Lucien Conversé : du 3e RPM en Algérie à la non-violence radicale

Témoin gênant d'une France déchirée, l'ancien parachutiste raconte. Dans Fallait pas y aller, son livre brûlant, il accuse : l'Église a béni les armes coloniales.
"Je suis un fruit mûr cueilli par l'armée"
Printemps 1956. Lucien Conversé, 19 ans, étudiant en théologie jurassien, débarque en Algérie avec le 3e RPM. Ce régiment-là, c'est celui de Bigeard. De Trinquier. "Nos séminaires ? Des pépinières de nationalistes", lâche-t-il. Et pourtant. L'Église encourageait les jeunes à s'engager — surtout chez les paras.
Comment en est-on arrivé là ? "Elle savait. Elle a fermé les yeux."
La nuit où Joseph a tué
Ses mains, aujourd'hui, tremblent encore. Cette embuscade, Conversé la revit chaque nuit. Posté dans l'ombre, fusil en main, un craquement. "Pas un sanglier. Un homme." La relève arrive — c'est Joseph qui prend position. Vingt minutes plus tard, une rafale déchire le silence. "Ce râle... ce râle d'homme agonisant m'a réveillé pour toujours."
Voilà le déclic. La conversion totale à la non-violence.
Reconstruire après l'enfer
- Lucien Conversé est ordonné prêtre. Il choisit Dole, ces quartiers où s'entassent les enfants de harkis. Avec eux, il relève les fermes du Paradis et du Bouquillon, réduites en cendres dans le Jura. "Père, en rebâtissant les murs, j'ai réparé mon âme", lui confiera l'un d'eux.
Des murs. Des vies.
L'ultime pèlerinage
- À 85 ans, le vieil homme part pour Bethléem. À pied. Avec un âne. "Marcher sur les pas du Christ pacifique", explique-t-il. Le symbane frappe : ce résistant obstiné plante maintenant des ginkgos biloba — ces survivants d'Hiroshima — dans toute la France.
Son message ? Brut. "Toute guerre est perdue d'avance." Et cet argent qui part en bombes pendant que des enfants crient famine...
Et maintenant ?
89 ans. Conversé incarne le paradoxe français : ce pays produit des justes — puis les oublie. Sa lutte pose une question qui brûle : pourquoi la mémoire coloniale nous déchire-t-elle encore ?
La réponse ? Peut-être là, à Dampierre. Cet ancien dépôt d'armes nazi, puis américain, où il plante ses arbres de paix. La France n'a jamais tranché. Elle vacille. Et des hommes comme Conversé paient le prix fort.
Dernière leçon : son combat pour les migrants. Hier l'Algérie. Aujourd'hui ses petits-enfants sur des zodiacs. Le cycle infernal ne s'arrête que lorsqu'un homme — un seul — dit non.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
Ne manquez aucun scandale
Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.


