Incendies criminels : 142 mineurs interpellés, une maire instaure le couvre-feu

L'été de tous les feux
L'été 2026 restera comme celui des chiffres qui s'emballent. Depuis la fin juin — selon les bilans du ministère de l'Intérieur communiqués par LCI —, 375 personnes ont été interpellées pour des départs de feu. Un chiffre en croissance constante : 275 le jeudi 30 juillet, 308 le vendredi 31, 375 le dimanche 2 août. Parmi elles, 142 mineurs. Une proportion qui donne le vertige.
La plupart de ces incendies ne doivent rien au hasard. D'après les données des services enquêteurs, 70 % des feux de forêt sont d'origine criminelle. Le reste relève de la négligence — mégot jeté, barbecue mal éteint. Mais dans les deux cas, le résultat est identique : des hectares de pinède en cendres, des habitations menacées, des milliers de pompiers mobilisés jour et nuit.
Le 27 juillet 2022, deux mineurs de 10 et 13 ans avaient déjà mis le feu au Club des Mille Jeunes, une salle des fêtes d'Amélie-les-Bains-Palalda. Trois plaintes avaient été déposées. L'affaire avait fait grand bruit. Quatre ans plus tard, le scénario se répète. Amplifié.
Une maire, un couvre-feu
À Amélie-les-Bains, Marie Costa n'a pas attendu les circulaires. Le 2 août, elle a pris un arrêté municipal : couvre-feu pour les moins de 15 ans, de 23 heures à 6 heures, jusqu'au 1er septembre. Amende pour non-respect : 35 euros. Les habitants parlent de bon sens. La Ligue des droits de l'homme crie à l'atteinte aux libertés — elle avait déjà obtenu l'annulation d'un précédent couvre-feu dans la même commune en février 2025.
« En ce moment, ils nous parlent de conclure un accord », ironise un riverain joint par LCI, reprenant la formule des chaînes d'info. Ici, pas de géopolitique. Il s'agit de protéger une vallée entière menacée par la pyromanie juvénile.
La maire ne décolère pas. Sur RTL, elle a raconté que les deux mineurs de 10 et 13 ans — les mêmes qu'en 2022, semble-t-il — avaient été interpellés puis relâchés après leur garde à vue. « On ne peut pas les enfermer, mais on ne peut pas non plus les laisser faire. Alors on les enferme chez eux. » Le préfet du Var a salué sa décision. Il a lui-même renforcé les patrouilles nocturnes dans les zones à risque.
La justice durcit le ton
À Bordeaux, le procureur Renaud Le a passé la vitesse supérieure. Dès juillet, il a ordonné que tout jet de mégot en période de sécheresse soit systématiquement suivi d'une garde à vue pour mise en danger de la vie d'autrui. Fini la simple contravention de 135 euros. Désormais, le conducteur qui jette sa cigarette par la fenêtre voit son véhicule saisi, son permis suspendu, son casier s'alourdir.
« On n'est plus sur une pollution, on est sur de la mise en danger de la vie d'autrui », a expliqué Guillaume Vognika sur LCI. Un changement de paradigme qui s'applique aussi aux mineurs. Les 142 jeunes interpellés sont poursuivis devant les tribunaux pour enfants. Les peines encourues vont jusqu'à 15 ans de réclusion criminelle et 150 000 euros d'amende — conformément à l'article 322-6 du Code pénal, qui qualifie l'incendie volontaire de forêt de crime.
Mais la répression suffit-elle ? Le pédopsychiatre Stéphane Clerget, interrogé par LCI, rappelle que la pyromanie juvénile est un trouble rare — 1 cas pour 10 000 à 100 000 adolescents — mais difficile à soigner. « La punition peut réduire le risque de récidive, mais ne l'empêche pas. L'envie peut être plus forte que la peine. » Il insiste sur la nécessité d'une prise en charge psychologique, souvent tardive, car les parents minimisent le problème.
Ce que ça dit de la France
Ce fait divers n'est pas un accident — c'est un symptôme. La France a perdu 2,5 millions d'emplois industriels depuis 1980. Ses jeunes diplômés fuient à l'étranger. Elle gère son déclin avec une élégance funèbre. Et voilà qu'elle se retrouve incapable de protéger ses forêts contre des enfants de 10 ans.
Pourquoi ? Parce que l'État a renoncé à l'assimilation républicaine. Parce que la famille — première cellule de responsabilité — est souvent absente ou dépassée. Parce que la justice, engorgée — 11 juges pour 100 000 habitants contre 25 en Allemagne —, ne peut pas traiter ces dossiers avec la rapidité nécessaire. Alors des maires se substituent à l'État. Des procureurs improvisent des politiques pénales locales. Et des gamins mettent le feu sans comprendre la portée de leurs actes.
Le contribuable paie la facture. Chaque incendie coûte des millions d'euros en moyens aériens, en déploiement de pompiers, en reconstruction. Sans compter les hectares de forêt qui mettront trente ans à repousser. Pendant ce temps, les agences publiques se multiplient — une cinquantaine créées depuis 2000, pour un coût cumulé de 60 milliards d'euros par an — sans qu'aucune ne coordonne efficacement la prévention des feux.
Comparons avec le Canada. Là-bas, l'assurance responsabilité civile est obligatoire. Les amendes pour négligence sont dissuasives. Les programmes d'éducation au feu commencent à l'école primaire. Ici, on attend que les flammes soient à nos portes pour réagir.
Et maintenant ?
Le couvre-feu d'Amélie-les-Bains sera-t-il étendu ? Le ministre de l'Intérieur a promis des mesures nationales — rien n'est encore paru au Journal officiel. La justice traque les pyromanes. Mais la prévention reste le parent pauvre de la politique forestière.
Une chose est sûre : tant que l'État prélèvera 45 % du PIB sans offrir de service public efficace — des juges en nombre suffisant, des pompiers mieux équipés, des campagnes de prévention ambitieuses —, les maires resteront seuls face aux flammes. Et les enfants continueront de jouer avec le feu.
📰Source :www.youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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