Incendie criminel à Intermarché : Relaxe au bénéfice du doute
Un incendie criminel détruit un Intermarché en 2007. L'accusé, après des aveux en garde à vue, est relaxé faute de preuves. Les parties civiles déboutées.

La nuit où tout a brûlé
Ce 16 juin 2007, à 2h40 du matin, un incendie criminel ravage un Intermarché. Les dégâts sont colossaux. Le bâtiment réduit en cendres, une pharmacie adjacente gravement endommagée. Trente-sept employés se retrouvent au chômage technique. Le préjudice ? Cinq millions d'euros. La partie civile réclame 573 121 € pour la reconstruction et 700 000 € pour la perte de valeur de la pharmacie.
Les policiers découvrent un échafaudage rudimentaire : palettes, grille. Les soupçons se portent sur des individus ayant escaladé le toit. Mais l'expertise technique est formelle : aucune trace de liquide inflammable, aucune preuve matérielle de l'origine du feu. Le mystère demeure.
Et pourtant. Trois mois plus tard, un jeune homme est interpellé. Il avoue tout en garde à vue. Puis se rétracte devant le juge d'instruction.
Des aveux sous la pression de l'interrogatoire
Le 21 octobre 2008, à 6h50, le jeune homme est placé en garde à vue. Plus de 35 heures enfermé. Sous pression, il craque. "C'est moi qui ai mis le feu", reconnaît-il. Il décrit la scène avec une précision glaçante : les palettes, la grille, la montée sur le toit. Mentionne une bouteille de whisky cassée, un joint fumé avec deux camarades.
Devant le juge d'instruction, tout change. "Tout ce que j'ai dit au commissariat est faux", affirme-t-il. Son avocat plaide la nullité des procès-verbaux, invoquant la jurisprudence européenne. "Le prévenu était vulnérable. Les aveux sans avocat ne tiennent pas", argumente-t-il.
Pourquoi cet aveu ? "J'étais fatigué, je n'avais pas dormi. Les policiers m'ont mis la pression", explique-t-il.
Un passé qui parle
L'enquête de personnalité dévoile un jeune homme fragile. Un père alcoolique chassé du domicile familial. Des violences conjugales subies. À 18 ans, son beau-père le met à la porte. Il abandonne ses études en maçonnerie, vit dans une solitude extrême.
En décembre 2004, il avait été admonesté pour avoir mis le feu à un canapé. Ce passé incendiaire a orienté les enquêteurs vers lui. Mais il nie toute implication dans l'incendie de l'Intermarché. "Je n'ai jamais mis le feu à quelque chose", insiste-t-il.
Des aveux, et rien d'autre
Le procureur reconnaît les faiblesses du dossier. Pas de preuve matérielle. Pas de témoin direct. Juste des aveux obtenus en garde à vue. "Ces aveux sont circonstanciés et corroborés par les déclarations des deux autres suspects", soutient-il. Il réclame neuf mois de prison avec sursis et 140 heures de travail d'intérêt général.
L'avocat de la défense contre-attaque. "On veut condamner ce jeune homme sur de simples déclarations faites sous pression. Il n'y a aucun élément matériel dans ce dossier", martèle-t-il. La relaxe au bénéfice du doute est demandée.
La relaxe, et après ?
Le tribunal rend son verdict. Insuffisance des aveux obtenus en garde à vue pour établir la culpabilité. Faute de preuves tangibles, l'accusé est relaxé. Les parties civiles déboutées.
Cette décision soulève des questions. Comment un dossier reposant essentiellement sur des aveux peut-il aboutir à une relaxe ? Pourquoi les parties civiles, qui ont subi des pertes colossales, sont-elles laissées sans recours ?
L'affaire révèle les limites du système judiciaire. Les aveux obtenus sous pression ne peuvent être la seule base d'une condamnation. La recherche de la vérité doit s'appuyer sur des preuves solides.
Et pourtant. Les victimes, elles, attendent toujours que justice soit rendue.
Sources
- Procès-verbal de garde à vue
- Expertise technique
- Enquête de personnalité
Quel est le montant total du préjudice causé par l'incendie ?
Par la rédaction de Le Dossier
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