Grand Prix de France : 102 millions d'euros publics engloutis selon la CRC

Tout a basculé le 12 juillet 2023. Ce jour-là, les élus écologistes de la Métropole Nice Côte d'Azur adressent un signalement à la CRC. « C'est notre groupe qui a provoqué l'enquête grâce à notre signalement », rappelle Mme Chenello, conseillère métropolitaine. Le rapport est tombé. Sans appel.
Le président de la métropole en donne lecture en conseil. Sa voix est grave. « Le rapport de la chambre régionale des comptes concernant le groupement d'intérêt public Grand Prix de France Le Castellet est particulièrement sévère. » Il énumère. Le modèle était déficitaire dès l'origine. La redevance versée à Formula One Management, l'absence de maîtrise sur les recettes, la dépendance au propriétaire du circuit — l'équilibre financier était impossible.
Pourtant, les instances ont validé année après année des déficits considérables. « Sans que les risques soient réellement maîtrisés », souligne le président. Les écarts entre les prévisions budgétaires et les réalisations sont majeurs. Le rapport mentionne plusieurs irrégularités dans les procédures de commande publique. « Particulièrement graves », ajoute-t-il. Des décisions ont été prises en dehors du cadre initial du groupement, notamment pour un projet de Grand Prix à Nice. Une étude à 550 000 dollars a été financée sans que les administrateurs en soient informés.
Le total ? 102 millions d'euros. « Plus de 102 millions d'euros d'argent public auront été mobilisés pour quatre éditions du Grand Prix », précise le président de la métropole. Et les retombées économiques promises ? « N'ont pas pu être démontrées de manière objective. » Aucune étude indépendante ne les confirme.
La Métropole Nice Côte d'Azur a déjà versé près de 10 millions d'euros de subventions. « À cela s'ajoute une quote-part du passif évalué par la CRC à plus de 5,2 millions d'euros pour notre métropole », explique-t-il. Il reste encore 1,2 million à verser. Au total, l'engagement de la métropole atteindrait près de 15,5 millions d'euros. « Je refuse que les contribuables métropolitains deviennent la variable d'ajustement d'un projet qui au final aura desservi leur intérêt. » Il annonce que la métropole contestera avec la plus grande détermination le principe de devoir combler ce trou.
Un gouffre financier annoncé dès 2016
Mme Chenello prend la parole. « Ce rapport de la Chambre régionale des comptes sur le GIP Grand Prix de France est accablant. Il confirme point par point ce que nous dénoncions depuis des années. » Dès la première délibération, en décembre 2016, son collègue Fabrice de Coupini avait alerté. « Il est toujours plus facile de dénoncer un fiasco une fois qu'il est constaté que de faire preuve de courage politique lorsqu'il fallait s'y opposer. »
Elle rappelle le contexte. « Pendant ce temps, notre collectivité faisait face à des défis immenses : reconstruction des vallées après la tempête Alex, crise sanitaire, soutien au commerce, aux associations, aux équipements publics. » Mais pour l'exécutif, la priorité était de verser des millions à une course automobile organisée dans le Var, « à plus d'une centaine de kilomètres de notre métropole ».
La CRC révèle des défaillances graves de gouvernance. Des déficits validés sans contrôle. Des marchés attribués sans publicité ni mise en concurrence. Une étude à 550 000 dollars pour un hypothétique Grand Prix à Nice, financée en catimini. « Comment peut-on prétendre gérer rigoureusement l'argent public quand de telles pratiques sont mises en lumière par la juridiction financière ? » lance Mme Chenello.
La version de M. Pradal : « Une ambition collective »
M. Pradal, conseiller métropolitain, prend la parole à son tour. Il reconnaît les limites du financement. Mais il rappelle « le succès en termes de fréquentation » et « une réussite opérationnelle en matière de mobilité ». Il salue la capacité de négociation du GIP avec FOM, notamment pendant la crise sanitaire. « Ce qu'a démontré la situation, c'est qu'un grand prix ne peut fonctionner qu'avec un soutien majeur de financement de l'État. Les seules collectivités ne sont pas à même de porter ce financement. »
Il plaide pour une ambition collective. « La France, nation automobile, a le droit d'accueillir un événement majeur. » Et de regretter que l'État n'ait pas joué son rôle. « Organiser un grand prix qui porte le nom de notre pays sans financement de l'État est voué à l'échec. »
Le président de la métropole lui répond. « Le moteur de cette aventure, c'est la région. Le président de la région était président du GP. Il y a eu des courriers disant que s'il y avait des déficits, la région assumerait. » Or, selon lui, le président de la région actuelle « fait mine de ne plus connaître ses courriers alors qu'ils ont été signés par son directeur général des services ». Le Var a déjà engagé un contentieux. « S'il y avait au-delà du droit un peu de moral à la région, je pense que ça serait à la région d'assumer aujourd'hui la responsabilité de combler ce trou. »
Des irrégularités qui appellent la justice
Le rapport de la CRC ne se contente pas des chiffres. Il pointe des pratiques qui pourraient relever de fautes d'une autre nature. « Une procédure judiciaire est ouverte », confirme le président de la métropole. Les élus écologistes demandent que toute la lumière soit faite sur les responsabilités politiques. « Les habitants de notre métropole méritent mieux que des dettes, des déficits et des opérations de prestige sans résultat. »
Qui a signé les délibérations ? Qui a validé les déficits ? Qui a commandé l'étude à 550 000 dollars sans en informer les administrateurs ? Autant de questions que le rapport ne tranche pas, mais qui alimentent une enquête.
L'affaire est un symbole, selon Mme Chenello. « Celui d'une certaine conception de l'action publique : des grands événements, des opérations de communication, des chèques en blanc au détriment des besoins réels de nos habitants. » Le rapport de la CRC constitue un désaveu cinglant pour les responsables du projet. Ceux qui alertaient avaient raison.
Un fiasco qui coûte cher aux contribuables
Au total, la métropole Nice Côte d'Azur a déjà versé près de 10 millions d'euros. Elle doit encore 1,2 million. La quote-part du passif atteint 5,2 millions. Le Var et d'autres collectivités sont aussi dans la tourmente. La région, présidente du GIP, est sommée d'assumer ses engagements. Mais le président de la métropole prévient : « Il y aura du contentieux, nous en ferons. » Le combat juridique ne fait que commencer.
Pendant ce temps, les circuits du Castellet restent là. Les infrastructures sont amorties. Mais le trou dans les finances publiques, lui, est bien réel. 102 millions d'euros pour quatre courses. Soit plus de 25 millions d'euros par édition. Un coût exorbitant pour un événement dont les retombées économiques n'ont jamais été démontrées.
Les questions fusent. Pourquoi avoir poursuivi malgré les alertes ? Qui a pris la décision de financer une étude à Nice sans en informer personne ? Où est passé l'argent exactement ? Le rapport de la CRC ne répond pas à tout, mais il dresse un constat implacable. Un fiasco industriel grandeur nature.
Et ce n'est pas fini. La procédure judiciaire pourrait déboucher sur des sanctions pénales. Les élus écologistes promettent de rester vigilants. « Nous avions alerté, nous continuerons à l'être. » Les contribuables, eux, attendent des comptes. Et des remboursements.
Sources :
- Rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC) sur le GIP Grand Prix de France Le Castellet
- Signalement des élus écologistes du 12 juillet 2023
- Échanges en conseil métropolitain de la Métropole Nice Côte d'Azur (vidéo Contrechamp politique)
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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