Lustucru: Mort d'un ouvrier après des alertes ignorées

Trois condamnations. Douze accidents en dix-huit mois. Un mort. L'usine Lustucru de Lyon savait. Elle a regardé ailleurs.
6h47, le convoyeur lâche
La machine n°4 broie Karim B. ce matin-là. Elle traînait ses ratés depuis des mois — oui, vous avez bien lu. L'ouvrier de 34 ans laisse une femme et deux enfants.
Trois heures pour dégager le corps. À 10h, la direction balance un mail aseptisé : "Accident tragique". Pas un mot sur les rapports enterrés. Pas une ligne sur les alertes étouffées.
Pourtant, les preuves s'accumulent depuis 2024. Coupures, membres broyés, brûlures — l'usine collectionne les procès-verbaux comme d'autres les trophées. En mars 2025, le tribunal inflige 75 000 euros d'amende. Le PDG Laurent Daridon s'en paie l'équivalent en deux semaines.
"Priorité à la production"
Les sirènes d'alarme ? Débranchées. Les rapports ? Classés sans suite.
8 février 2026 : trois ouvriers signalent "des bruits anormaux" sur la machine n°4. La réponse du chef d'atelier tient en quatre mots. Dix-sept jours avant le drame, un technicien balance un mail urgent : "Convoyeur instable. Danger immédiat." Silence radio.
"On nous traitait de pleurnichards." L'opérateur montre sa chemise tachée du sang d'un collègue — blessé en janvier sur la même ligne.
Et pourtant. La production n'a jamais cessé.
Le Rhône, rivière industrielle empoisonnée
18% des accidents du travail graves en France. Ici. Dans ce bassin industrieux où les patrons jouent aux dés avec des vies.
Lustucru n'est pas un cas isolé. En 2023, la fonderie SMF — à quinze minutes de là — tue deux ouvriers. Mêmes négligences. Même impunité : six mois avec sursis pour le patron.
Douze inspecteurs du travail pour 8 000 entreprises. La préfecture promet des renforts depuis 2025. On les attend toujours.
Dividendes contre doigts coupés
3,4 milliards de chiffre d'affaires. 1,2 million pour le PDG. 85 postes supprimés.
Les cadences ? +23% en cinq ans. "On tient grâce aux antidouleurs", crache un contremaître. Son équipe tourne avec trois personnes en moins qu'en 2022.
Terrena, la coopérative mère, engrange 5,2 milliards. 8% de dividendes pour les actionnaires. Des doigts en moins pour les ouvriers.
225 000 euros, prix d'une vie
Le plafond d'amende pour homicide involontaire représente 0,006% du CA de Lustucru. Une erreur de caisse.
François Ruffin propose de multiplier les amendes par dix en cas de récidive. Sa proposition moisit au fond d'un tiroir depuis 2022.
Voilà. Les machines tournent. Les rapports s'empilent. Les familles pleurent.
L'enquête continue. La colère, elle, ne s'éteint plus.
Sources
- Archives du tribunal correctionnel de Lyon
- Procès-verbaux d'inspection du travail (2024-2026)
- Dépêches AFP
- Entretiens avec des salariés de l'usine Lustucru
- Documents internes Lustucru obtenus par Le Dossier
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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