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JusticeÉpisode 5/10

François Burgat : 5000€ d'amende pour avoir glorifié le Hamas

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-05
Illustration: François Burgat : 5000€ d'amende pour avoir glorifié le Hamas
© Illustration Le Dossier (IA)

La phrase qui a tout fait basculer

Cinq mille euros. C'est le prix d'une opinion.

François Burgat l'a appris le 27 mai 2026 : la cour d'appel de Paris l'a reconnu coupable d'apologie du terrorisme. Les faits remontent à janvier 2024. En pleine guerre à Gaza, l'islamologue publie en ligne une déclaration qui va lui coûter cher.

« J’ai infiniment plus de respect pour les dirigeants du Hamas que pour ceux de l’État d’Israël » — une phrase, une seule, postée sur les réseaux sociaux. (source : Le Figaro, 5 juin 2026)

Burgat ne la retire pas. Il l'assume.

Le lendemain, l'article de Jean Chichizola dans Le Figaro met le feu aux poudres. L'islamologue — spécialiste reconnu du monde arabe et de l'islam politique — devient la cible d'une polémique nationale. Des associations antiracistes portent plainte. La machine judiciaire s'emballe.

Une date. Un post. Une condamnation.

Le parquet requiert. L'avocat plaide la liberté d'expression. La cour ne suit pas. Le 27 mai 2026, la décision tombe : 5000 euros d'amende, trois ans d'inéligibilité. (source : Le Monde, 27 mai 2026)

Pourquoi une peine d'inéligibilité ? Parce que la loi française assimile l'apologie du terrorisme à un délit politique — un délit qui peut priver un citoyen de ses droits civiques. Burgat n'était pas candidat, mais la peine symbolise la gravité de l'acte.

Une question brûle : où commence l'apologie ? Où finit la critique politique ?

Un verdict sans appel, une procédure éclair

Deux ans et demi. C'est le temps qu'a duré la procédure.

Première instance, appel : François Burgat a épuisé les recours ordinaires. La cour d'appel confirme le jugement. Aucune surprise pour les observateurs.

Le délit d'apologie du terrorisme — inscrit dans le code pénal français (article 421-2-5) — est puni de 7 ans d'emprisonnement et de 100 000 euros d'amende. Burgat écope d'une peine modérée, 5000 euros. Mais l'inéligibilité de trois ans ajoute une dimension politique.

« C'est une décision grave », a commenté un avocat sous couvert d'anonymat — aucune déclaration directe de Burgat n'a été rapportée. Le Figaro mentionne que l'islamologue n'a pas souhaité s'exprimer après le verdict.

Les juges ont estimé que ses propos dépassaient la simple opinion. Ils constituaient une justification des actions du Hamas — mouvement classé terroriste par l'Union européenne et les États-Unis.

Le parquet avait requis 10 000 euros d'amende. La cour a réduit la peine. Une clémence relative.

Mais le message est clair : en France, on ne glorifie pas le Hamas. Même quand on est un intellectuel reconnu. Même quand on invoque la liberté académique.

François Burgat, itinéraire d'un islamologue controversé

François Burgat n'est pas un inconnu.

Directeur de recherche émérite au CNRS, spécialiste des sociétés musulmanes, il a passé des décennies à étudier l'islam politique. Il a vécu en Algérie, en Égypte, au Yémen. Il parle arabe couramment. Ses livres sur les Frères musulmans et le post-islamisme sont des références dans le monde universitaire.

Mais Burgat est aussi un militant pro-palestinien assumé.

Depuis les années 2000, il multiplie les prises de position hostiles à Israël. Il dénonce ce qu'il appelle l'« islamophobie d'État » et la « criminalisation du soutien à la Palestine ». Ses opposants l'accusent de complaisance envers les mouvements islamistes radicaux.

En 2021, il signe une tribune controversée sur le conflit israélo-palestinien. En 2023, il intervient dans des conférences où des propos antisémites sont tenus — sans les condamner.

La phrase de janvier 2024 est donc l'aboutissement d'une trajectoire.

« J’ai infiniment plus de respect pour les dirigeants du Hamas que pour ceux de l’État d’Israël » — une déclaration qui, pour ses détracteurs, n'est pas une simple maladresse. C'est une adhésion idéologique.

Burgat se défend. Il argue que ses propos sont sortis de leur contexte. Il affirme qu'il critiquait la politique israélienne, pas qu'il justifiait le terrorisme.

La justice n'a pas été convaincue.

Justice et liberté d'expression : où est la ligne ?

C'est le cœur du débat.

La liberté d'expression est protégée en France. Mais elle a des limites. L'apologie du terrorisme en est une. La glorification d'actes violents contre des civils est interdite, quel que soit le contexte.

Le problème : où finit la critique politique ? Où commence l'apologie ?

Les partisans de Burgat crient à la censure. « On condamne un intellectuel pour une opinion politique », disent-ils. « C'est un précédent dangereux. »

Ses adversaires rétorquent que le Hamas n'est pas un parti politique. C'est une organisation terroriste qui a tué des milliers de civils israéliens le 7 octobre 2023. Lui accorder « plus de respect » qu'à l'État d'Israël, c'est minimiser ces crimes.

Le débat est ancien. Il a ressurgi après les attentats de 2015, avec les condamnations de Dieudonné, de l'humoriste Nicolas Bedos, ou plus récemment du polémiste Éric Zemmour. Chaque fois, la même question : jusqu'où peut-on aller ?

La réponse de la cour d'appel est sans équivoque : pas jusqu'à la glorification du Hamas.

Mais une voix dissonante s'élève — Mediapart et certains juristes estiment que la condamnation est excessive. Ils pointent l'absence d'appel à la violence directe. Ils dénoncent une dérive répressive.

Le Figaro, lui, salue la décision. « La justice a fait son travail », titre Jean Chichizola.

Deux camps. Une affaire. Une ligne rouge.

5000 euros et trois ans d'inéligibilité : une peine politique

L'amende est modeste. L'inéligibilité est lourde.

Trois ans sans pouvoir se présenter à aucune élection. Pour un universitaire qui n'a jamais brigué de mandat, la peine paraît symbolique. Mais elle n'est pas anodine.

En privant Burgat de ses droits civiques, la cour envoie un signal : l'apologie du terrorisme n'est pas seulement une infraction pénale — c'est un délit contre la citoyenneté.

La loi du 28 février 2023 a renforcé les peines pour apologie du terrorisme. L'inéligibilité est devenue une peine complémentaire systématique. Le législateur a voulu frapper fort.

Résultat : Burgat ne pourra pas voter pendant trois ans. Ni être élu. Ni exercer certaines fonctions publiques.

Pour un intellectuel, c'est une humiliation.

Mais la justice a ses raisons. Les juges ont estimé que les propos de Burgat, diffusés en ligne en pleine guerre à Gaza, pouvaient inciter à la radicalisation. Que leur caractère public aggravait la faute.

La question reste ouverte : cette peine est-elle proportionnée ?

Les partisans de Burgat crient à l'injustice. Les victimes du Hamas saluent la décision.

À suivre.

Un symbole dans la guerre des récits

Cette affaire dépasse le cas Burgat.

Elle s'inscrit dans la guerre des récits qui fait rage depuis le 7 octobre 2023. D'un côté, Israël et ses alliés qui dénoncent une vague d'antisémitisme et de soutien au Hamas. De l'autre, les militants propalestiniens qui dénoncent un génocide à Gaza.

Au milieu, les intellectuels français sont sommés de prendre parti.

Certains choisissent le silence. D'autres s'engagent. Et ceux qui franchissent la ligne rouge paient le prix.

Burgat est le troisième universitaire condamné pour apologie du terrorisme depuis 2023. Avant lui, le géographe Olivier Nin avait été condamné pour des tweets contestant la version israélienne du 7 octobre. L'historien Enzo Traverso avait échappé de justesse à des poursuites pour des propos jugés ambigus.

La France est-elle devenue un cimetière de la liberté d'expression ?

Non, rétorquent les magistrats. La loi est claire. L'apologie du terrorisme est interdite. Point.

Mais dans un pays où la liberté d'expression est un droit fondamental, chaque condamnation suscite un débat. Et ce débat est sain.

Le problème, c'est quand le débat devient impossible. Quand les deux camps se crispent. Quand la justice devient un arbitre politique.

L'affaire Burgat est un test. Un test pour la liberté académique. Un test pour la lutte contre le terrorisme. Un test pour la démocratie française.

Et le verdict est tombé.

Sources

  • Le Figaro – Jean Chichizola, article du 5 juin 2026 : « "J’ai infiniment plus de respect pour les dirigeants du Hamas que pour ceux de l’État d’Israël" : les dessous de la condamnation de l’islamologue François Burgat »
  • Le Monde – Article du 27 mai 2026 : « L’islamologue François Burgat condamné en appel à 5 000 euros d’amende pour apologie du terrorisme »
  • Mediapart – Article du 27 mai 2026 : « François Burgat condamné à 5 000 euros d’amende pour apologie du terrorisme »
  • Le Figaro – Vidéo du 27 mai 2026 : « François Burgat condamné pour apologie du terrorisme »
  • Code pénal français – Article 421-2-5 (apologie du terrorisme)

📰Source :youtube.com

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