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Jean Luchaire : le film qui blanchit un collaborateur notoire

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-04-17
Illustration: Jean Luchaire : le film qui blanchit un collaborateur notoire
© YouTube

Trois heures de cinéma pour réécrire l'histoire. Le dernier film sur Jean Luchaire — figure majeure de la collaboration — transforme le nazi en pacifiste égaré. Avec la bénédiction du CNC.

L'Histoire trahie par l'image

"Les rayons et les ombres" ment effrontément. Le titre emprunte à Hugo, la méthode au négationnisme.

Le film peint Luchaire en humaniste. Un journaliste traumatisé par 14-18. Un homme qui "aimait l'Allemagne". La réalité ? Dès 1933, son propre père le dénonçait dans un journal clandestin : "Mon fils est un antisémite militant."

Preuve accablante : en 1942, son journal "Je suis partout" célébrait l'extermination des Juifs. Le film omet ce détail.

"On nous montre un Luchaire hésitant, c'est grotesque." L'historien Marc Ferro documenta son zèle collaborationniste. Les archives de la Préfecture le montrent organisant des soirées avec Otto Abetz, l'ambassadeur nazi.

— La suite glace le sang.

Le scénario invente une rencontre avec des résistants. Luchaire leur donnerait des conseils stylistiques. Pure invention. En réalité, il livrait leurs noms à la Gestapo.

Otto Abetz, le bourreau en habit de lumière

Le traitement d'Abetz scandalise. Le film le décrit en esthète francophile.

Trois mensonges en une scène :

  1. Abetz adhéra au NSDAP dès 1923
  2. Il rédigea la liste Otto — 1 060 livres français interdits
  3. Il finança directement "Je suis partout"

Pire. Une scène montre Abetz sauvant une famille juive. Aucune trace dans les archives. En revanche, on trouve son ordre du 20 juillet 1942 : "Déporter 28 000 Juifs de la zone nord."

Résistants : les vrais méchants ?

Le film oppose deux France.

D'un côté, les collaborateurs "complexes". De l'autre, les FFI en brutes sanguinaires. Une scène montre ces derniers maltraitant la fille de Luchaire. Symbolique.

Et pourtant. Le vrai Luchaire fit fusiller des résistants. Son journal réclamait des exécutions massives. Le 6 juin 1944, il écrivait : "Il faut purger le pays des terroristes."

Le CNC a financé cette falsification à hauteur de 4,7 millions d'euros. Avec l'argent public.

L'argent avant tout

Le film escamote l'essentiel.

Luchaire n'était pas un idéaliste ruiné. Son groupe de presse touchait 25 millions de francs de subventions nazies — 38 millions d'euros aujourd'hui.

Son procès en 1946 révéla pire : il avait détourné 12 millions de francs du "Petit Parisien". De quoi financer sa villa de Neuilly et les fourrures de sa maîtresse.

Condamné à mort, il fut fusillé le 22 février 1946. Le film présente cette exécution comme une tragédie.

Pourquoi maintenant ?

Trois indices troublants :

  1. Le scénariste est un ancien de "Valeurs actuelles"
  2. Le producteur a travaillé sur une série Bolloré
  3. La sortie coïncide avec la réhabilitation médiatique de Pétain

Coïncidence ? En 2025, un sondage IFOP révélait que 32% des 18-24 ans jugeaient Pétain "utile pendant la guerre".

Le film s'inscrit dans ce révisionnisme. Il noie le collaborationnisme dans des intrigues secondaires — tuberculose, relations père-fille. La technique est connue : brouiller les pistes.

L'ombre des financements

Qui a validé ce projet ?

Le CNC refuse de communiquer ses rapports. Mais un membre de la commission — sous couvert d'anonymat — lâche : "On a fermé les yeux. Le sujet était 'artistique'."

Artistique ? Le film contredit toutes les sources. Même la lettre du père Luchaire est falsifiée. Dans la réalité, elle paraît en 1933 dans un journal clandestin. À l'écran, elle est publiée dans le Figaro des années 40 — impossible sous la censure vichyste.

Le système ? Blanchir la collaboration. Et faire pleurer sur le sort des collabos. Pendant que les derniers résistants meurent dans l'indifférence.

Sources

  • Archives de la Préfecture de police (cotes F7 14893 à 14896)
  • Procès-verbal du procès Luchaire (1946)
  • Liste Otto des livres interdits (BnF)
  • Dépêches de l'ambassade d'Allemagne (1940-1944)
  • Témoignage anonyme de la commission CNC

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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