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SociétéÉpisode 5/9

Inceste en France : Le scandale systémique qui persiste dans l'ombre des institutions

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-04-06
Illustration: Inceste en France : Le scandale systémique qui persiste dans l'ombre des institutions
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Un tabou français : l'inceste, une violence systémique

Dix pour cent de la population française — une personne sur dix. Ce chiffre, c’est celui des victimes d’inceste en France : 6,7 millions de personnes aujourd’hui. Parmi elles, 160 000 enfants chaque année. Et 81 % des agressions sexuelles sur mineures se produisent au sein de la famille. Père, mère, oncle, cousin : les agresseurs sont souvent ceux qui devraient protéger.

Pourquoi un tel silence ? Pourquoi une telle impunité ?

L’inceste est un tabou. Un tabou qui traverse les générations, les classes sociales, les institutions. Un tabou qui détruit des vies. Margot, témoin et survivante, raconte : "Quand j’étais petite, je passais des heures dans le jardin de mon père à m’imaginer des aventures. J’étais une guerrière, une sorcière, une elfe. Tout pour ne pas rentrer." Margot avait 7 ans quand les violences ont commencé. Son père, metteur en scène, avait 44 ans.

"À la maison, j’étais sa petite pucelle", poursuit-elle. Les mains au cul, les remarques sur son physique, un climat d’ambiguïté permanent. La violence ne se limite pas aux actes. Elle s’installe dans l’esprit. "Comment vivre en sachant que son père est un monstre ?", demande Margot. Une question que des milliers d’autres victimes se posent chaque jour.

Les institutions : complices passives ?

Les chiffres sont accablants. En 2020, seulement 1 697 personnes ont été poursuivies pour viol incestueux ou agression sexuelle sur mineur au sein de la famille. Une goutte d’eau dans un océan de souffrance. Les institutions ? Elles ferment les yeux. Elles minimisent. Elles protègent les agresseurs.

Margot a été séparée de sa famille, de ses amis, de sa vie. Pendant des années, elle a tenté de survivre. "Chacun a vu, chacun savait. Pourtant, ils se sont tus et ils n’ont rien fait", dénonce-t-elle. Le lycée, l’infirmière scolaire, les services sociaux — tous ont regardé ailleurs. Le déni est systémique.

Et la justice ? Après trois ans de procès, le père de Margot a été suspendu de ses droits parentaux. Trop peu, trop tard. "C’est la double peine", explique Margot. "On passe sa vie à essayer de réparer les dégâts causés par d’autres, mais on le fait seul, sans être entendu, sans être accompagné."

Le climat incestuel : une violence invisible

Paul-Claude Racamier, psychiatre français, a développé le concept de "climat incestuel" dans les années 1980-1990. Ce climat, fait d’ambiguïté, de gêne, de non-dits, a des conséquences similaires à l’inceste physique. Il détruit l’identité de l’enfant. Il le prive de sa liberté, de son innocence.

Margot a grandi dans ce climat. "Mon père passait du super bon père souriant au père qui hurle, autoritaire, sans que je comprenne ce que j’avais fait de mal", explique-t-elle. Cette inversion des rôles, cette confusion des générations, c’est le terreau de l’inceste.

Les conséquences ? Troubles de la mémoire, dissociation traumatique, tentatives de suicide. Margot en a souffert. "Je me couvrais de couches et de couches de vêtements pour dormir. Je sais toujours pas pourquoi je faisais ça. Je sais pas de quoi j’avais peur au fond."

La CIVISE : un espoir trahi ?

En 2021, la Commission Indépendante sur l’Inceste et les Violences Sexuelles faites aux Enfants (CIVISE) voit le jour. Objectif : recueillir les témoignages des victimes et proposer des mesures concrètes. En trois ans, la CIVISE a recueilli 300 témoignages. Elle a publié un rapport avec 82 préconisations.

Parmi elles : former les professionnels, sensibiliser le public, accompagner les victimes. Un travail salué par les associations et les experts. Mais le gouvernement ? Absent. Le jour de la présentation publique du rapport, aucun membre du gouvernement n’était présent.

À la place, le gouvernement a annoncé son "grand plan pour l’enfance". Mesure phare ? Le recrutement de 14 nouveaux écoutants pour le 119 — numéro d’urgence pour l’enfance en danger. Une goutte d’eau dans l’océan. "C’est une trahison", dénonce Margot. "On avait généré de l’espoir, et on nous dit : on sait, mais on s’en fout."

Les agresseurs : des hommes bien insérés

94 à 98 % des agresseurs sont des hommes. 83 % des victimes sont des filles. Les agresseurs ? Ce ne sont pas des monstres isolés. Ce sont des pères, des oncles, des cousins — bien insérés dans la société. Ils savent jouer avec les codes, manipuler, tromper.

Margot témoigne : "Mon père passait du super bon père souriant au père qui hurle, autoritaire, sans que je comprenne ce que j’avais fait de mal." Cette dualité, cette inversion des rôles, c’est la stratégie des agresseurs. Ils isolent, ils manipulent, ils culpabilisent.

Et la société ? Elle préfère fermer les yeux. Elle préfère protéger les agresseurs plutôt que les victimes. "La société préfère notre silence à la réalité", dénonce Margot. "Elle préfère prendre le risque de laisser un enfant subir des violences plutôt que d’accuser à tort un pauvre père de famille."

Un mouvement qui s’amplifie

Malgré tout, les voix des victimes s’élèvent. Les mouvements féministes, les associations, les médias indépendants — tous dénoncent. Tous exigent des changements. Margot en est un exemple. Elle témoigne, elle se bat, elle espère.

"Plus on parle, plus on se relie, plus nos voix portent", explique-t-elle. "On est légion. On est loin d’être seules." Les victimes ne sont plus isolées. Elles se soutiennent, elles s’écoutent, elles se libèrent.

Le tabou est en train de tomber. Mais le combat est loin d’être terminé. Les institutions doivent agir. La société doit changer. Les victimes doivent être entendues, soutenues, protégées.

Le dossier est loin d’être clos.

Sources :

  • Observatoire national de l'enfance
  • Association Mémoire Traumatique et victimologie
  • Rapport de l'ONU

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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