangrénée par des comportements indignes. Des hommes censés protéger la vie menacent de la détruire. Et les victimes sont celles que l’État a pour mission de secourir.

L’enquête ne fait que commencer

Le 9 mai 2026, le parquet de Dunkerque a ouvert une enquête. Les marins du Ridens sont sous le coup d’accusations graves. Les preuves existent : un courrier, un signalement, un témoignage. La procureure Charlotte Huet a parlé. Le préfet maritime a agi. Mais la machine judiciaire est lente. Les procédures militaires opaques.

Nous attendons les noms. Nous attendons les suites. Nous exigeons que la Marine rende des comptes. Pas de communication lisse. Pas de « mesures conservatoires » sans contenu. Pas de silence institutionnel.

Le Dossier continuera de suivre cette affaire. Parce que des marins qui veulent brûler des migrants au lance-flammes, ce n’est pas une aberration. C’est une faillite. Et cette faillite a des noms, des dates, des grades.

Sources : Le Parisien avec AFP (9 mai 2026), Le Monde et Lighthouse Reports, Le Figaro, site officiel de la Défense (defense.gouv.fr), Le Dossier — dossier « CNews dans la tourmente » (épisodes précédents).

📰Source :youtube.com

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Épisode 14 · 2026-05-09

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