Louvin-Moine : le neveu et le fils adoptif accusent les deux hommes de viols pendant 36 ans

« Je ne suis pas un humain, je suis un objet »
Les mots d'Olivier Agrédanau cognent. Sans haine. Avec une précision glaçante.
« Ça commence vers 10-11 ans. Ça dure des années interminables. »
Il a 53 ans aujourd'hui. Dans sa tête, il a toujours 11 ans. L'âge où Daniel Moine — le compagnon de son oncle — a commencé à le violer.
« Daniel vient me border. Il me fait des caresses, des guilis. Et puis petit à petit, il prend ma main qu'il approche de son sexe. »
Le scénario se répète. Des années. Des week-ends entiers. Quatre semaines de vacances d'été à Saint-Tropez. Olivier est invité régulièrement. Il devient un objet.
« Mon job, c'était de faire éjaculer Daniel. Je ne suis pas un humain. Je suis un objet. »
Et Gérard Louvin ? Il était là, à côté. Olivier devait, après chaque viol, aller lui dire bonne nuit.
« Je me levais, j'allais faire un bisou à Gérard et je revenais dans la chambre. Vous ne pouvez pas me dire qu'il ne savait pas. »
Non. Il ne pouvait pas ne pas savoir. Et pourtant, pendant des décennies, personne n'a rien dit.
La famille comme réseau : de l'argent contre le silence
Ce qui sidère dans ce témoignage, c'est le cadre. La famille. Les parents. Les grands-parents. La cousine. Le petit frère.
Olivier raconte un déjeuner de famille. Sa grand-mère a préparé une tarte au citron meringuée. Tout le monde est à table. Daniel Moine l'emmène au sous-sol.
« Il ouvre sa braguette, il me sort son pénis en érection. Mon job, comme d'habitude, c'est de lui faire une fellation. »
Au-dessus : ses parents, ses grands-parents, la cousine, le petit frère. Et Gérard Louvin. Personne ne descend. Personne n'intervient.
« Tout le monde savait ce qui se passait. Ma famille était un réseau pédophile. »
Les mots sont durs. Les faits le sont aussi. Olivier affirme que ses parents recevaient de l'argent en espèces de la part de Gérard Louvin. En échange de quoi ? De sa disponibilité.
« Mon oncle les aidait plusieurs fois dans l'année en échange de... voilà, ton fils. »
200 francs. C'est ce que Gérard Louvin donnait à Olivier chaque mercredi. Olivier était fier de voir son nom au générique de Sacrée Soirée.
« J'avais 12-13-14 ans. J'étais garçon d'orchestre. »
Un garçon d'orchestre qu'on jette en pâture à cinq hommes dans une chambre. Qu'on drogue à 12 ans pour mieux le contrôler.
« La drogue arrive via les mains de Daniel et la complicité de Gérard. Ils me laissent me droguer de plus en plus. Ça permet d'anesthésier. »
Anesthésier l'enfant. Anesthésier la victime. Et, peut-être, la faire taire définitivement.
2014 : la brigade des mineurs enquête — « Ça pue la vérité », disent les policiers
- La justice frappe à la porte d'Olivier. Des policiers de la brigade des mineurs le convoquent.
Pourquoi ? Une enquête est ouverte sur le fils adoptif de Gérard Louvin, Kevin Fromont Di Louvin. Quelqu'un a signalé que cet enfant pourrait avoir été abusé. Dans cette enquête, des dizaines de personnes sont interrogées. Toutes disent la même chose : « Le neveu, le neveu, le neveu. »
« Tout le monde me disait : "Olivier, le neveu, c'est évident qu'il a été abusé." »
Les policiers entendent Olivier pendant près de deux jours. Ils prennent des dizaines de pages de PV. L'un d'eux lui dit : « Olivier, vous savez, ici, la plupart des plaintes durent une heure, deux heures, trois heures. Pas des jours. »
L'enquête dure deux ans. Deux ans d'écoutes téléphoniques. La police écoute toutes ses conversations.
« À la fin, en 2016, les policiers me disent : "Olivier, votre histoire, elle pue la vérité. Ça fait deux ans qu'on vous écoute. Ça pue la vérité." »
Et pourtant. La justice classe le dossier sans suite. Motif : prescription.
Olivier a attendu 36 ans avant de pouvoir parler. Trop tard, lui répond la justice.
2020 : la rencontre à l'amiable qui tourne au piège
Olivier ne baisse pas les bras. En 2020, il lit La famille à grande. Il se dit : « Moi aussi, j'ai le droit de parler. »
Ses proches lui conseillent une rencontre à l'amiable. Il accepte. Il contacte Gérard Louvin et Daniel Moine. Ils acceptent de le recevoir dans leur maison du sud de la France.
Olivier s'assied en face d'eux. « On va parler de mon enfance, de ce que vous m'avez fait subir. »
Et là, Daniel Moine reconnaît. « Ah oui, tu te souviens à Boulogne ? » « Ah oui, les orgies. » « Mais Olivier, pourquoi tu es là ? »
Olivier explique : il veut une réparation. Pas de l'argent. Une reconnaissance. Un préjudice subi pendant des décennies.
Gérard Louvin se lève. Il pointe son doigt : « De toute manière, moi, je t'ai jamais mis ma bite dans la bouche. Tu vois ça avec Daniel. »
Olivier est à bout. « J'avais envie de le prendre et de lui mettre la tête dans sa piscine. »
Une semaine plus tard, un rendez-vous est fixé dans un hôtel à Paris. La veille, Olivier écrit une lettre de paix. Il la lit à Gérard Louvin.
« Gérard, Daniel, je me suis réparé. Mais avec vous, je ressens toujours une injustice. Est-ce normal ? »
Gérard Louvin prend la lettre. Il la met dans son blazer. Et il dit : « Ça, c'est pour l'avocat. »
Olivier comprend. Il vient de se faire piéger. Sa lettre, écrite avec sincérité, va être utilisée contre lui. Comme une preuve de chantage.
« Où est le chantage ? », demande-t-il aujourd'hui. « Ils l'ont dit sur tous les plateaux télé. Mais ils n'ont jamais lu ma lettre. »
2021-2024 : deux plaintes, une convocation annulée — le silence de la justice
Olivier dépose une première plainte en 2021. Viol. Agression sexuelle. Il joint les PV de 2014.
Le tribunal répond le 17 janvier 2022 : prescription. Trop tard.
Il change d'avocat. Nouvelle plainte — avec constitution de partie civile — en 2022. La machine judiciaire se remet en marche.
Janvier 2024. Une bonne nouvelle. Une convocation arrive par courrier : « Je vous invite à vous présenter devant le juge d'instruction du Tribunal Judiciaire de Paris, cabinet J103, le 8 janvier 2024 à 10h. »
Olivier se prépare. Il attend. Enfin, il va être entendu. Enfin, la justice va l'écouter.
La veille du rendez-vous, à 23 heures, son avocat lui envoie un SMS : « N'y allez pas. Il est malade. »
Malade ? Le juge ? Olivier ne saura jamais. Depuis, plus rien. La convocation a été annulée. Sans explication.
« Je n'ai jamais eu le droit à cette convocation. Je me sens abandonné par le système judiciaire. »
Les questions restent sans réponse. Pour l'instant.
Kevin Fromont Di Louvin : le fils adoptif qui fait sauter la prescription
- Rebondissement. Kevin Fromont Di Louvin, le fils adoptif de Gérard Louvin, porte plainte pour agression sexuelle.
Olivier l'apprend. Il est soufflé. « Quel courage ! »
Ce n'est pas une plainte de plus. C'est une plainte qui pourrait tout changer. Car Kevin Fromont Di Louvin est une victime présumée non prescrite. Et selon la jurisprudence, toute personne non prescrite qui porte plainte fait sauter la prescription pour toutes les autres victimes.
« Je me réjouis. Je me dis : waouh ! »
Mais aujourd'hui, Olivier attend toujours. Aucune justice. Rien.
« Eux, ils sont toujours sur les réseaux sociaux. Leurs vacances au Brésil. Leurs amis. À voyager. À s'amuser. »
Pendant ce temps, Olivier appelle son avocat tous les mois. « Qu'est-ce qui se passe ? » « Ah, ça devrait passer. » « Ah, je vais glisser un mot à la juge. » Rien.
« On me remet en prison à l'intérieur. Je dois réouvrir ma cellule. Et pourquoi pas me redroguer pour en finir ? »
La question est posée. Crue. Directe. Qu'attend la justice ?
L'avocat de Gérard Louvin répond : « chantage »
Contacté par Off Investigation, Gérard Louvin n'a pas souhaité s'exprimer dans le reportage. Par l'intermédiaire de son avocat, il a fait parvenir une réponse écrite.
« Monsieur Gérard Louvin et Daniel Moine sont deux personnes différentes. Ils vivent ensemble mais ont toujours fait chambre à part. »
Le courrier précise que Gérard Louvin n'a jamais agressé sexuellement son neveu. Il affirme avoir « toujours aidé professionnellement » Olivier, jusqu'à ce que ce dernier se mette à lui demander de plus en plus d'argent.
« Monsieur Gérard Louvin n'ayant absolument rien à se reprocher, il a toujours refusé de céder à ce chantage. »
Quant à la plainte de Kevin Fromont Di Louvin, Gérard Louvin affirme ne pas en avoir connaissance. « Monsieur Louvin n'est informé de l'existence d'aucune plainte qui aurait été déposée par son fils adoptif. »
Pourtant, Olivier maintient : « Ils m'ont colonisé. Comme on colonise un pays. »
Daniel Moine, lui, n'a pas répondu. Off Investigation a tenté de le joindre à plusieurs reprises. Sans succès. Un message vocal a été laissé. Pas de rappel.
La justice française protège-t-elle les puissants ?
Olivier pose la question. Il n'est pas le seul. Plus de 36 ans de sa vie ont été « bousillés, abîmés, pourris » par deux hommes. Et la justice n'a rien fait.
« Qu'est-ce que fait la justice ? Où est le procès équitable ? »
Les policiers de la brigade des mineurs ont cru en son histoire. Ils ont enquêté pendant deux ans. Ils ont mis sur écoute. Ils ont dit : « Ça pue la vérité. » Et puis, classement sans suite.
La prescription a tout effacé. Une justice qui protège les bourreaux, pas les victimes.
Le dossier est loin d'être clos. La plainte de Kevin Fromont Di Louvin pourrait rouvrir l'enquête. Mais pour l'instant, rien ne bouge.
Et pourtant, Olivier continue de témoigner. Il parle. Il raconte. Il refuse de se taire.
« Je ne suis plus un objet. Je suis un humain. Et j'ai le droit à la justice. »
Sources
- Témoignage d'Olivier Agrédanau recueilli par Off Investigation (2024)
- Procès-verbaux de la brigade des mineurs (2014)
- Écoutes téléphoniques (2014-2016)
- Lettre manuscrite d'Olivier Agrédanau à Gérard Louvin (2020)
- Plainte avec constitution de partie civile (2022)
- Plainte de Kevin Fromont Di Louvin (2024)
- Courrier de l'avocat de Gérard Louvin à Off Investigation
- Documentaire Sex Connection (novembre 2023)
- Enquête Complément d'enquête (2021)
- Livre La famille à grande
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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