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Harcelée en ligne, une restauratrice parisienne contrainte de fermer

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-16
Illustration: Harcelée en ligne, une restauratrice parisienne contrainte de fermer
© YouTube

« Islamo collabo fuck Gaza » — le tag qui dit tout

Le message est gravé dans le verre. Littéralement. « Islamo collabo fuck Gaza ». À l’acide. Voilà ce que Pauline a découvert un matin, un mois après le début du cauchemar. « J’ai eu un tag à l’acide sur ma vitrine », raconte-t-elle. La Conserverie Paysanne — restaurant bar épicerie qu’elle a monté il y a quatre ans dans le 11e arrondissement de Paris — n’est plus qu’une cible.

Ce tag n’est pas un acte isolé. Il couronne une campagne de harcèlement numérique méthodique. Tout commence en octobre. Ce jour-là, une manifestation des Patriotes de la Diversité défile sur le boulevard voisin. Les serveuses de Pauline, en fin de service, sortent voir. Les manifestants scandent des chants propalestiniens. Les serveuses répondent en criant « À bas ». Elles sont filmées. La vidéo atterrit sur Boulevard Voltaire et Frontière — deux sites d’extrême droite. Elle fait 1 million de vues.

En vingt-quatre heures, 2500 avis négatifs submergent la page Google du restaurant. Le compte est bloqué un mois. « On a reçu des centaines de commentaires sur Instagram, Facebook. Des dizaines de mails. Des appels. Des réservations avec marqué “collabo” », énumère Pauline. Les harceleurs modifient même la destination du lieu sur Google : « mosquée ». Sa photo et l’adresse du restaurant sont diffusées en ligne. C’est du doxing.

Une plainte, puis un contrôle qui interroge

Pauline porte plainte pour harcèlement, menaces et doxing. Les policiers lui conseillent de fermer temporairement. Elle obéit. Cinq jours plus tard, elle reçoit un appel suspect — quelqu’un se fait passer pour la police. Inquiète, elle retourne au commissariat. Le soir même, elle rouvre. À 22h30, six policiers nationaux débarquent. Contrôle « aléatoire », disent-ils. Filmé, armé. Pendant trente minutes, ils fouillent, vérifient les papiers, verbalisent. Motif : un affichage manquant et une bouteille d’alcool posée à côté d’une bouteille de soda. « Il était 22h30 un vendredi », précise Pauline.

Un mois plus tard, le tag à l’acide. Pauline change le nom et l’enseigne du restaurant pour tenter de tourner la page. Mais les avis négatifs continuent d’affluer. Google ne réagit plus. « Ça fait peur de le vivre personnellement. On en entend toujours parler, mais on se dit que ça peut arriver qu’aux autres », confie-t-elle.

Redressement judiciaire : la fin programmée

En janvier 2024, La Conserverie Paysanne est placée en redressement judiciaire pour six mois. Pauline ne se fait plus d’illusions : « J’ai bien peur qu’à la fin de ce redressement, donc fin juillet, on doive mettre la clé sous la porte. » Elle ne dit pas que cette affaire a seule causé la faillite. Mais elle pèse lourd. « Ils vont réussir à me faire couler. »

Un phénomène qui dépasse le cas de Pauline

Les commentaires reçus par Pauline étaient souvent sexistes. « La gueule de ses cassos », « elles sont antifrance, bien fait qu’elles dégagent », « il faut boycotter l’épicerie ».

Elle a décidé de parler parce qu’elle n’a plus rien à perdre. « Vu le contexte politique général, je trouve important de montrer qu’il y a beaucoup d’événements comme ça qui se passent. » Son témoignage montre comment une vidéo, amplifiée par des réseaux militants, peut détruire une petite entreprise en quelques heures.

Les questions restent sans réponse. Qui a tagué la vitrine ? Pourquoi la police a-t-elle choisi ce soir-là pour un contrôle ? Les harceleurs seront-ils identifiés ? Pauline a porté plainte.

Retenez ce détail : le restaurant n’était pas politisé. Pauline le dit elle-même : « Le resto était absolument pas politisé. » Elle a juste voulu défendre ses serveuses. Et elle a perdu son affaire.

À suivre.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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