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Jean-Marc Reiser : le prédateur récidiviste derrière deux disparitions

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-29
Illustration: Jean-Marc Reiser : le prédateur récidiviste derrière deux disparitions
© YouTube

Le jour où Sophie Le Tan a disparu

8h02. Sophie envoie un Snap depuis les marches d’un immeuble. Elle porte un haut noir, un jean, un sac à dos. La photo est le dernier signe de vie.

Elle avait rendez-vous vers 9h pour visiter un appartement à Schiltigheim, banlieue de Strasbourg. L’annonce était alléchante : 30 mètres carrés, 350 euros par mois. Un particulier, contact téléphonique agréable. Sophie ne s’est pas méfiée.

Sa famille l’attendait à Cernay, à 100 km de là, pour fêter son anniversaire. À 10h, les appels tombent sur la messagerie. Sa mère, Sylvie, s’inquiète aussitôt. « C’est pas dans ses habitudes de ne pas donner de nouvelles », raconte-t-elle plus tard. Sophie était « le pilier de la famille », la traductrice entre ses parents vietnamiens et l’administration française. Elle cumulait un service de nuit à l’hôtel et ses études de droit.

Les amis de Sophie passent la journée à l’appeler. Rien.

En fin de journée, ils décident de se rendre au commissariat de Strasbourg. La sœur de Sophie, Sylvie, et un ami sont reçus. Les policiers les écoutent, mais ne déclenchent pas de recherches. « Pour les policiers, Sophie est majeure. Elle a le droit de couper les ponts », résume un proche. La famille se sent abandonnée.

Alors, ils agissent seuls.

Sur les réseaux sociaux, ils lancent un appel à témoins. « On a formé un groupe, on diffusait la disparition », dit un ami. Une première étudiante répond : elle aussi avait eu rendez-vous au même endroit, avec le même homme — mais il ne s’est jamais présenté. Une deuxième étudiante raconte avoir reçu des messages insistants. « L’échange lui a laissé un goût amer, il lui a fait froid dans le dos », rapporte la vidéo.

Le dimanche 9 septembre, les amis localisent le téléphone de Sophie grâce à une application Snapchat. Il borne au 54 route de Bichevillers, à Schiltigheim. Sur place, ils sonnent à 140 appartements. Personne ne reconnaît la jeune femme.

L’affaire commence à dérailler.


Huit jours d’enquête parallèle

Le lundi 10 septembre, le parquet de Strasbourg ouvre enfin une enquête pour enlèvement et séquestration. Trop tard ? Les proches sont amers.

Pendant huit jours, la famille avait ratissé les rues, suivi des inconnus, scruté chaque geste des habitants. « On a suivi un homme qui allait chercher une baguette de pain », avoue un ami. « C’était le déplacement du désespoir. »

Les premières auditions des deux étudiantes apportent des éléments clés. Les annonces de location — petites annonces sur des sites non précisés — étaient publiées sous de faux prénoms, avec des numéros de téléphone prépayés achetés sous de faux noms. Toutes décrivaient un « petit studio 30 m², tarif très attractif, 350 euros ».

Un logiciel de recoupement téléphonique permet de relier ces numéros 07 à un même 06. Le propriétaire de cette ligne s’appelle Jean-Marc Reiser. Il habite au 1 rue Perle, immeuble juste en face du 54 route de Bichevillers — l’endroit où le téléphone de Sophie a borné.

« Quand l’identité tombe, c’est Jean-Marc Reiser, il y a un grand silence », raconte un enquêteur dans la vidéo. « Ce type est connu pour des affaires de viols. »

Le samedi 15 septembre, vers 22h, une patrouille repère la voiture de Reiser. Il roule doucement le long d’un canal, fait demi-tour. La BRI l’interpelle. Dans le coffre : des jerrycans d’essence, des bâches, des cartes de randonnée, des cordelettes, un couteau, une lame de cutter. Reiser explique qu’il bricole sa voiture avec les bâches, et qu’il aime la randonnée.

Mais il n’y a pas de Sophie.

Le lendemain, premier interrogatoire. On lui montre la photo de Sophie. « Jamais vu », répond-il. « Ça ne me dit rien. » Il nie avoir posté des annonces. Il ne se souvient pas de ce qu’il faisait le 7 septembre. « Il reste droit comme un i », dit la vidéo. « Moi j’ai rien à me reprocher. »

Mais la perquisition de son appartement change tout.


L’appartement aseptisé

Les policiers entrent chez Reiser. Dès le seuil, une odeur d’eau de Javel les saisit. « Tout est nickel, pas un gramme de poussière. » Les siphons de la salle de bain ont été démontés, nettoyés au détergent. Le balcon, décrit comme un « mirador », offre une vue sur les toits.

Les enquêteurs utilisent du luminol, un produit chimique qui révèle les traces de sang même après un nettoyage intensif. Résultat : des taches apparaissent dans la salle de bain. Analyses ADN : le sang est bien celui de Sophie Le Tan.

Quand le juge d’instruction confronte Reiser à cette preuve, il change de version. Oui, il a reçu Sophie ce jour-là. Elle avait la main ensanglantée, explique-t-il. Il l’a soignée dans sa salle de bain, puis elle est repartie seule. Il a nettoyé les traces, mais « par maladresse » les a disséminées.

La famille de Sophie n’y croit pas. « Il a recours à des substances pour endormir ses victimes », dit un proche. « Ça expliquerait pourquoi on n’a rien entendu. »

Les policiers découvrent aussi que Reiser a consulté sur son ordinateur des pages sur la dissimulation de corps et les conventions d’extradition. « Ça leur fait dire qu’il avait pu réfléchir à une fuite », note la vidéo.

Le corps de Sophie n’a jamais été retrouvé. Des bénévoles parcourent encore les forêts des Vosges, où Reiser a passé son enfance. Son père était garde forestier. Lui-même connaît chaque sentier.


Un prédateur au long cours

Jean-Marc Reiser n’en est pas à son premier crime. La vidéo retrace un passé judiciaire lourd.

En 1997, un contrôle routier des douanes volantes met la main sur son véhicule. À l’intérieur : un pistolet, un fusil à pompe, un couteau, un scalpel, des cordelettes avec poignet, un produit anesthésiant de type vétérinaire. Surtout, des photos de femmes inconscientes. L’une d’elles est identifiée : son ex-petite amie. Elle ne se souvenait pas d’avoir été agressée. Plainte pour viol.

Dans la même période, une auto-stoppeuse allemande de 22 ans, violée dans les Landes en 1995, le reconnaît formellement. Elle s’en était sortie en feignant la douceur, expliquant au procès qu’elle s’était « vue mourir ». Reiser nie tout.

En 2001, il est jugé pour l’enlèvement et l’assassinat de Françoise O., disparue en 1987 à Strasbourg. Le parquet demande 30 ans. Reiser est acquitté. « Les éléments matériels manquaient cruellement », reconnaît un enquêteur. La justice ne pouvait pas faire appel à l’époque.

Mais Reiser n’échappe pas à la prison : condamné à 15 ans de réclusion criminelle pour les deux viols, il sort en 2010.

Son avocat genevois de l’époque le décrit comme « intelligent, instruit, ayant une licence de droit et une licence d’administration publique ». Il connaissait les rouages de la justice, savait jouer avec. « Il a toujours nié les faits », résume l’avocat.

À sa sortie, Reiser s’inscrit à la faculté de Strasbourg. Il s’installe rue Perle. Il continue à poster des annonces de location sous faux noms.


Françoise O. : l’affaire qui resurgit

Le 8 septembre 1987, Françoise O., représentante de commerce, disparaît après avoir rencontré Reiser. Elle aussi avait répondu à une annonce. Elle aussi n’a jamais été revue.

En 1997, le contrôle routier qui révèle l’arsenal et les photos de femmes inconscientes relance l’enquête. Les douaniers avaient aussi trouvé des cordelettes, un scalpel. La piste mène à Reiser.

Sa sœur, Isabelle O., témoigne dans la vidéo : « Je découvre un personnage terrible. J’ai peur. Pour moi c’est Reiser. »

Mais sans corps, sans ADN, l’accusation s’effondre. L’acquittement de 2001 reste un traumatisme pour la famille.

Aujourd’hui, les deux affaires sont liées. Les proches de Sophie Le Tan et ceux de Françoise O. se soutiennent. Ils espèrent que les recherches dans les forêts des Vosges aboutiront. « On ne va plus se quitter », dit un membre de la famille Le Tan.


Les preuves scientifiques accablantes

La vidéo insiste sur la robustesse des éléments matériels dans l’affaire Sophie Le Tan.

Le luminol a révélé des traces de sang dans la salle de bain de Reiser, malgré un nettoyage intensif. L’ADN a confirmé qu’il s’agissait de Sophie. La localisation du téléphone — bornant à 8h45 au 54 route de Bichevillers, en face du domicile de Reiser — constitue un faisceau concordant.

Les deux étudiantes témoins apportent un pattern : même annonce, même secteur, même comportement suspicieux. L’une avait même reçu des messages quotidiens de l’homme, avant de le bloquer.

Dans le coffre de la voiture, les objets saisis — jerrycans, bâches, cartes — alimentent les soupçons de préméditation. Reiser avait volé à plusieurs reprises des produits anesthésiants dans des cliniques vétérinaires, comme le montrent ses condamnations.

Le parquet de Strasbourg a ordonné des analyses complémentaires. Les résultats sont attendus.

L’enquête continue.


Questions sans réponses

Où est le corps de Sophie Le Tan ? Pourquoi Reiser a-t-il été acquitté en 2001 ? Comment expliquer que les policiers aient minimisé la disparition pendant huit jours ?

La famille Le Tan a dû mener sa propre enquête. « La vraie enquête, elle se fait plus par ses amis sur les réseaux sociaux que par les forces de l’ordre », déplore un proche.

Le temps presse.

Les bénévoles fouillent les Vosges. Jean-Marc Reiser, mis en examen pour enlèvement et séquestration, reste présumé innocent. Mais les charges s’accumulent.

Le jour de ses 20 ans, Sophie Le Tan a rendez-vous avec la mort. Trois décennies plus tôt, Françoise O. a connu le même sort. Deux disparitions, un même nom.

L’affaire commence ici. Et peut-être ne finira-t-elle jamais — du moins tant que les corps ne seront pas retrouvés.


Sources

  • Vidéo YouTube d’investigation – affaire Jean-Marc Reiser (lien : https://youtube.com/watch?v=mwNlSpNVC08)
  • Témoignages des proches de Sophie Le Tan (famille, amis, Valentin, Justine) recueillis dans le transcript
  • Déclarations de l’avocat genevois de Reiser (ancien conseil)
  • Rapports de police scientifique (luminol, analyses ADN, recoupements téléphoniques) cités dans la vidéo
  • Éléments des procès de 2001 et des condamnations pour viols (15 ans de réclusion)
  • Témoignages des deux étudiantes ayant répondu aux annonces de location

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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