Jacques Mesrine : 18 balles et une légitime défense contestée

Les faits
La traque de Jacques Mesrine a duré plus d'un an et demi, selon le récit détaillé de la vidéo. Elle commence après son évasion spectaculaire de la prison de la Santé, le 8 mai 1978. Les forces de l'ordre mettent sur pied une unité spéciale — l'« unité anti-Mesrine ». Grâce à des filatures et des écoutes téléphoniques, ils parviennent à localiser le fugitif.
Le 2 novembre 1979, Mesrine est au volant de sa voiture, accompagné de sa compagne Sylvia Jeanjacquot. Porte de Clignancourt, à Paris, un camion se positionne devant la voiture. La bâche se soulève. Quatre tireurs d'élite ouvrent le feu. Mesrine est tué sur le coup — 18 balles. Sylvia Jeanjacquot est lourdement blessée, mais elle survivra.
D'après la version officielle, les policiers auraient agi en état de légitime défense. À portée de main de Mesrine, des grenades et des armes chargées ont été retrouvées. La famille de Mesrine conteste cette version. Selon elle, les policiers ont ouvert le feu sans aucune sommation, dans ce qui s'apparente à un guet-apens.
La suite est édifiante. La famille dépose une plainte pour assassinat avec guet-apens. L'enquête s'étire sur plus de 25 ans. En 2004, la justice rend un non-lieu, confirmé en appel en 2005. Ce non-lieu n'a pas clos le débat public.
Le contexte
Jacques Mesrine n'était pas un criminel ordinaire. Né en 1936, issu d'une famille bourgeoise, il sert pendant la guerre d'Algérie — une expérience qui, selon ses dires, le traumatise. Sa carrière criminelle démarre en 1962 par un cambriolage. Il enchaîne les braquages, les évasions, et se forge une réputation de « Robin des Bois des temps modernes », comme le surnomme une partie de la presse.
Son passage au Canada est décisif. En 1969, il enlève un millionnaire handicapé et réclame 200 000 dollars de rançon. Condamné à 10 ans de prison à Montréal, il s'évade en 1972. De retour en France, il est arrêté en 1973 et condamné à 20 ans pour tentative de meurtre sur un policier. Mais il promet de s'évader avant trois mois. Il tient parole : le 6 juin 1973, en plein tribunal, il sort une arme, prend les juges en otage, et s'enfuit. Repris en septembre 1973, après une longue négociation, il finit par ouvrir la porte, cigare aux lèvres et champagne à la main, et il dira, insolent et provocateur, au commissaire Broussard qui l'a arrêté : « Tu ne trouves pas que c'est une arrestation qui a de la gueule ? »
En prison, il écrit son autobiographie L'Instinct de mort, publiée en 1977, dans laquelle il revendique 39 meurtres. La même année, il est condamné à 20 ans de réclusion et placé dans le quartier de haute sécurité de la prison de la Santé — « la prison dont on ne s'évade pas », dit-on. Pourtant, le 8 mai 1978, il s'évade avec deux complices — François Besse et Carmen Rive — en utilisant des armes cachées dans le faux plafond du parloir et une échelle de 15 mètres laissée par des ouvriers. Un détenu est tué dans la fuite, mais Mesrine et Besse parviennent à s'échapper.
Dès lors, sa violence s'intensifie. Le 10 novembre 1978, il tente d'assassiner le juge Charles Petit, celui qui l'avait condamné. En juin 1979, il enlève le milliardaire Henry Lelièvre, le séquestrant 28 jours avant de libérer sa proie contre une rançon de 6 millions de francs. Puis il s'en prend au journaliste d'investigation Jacques Tillier, du journal Minute. Sous prétexte d'une interview, il l'emmène dans une carrière désaffectée, le torture, le tabasse, et lui tire trois balles : une dans la joue, une dans le bras, une dans la jambe. Tillier survit.
Ces actions — en particulier la torture du journaliste — retournent une partie de l'opinion contre lui. Le mythe du Robin des bois s'effrite. L'État met en place une unité spéciale. La traque s'accélère.
Le traitement judiciaire
La mort de Mesrine ouvre une procédure judiciaire qui durera plus de deux décennies. La famille dépose une plainte pour assassinat avec guet-apens. Les policiers tireurs sont entendus, mais aucun ne sera mis en examen. La version de la légitime défense est retenue.
En 2004, le juge rend un non-lieu. La famille fait appel. En 2005, la cour d'appel confirme le non-lieu. La famille se pourvoit en cassation, mais la Cour de cassation rejette le pourvoi.
Ainsi, la justice a tranché : il n'y a pas eu d'exécution extrajudiciaire. Mais le doute subsiste. Les témoignages contradictoires, l'absence de sommation clairement établie, et le nombre de balles — 18 — nourrissent les soupçons.
Ce que ça dit de la France
L'affaire Mesrine n'est pas qu'un fait divers historique. Elle révèle une tension profonde dans la société française : notre rapport à la violence, à la justice, et à la figure du criminel médiatique.
D'un côté, Mesrine a incarné une certaine rébellion romantique. Fascination pour le hors-la-loi, admiration pour ses évasions spectaculaires, sympathie pour sa critique du système pénitentiaire — une partie de l'opinion l'a vu comme une victime de l'oppression étatique. Son autobiographie, ses interviews dans Libération et Paris Match, son défi permanent aux autorités en ont fait une star médiatique. C'est le mythe du « Robin des Bois français ». Même si, en réalité, ses victimes étaient souvent des nantis, et sa violence, gratuite.
De l'autre côté, la réponse de l'État a été d'une dureté sans précédent. L'unité anti-Mesrine, la filature permanente, l'usage de la force létale — tout cela témoigne d'une volonté d'en finir, coûte que coûte. La question reste : la légitime défense était-elle vraiment justifiée ? Ou l'État a-t-il utilisé la force excessive pour éliminer un ennemi devenu trop gênant ?
Et maintenant ? Le non-lieu a clos le volet judiciaire, mais le débat reste ouvert. L'affaire Mesrine est un précédent, un symbole. Elle rappelle que la frontière entre la légitime défense et l'exécution extrajudiciaire est parfois ténue. Et que la société française, dans son rapport à la violence, reste divisée.
40 ans après, le mythe Mesrine survit. Mais la question de sa mort demeure. Une question qui n'a pas de réponse définitive. Seulement des versions. Et des faits.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
Ne manquez aucun scandale
Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.


