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La Halle : 103 euros par mois pour habiller la France

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-22
Illustration: La Halle : 103 euros par mois pour habiller la France
© YouTube

103 euros. C'est le salaire mensuel de Bou.

Elle vit à Dacca, la capitale du Bangladesh. Depuis dix ans, elle travaille dans une usine textile. Une usine qui, selon elle, fabrique pour La Halle.

« Avec mon salaire, je ne peux même pas acheter la moitié de ce que je voudrais », dit-elle.

Bou gagne 103 euros par mois. Elle habite avec son mari et leurs deux enfants — 2 et 6 ans — dans un logement insalubre. Pas de sanitaires. Pas de salle de bain.

« Nous dormons tous les quatre sur ce lit. »

La maison est insalubre. « Il n'y a pas de sanitaire ni de salle de bain. Regardez les orages qu'il y a. C'est risqué d'habiter ici mais on est obligé car on ne peut pas payer plus pour le loyer. »

« Avec un meilleur salaire, on aura un meilleur logement. Mais c'est ça notre vie. »

130 à 150 vêtements par heure

Selon son témoignage, Bou travaille neuf heures par jour sans compter les heures supplémentaires. À son étage, l'objectif est de 130 à 150 vêtements par heure.

Si elle en fait 110 ou 120, elle doit se dépêcher pour rattraper le retard les heures suivantes.

« Ça m'est arrivé de travailler jusqu'à 22h, minuit, parfois même jusqu'à 2h du matin. »

Quand il y a de grosses commandes, la pression monte. « Dans ce cas-là, il faut faire plus de 200 vêtements par heure. »

« Dans notre usine, il n'y a pas assez de ventilateur. Il fait trop chaud. J'ai été souvent malade à cause de ça. »

Pour boire, il faut se rendre aux toilettes. Alors, pour ne pas être en retard sur la production, elle évite de le faire. « Comme je n'urine pas au travail, j'ai des brûlures et des douleurs dans le bas-ventre. »

« Quand la cadence est trop élevée, j'ai même des douleurs ici aux épaules et aussi au niveau des hanches. »

Selon elle, il est impossible d'évoquer ses difficultés avec ses supérieurs. Elle risquerait de perdre son emploi. « Parfois les superviseurs de l'usine nous insultent. Ils peuvent même lever la main sur nous. »

« Si un ouvrier se plaint, les autres ne témoignent jamais par peur de perdre leur emploi. »

41 % de la production au Bangladesh

La Halle totalise 330 magasins en France. L'enseigne vend des vêtements 30 % moins chers que ses concurrents. « Nos clients ne comprendraient pas » si on augmentait les prix, explique selon la source le directeur général.

Presque tous les vêtements et chaussures sont fabriqués en Asie. Selon un document interne, 41 % de la production vient de Chine, 41 % du Bangladesh.

L'entreprise affirme réaliser des audits pour s'assurer que les conditions de travail sont satisfaisantes. Mais quand la journaliste a voulu filmer, les portes se sont fermées.

« Bonjour, je suis avec une journaliste française. Elle aimerait filmer dans votre usine. » — « Je vais appeler mon responsable. »

Le patron n'accepte pas que vous filmiez dans l'usine et le manager n'est pas là.

« Nous aimerions juste parler au patron 5 minutes. »

« Sortez ! Mais pourquoi ? Allez-vous-en. »

Aucun sous-traitant de la marque n'a accepté d'ouvrir ses portes.

4,30 euros : le prix cible pour un legging selon la source

Selon la source, Nathalie, la directrice des achats, négocie en direct avec les fournisseurs chinois.

« Notre prix cible pour la fabrication est de 4,30 €. » Pour un legging.

Le meilleur prix que le fournisseur peut faire ? 4,78 €. « C'est plus compliqué qu'un legging basique. »

Après négociation, elle obtient 4,65 €.

« Allô madame Nathalie. Yes ! Mister Ding, j'accepte 4,65 €. Thank you so much. »

« Ça c'est une petite victoire. » — « Oui, une grande. »

Le legging sera vendu 19,99 € en magasin.

« Si on vend 90 % des produits, ça nous fera 188 de chiffre d'affaires. Pas de pression. Non, juste avant l'année, aucune pression. »

« Et si elle y arrive pas, vous faites quoi ? » — « Je suis viré », répond-elle en riant.

1 million de vêtements par semaine

Tout passe par un centre logistique en France. Aldric, technicien, reçoit environ 1 million de vêtements chaque semaine. « C'est une marchandise qui vient de Chine. »

30 salariés sont chargés de préparer les stocks pour les 330 magasins.

Une machine trieuse peut trier jusqu'à 150 000 pièces par jour. « Il nous faudrait un très grand nombre d'agents pour pouvoir faire le travail de cette machine. Fauldrait multiplier par 3 le nombre de salariés. »

Les magasins sont livrés deux à quatre fois par semaine.

La question qui reste

La Halle vend des vêtements 30 % moins chers que ses concurrents.

Mais à quel prix ?

Selon la source, les ouvrières au Bangladesh gagnent 103 euros par mois. Selon la vidéo, elles cousent jusqu'à 200 vêtements à l'heure. Selon le témoignage, elles travaillent jusqu'à 2h du matin. Selon l'ouvrière, elles n'osent pas se plaindre.

L'entreprise dit faire des audits. Mais elle refuse l'accès aux journalistes.

« Si un ouvrier se plaint, les autres ne témoignent jamais par peur de perdre leur emploi », dit Bou.

La question est simple. Qui valide ces conditions ?

À suivre.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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