Macky Sall à l'ONU : le sang versé au Sénégal pèse sur sa candidature

Le bilan qui tue la candidature
Macky Sall a dirigé le Sénégal de 2012 à 2024. Son premier mandat ? Pas de vague de répression majeure. Puis vint la contestation de la jeunesse, entre 2021 et 2024. La réponse fut brutale.
Selon Amnesty International Sénégal, citée par Benjamin Cing du journal Le Monde, « jamais dans l'histoire du Sénégal, même du temps du parti unique de Senghor dans les années 1960, on a connu une telle répression ». Le bilan officiel fait état de 67 morts. Les estimations officieuses atteignent la centaine.
Retenez ce détail : Macky Sall arrivait au pouvoir en 2012 grâce au collectif Y'en a Marre — un grand mouvement citoyen. Il incarnait l'espoir démocratique. Douze ans plus tard, il fuyait au Maroc, chassé par l'élection de Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, deux opposants qu'il avait emprisonnés.
Le contraste est saisissant. L'homme qui veut incarner la défense des droits humains à l'ONU a réprimé dans le sang ceux qui réclamaient les siens.
Un marchandage politique sénégalais
Pourquoi le Sénégal soutient-il aujourd'hui cette candidature ? Un mot : politique intérieure.
Bassirou Diomaye Faye, le nouveau président, est en crise ouverte avec Ousmane Sonko — qu'il a congédié il y a quelques semaines. Sonko reste à la tête du parti Pastef et préside l'Assemblée nationale. Une cohabitation conflictuelle.
Diomaye Faye a besoin de soutien. De relais. Alors il a fait un calcul : soutenir Macky Sall en échange d'un appui politique pour sa propre survie. Il a reçu l'ancien président à Dakar la semaine dernière. Deal scellé.
Le Collectif des victimes du régime de Macky Sall, par la voix de Bouba Cariller, dénonce : « Il est incompréhensible que l'État du Sénégal soutienne cette candidature. » Selon la source, le Nigeria, poids lourd de l'Union africaine, a prévenu : si Macky Sall reste candidat, il présentera un concurrent.
Vingt pays africains disent non
La candidature de Macky Sall a été présentée par le Burundi — pas par le Sénégal. Évariste Ndayishimiye, président burundais, est un proche de l'ancien dirigeant. Mais l'Union africaine, en tant qu'entité, et vingt pays indépendamment s'y opposent.
Vingt pays africains. Ce n'est pas un détail.
Leur argument : Macky Sall ne peut pas représenter l'Afrique à l'ONU. Ni l'humanité. Le message est clair : un dirigeant qui a réprimé son peuple ne peut pas incarner la défense des droits humains.
Et pourtant. Macky Sall reste candidat. Il dispose de relais occidentaux puissants. Emmanuel Macron l'a reçu récemment — les deux hommes partagent la même vision néolibérale et françafricaine. Macron n'a jamais été gêné par le bilan de son homologue.
Le processus de désignation : un jeu d'équilibres
Le mandat d'António Guterres s'achève à la fin de l'année. Six candidatures sont en lice. Outre Macky Sall : Caroline Rodriguez Birquet (Guyana), Maria Fernanda Espinosa Garcés (Équateur), Michelle Bachelet (Chili), Rafael Grossi (Argentine, directeur de l'AIEA) et Rebecca Greenspan (Costa Rica, secrétaire générale de l'agence ONU pour le commerce).
La règle officieuse veut que le poste tourne selon les continents. Guterres est européen. Avant lui, Boutros Boutros-Ghali était égyptien. Le prochain devrait être africain ou sud-américain. Le fait qu'aucune femme n'ait jamais occupé ce poste pourrait aussi jouer.
Les favoris actuels ? Michelle Bachelet et Rafael Grossi. Bachelet, ancienne présidente du Chili, a une stature internationale et une expérience diplomatique reconnue. Grossi a négocié l'accord sur le nucléaire iranien en 2015. Mais chaque candidat a ses faiblesses.
Trump pourrait s'opposer à Grossi — celui-ci a négocié avec l'Iran. Bachelet est une socialiste, ce qui déplaît aux conservateurs. Et Macky Sall ? Il pourrait apparaître comme un candidat de consensus pour l'Occident : un homme qui a mené une politique néolibérale, proche de Macron, et qui ne dérange pas les grandes puissances.
Le droit de veto : l'arme fatale
Le Conseil de sécurité de l'ONU dispose d'un droit de veto sur la nomination. Ses cinq membres permanents — États-Unis, France, Royaume-Uni, Chine, Russie — peuvent chacun bloquer un candidat.
C'est ce qui rend la candidature de Gianni Infantino, le président de la FIFA, impossible. Donald Trump aimerait voir son « pote » à la tête de l'ONU. Mais Infantino n'a aucune expérience diplomatique. Et le processus est déjà enclenché.
Pour Macky Sall, la question est différente. Il a des soutiens en Occident. Mais aucun soutien africain. Vingt pays s'opposent à lui. L'Union africaine ne le soutient pas. Son propre pays ne le soutenait pas avant le marchandage politique.
Le signal délétère
Selon la source, « ce serait un signal vraiment délétère que le prochain secrétaire général de l'ONU ait du sang sur les mains. »
L'ONU est censée incarner la défense des droits humains. Guterres n'a pas hésité à pointer les violations, notamment le génocide à Gaza — ce qui lui a valu d'être taxé d'antisémite. Le prochain secrétaire général devra porter cette voix.
Macky Sall peut-il le faire ? Son bilan dit non.
Amnesty International Sénégal est catégorique : « Personne ne devrait soutenir un homme qui a eu un règne aussi sanglant avec un bilan aussi désastreux. »
Le Collectif des victimes renchérit : « On ne peut pas verser du sang puis diriger les Nations Unies. »
Et maintenant ?
L'élection aura lieu en décembre. D'ici là, les candidatures peuvent encore évoluer. Le Nigeria pourrait présenter un concurrent. D'autres pays africains pourraient se mobiliser.
Mais Macky Sall reste candidat. Il a le soutien de Macron. Il a le soutien de Diomaye Faye — acheté par un marchandage politique. Il a des relais occidentaux.
La question est simple : l'ONU peut-elle accepter à sa tête un homme accusé d'avoir réprimé dans le sang son propre peuple ? La réponse devrait être non. Mais en géopolitique, les principes cèdent souvent devant les intérêts.
Ce qui est certain, c'est que la candidature de Macky Sall divise l'Afrique. Vingt pays s'y opposent. Le Nigeria menace de présenter un concurrent. L'Union africaine ne le soutient pas.
Et le Sénégal ? Le pays qui a connu la répression soutient aujourd'hui son ancien bourreau. Pour des raisons de politique intérieure. Pour un deal politique.
Voilà. C'est ça, la realpolitik. L'ONU en est le théâtre. Macky Sall en est l'acteur principal.
Rendez-vous en décembre.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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