Pyromanes : le témoignage d'un ancien pompier incendiaire

23 incendies, une famille suspectée
Des ballots de paille s'embrasent subitement au milieu de la nuit. Des stocks de compost ravagés par les flammes en plein hiver. Les incendies sont spectaculaires — parfois plus de dix mètres de hauteur. Ils menacent bâtiments agricoles, forêts et champs de blé.
Selon la source, « à chaque fois, les incendies se déclarent en fin de semaine, à la nuit tombée ». Les gendarmes comprennent rapidement que l'incendiaire connaît le terrain. « Assez rapidement, on comprend que c'est quelqu'un du coin », confie un militaire.
La psychose s'installe chez les habitants. « Les gens ont commencé à devenir très inquiets. C'est devenu le sujet de conversation dans les rues », témoigne un agriculteur. Michel Martin et Sébastien Point, tous deux agriculteurs, organisent des rondes autour de leurs exploitations. « Toute voiture suspecte garée dans un bois, on regardait », explique l'un d'eux.
Le 4 mars, Sébastien Point reçoit un appel de sa mère : « Il y avait le feu à la ferme ». Depuis sa terrasse, il voit son pailler entièrement embrasé. « Tout était cramé d'un bout à l'autre », se souvient-il. « Si le gars était devant moi, je pense qu'il aurait peut-être… », dit-il.
Le 14 mai, après un ultime périple incendiaire avorté, la famille est interpellée. L'homme, un chauffeur routier de 51 ans, a travaillé dans le milieu agricole. Il est placé en détention provisoire. Sa compagne et sa belle-fille mineure sont placées sous contrôle judiciaire. Elles nient avoir allumé des feux, selon les premiers éléments de l'enquête.
« C'est inédit », explique un gendarme. « D'habitude, les pyromanes agissent en solitaire. Là, trois membres d'une même famille. On a l'impression qu'ils allaient mettre le feu comme d'autres vont au cinéma, le samedi soir. » Les risques encourus : jusqu'à 10 ans d'emprisonnement et 150 000 euros d'amende.
David, l'ancien pompier pyromane repenti
Certains pyromanes sont pompiers. David — un pseudonyme — a accepté de témoigner. « Pour dissuader d'autres personnes de commettre ce délit », dit-il.
À 16 ans, il devient pompier volontaire. « Pour moi, c'était le Graal, vraiment quelque chose de beau », confie-t-il. Il passe un entretien avec le chef de caserne, puis une visite médicale. Le colonel Norbert Berginia, médecin pompier, explique : « Dans leur discours, si on voit qu'il y a un affect particulier pour l'incendie, on peut le détecter. Mais certaines perversions sont beaucoup plus difficiles. » David ne présente aucun trouble lors de son recrutement.
Quelques mois plus tard, ses premières pulsions pyromanes surgissent. Il a 18 ans. « J'étais en couple mais pas forcément heureux. Dans ma famille, ça allait pas. Mes parents divorçaient. Ma grand-mère est décédée. C'était pas évident », raconte-t-il.
« Je partais sur un coup de tête, je roulais, je regardais s'il n'y avait pas d'habitation, de nuit. Dès que je voyais un endroit isolé, je m'arrêtais », explique David. « Je prenais une boîte d'allumettes et je mettais le feu. » Quand les allumettes ne suffisent pas, il utilise un accélérant : « Un bidon d'essence, un peu de partout, et je lançais une allumette. »
« Quand j'arrivais, je sentais du stress, de l'adrénaline et de la peur. Beaucoup de peur de se faire attraper. Et peur de mettre un incendie quand même », confie-t-il. Il savait qu'il mettait en danger les habitants. « Il y avait une part de moi qui disait qu'il y avait un risque. Et je l'ai accepté », dit-il.
Entre 2008 et 2009, il allume plus d'une vingtaine d'incendies dans le sud de la France avant d'être arrêté et condamné à 3 ans de prison.
« La pulsion dépasse la raison »
Le professeur Laurent Laet, expert psychiatre près la cour d'appel de Nîmes, explique : « On met le feu parce qu'on ne peut pas gérer une frustration ou une colère générée par des facteurs de la vie quotidienne. Un individu face à la difficulté de gérer cette dimension émotionnelle va la mettre dans l'agir. »
Roland Coutanu, psychiatre et criminologue, a reçu plusieurs pompiers pyromanes dans son cabinet. « C'est quelqu'un qui va créer lui-même un feu qui n'existe pas pour pouvoir se présenter en héros. Souvent, ils étaient les premiers à signaler le feu ou à être disponibles ce soir-là. »
David confirme : « J'allumais le feu, je rentrais vite chez moi et j'attendais qu'on soit déclenché. » Une nuit, il fait partie du premier équipage à intervenir sur un incendie qu'il a lui-même allumé. « Je voyais un énorme panache de fumée et une lueur qui éclairait toute la montagne. Je me suis retrouvé avec au moins quatre véhicules de pompiers et des renforts. Une vingtaine de soldats du feu étaient mobilisés. »
« J'ai mis mes collègues en danger », regrette-t-il. « C'est mon regret aussi. »
Combien sont-ils ?
Selon la source, plus de 32 000 hectares sont partis en fumée depuis janvier, soit trois fois la taille de Paris et déjà plus que sur toute l'année 2025. 9 feux sur 10 sont d'origine humaine.
Selon les experts, 1 % de la population pourrait avoir des pulsions pyromaniaques. Un crime puni de 15 ans d'emprisonnement et 200 000 euros d'amende.
Le pompier pyromane : une minorité, mais un choc
Le colonel Norbert Berginia le rappelle : « Le pompier pyromane, c'est le mouton noir, en nombre très faible parmi le groupe des pompiers. C'est peut-être le plus étonnant, le plus choquant, mais statistiquement, ce n'est pas le pompier qui est à la racine de la plupart des feux. »
Pourtant, le phénomène interroge. « Beaucoup de ce que j'ai vu ont dit : 'J'ai été dépassé par l'extension qu'a pris ce feu' », note un expert. À cause du réchauffement climatique, les pyromanes font peser une menace inédite sur les forêts françaises.
Pas de traitement pour la pulsion
Une fois condamnés, les pyromanes sont jugés pénalement responsables. Ils ont l'obligation de suivre une thérapie auprès d'un psychologue ou d'un psychiatre. Mais il n'existe à ce jour aucun traitement pour faire disparaître la pulsion pyromaniaque.
David, lui, a suivi une thérapie. Il est aujourd'hui repenti. Il continue de rembourser les victimes. « Je voulais dissuader », répète-t-il. Son témoignage, rare, éclaire un phénomène souvent tabou.
Dans la Charente, l'enquête se poursuit. Les agriculteurs, eux, restent vigilants. « On dort sur un œil », confie Sébastien Point. La peur est toujours là.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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