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PolitiqueÉpisode 13/5

France Télévisions : le système Ernotte, ou l'art de transformer l'argent public en privilèges

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-08-12
Illustration: France Télévisions : le système Ernotte, ou l'art de transformer l'argent public en privilèges
© YouTube

Ces mots sont ceux de Michel Goldstein, ancien rédacteur en chef du service des sports de France Télévisions, qui a passé trente ans dans le groupe. Il les a prononcés lors d'un entretien sur Front Populaire.

La commission d'enquête parlementaire sur l'audiovisuel public, présidée par le député Charles Loncle, a tenu 67 auditions et entendu 234 personnes. Le résultat, selon Goldstein et son co-auteur Éric Moriot dans le livre Les intouchables de l'audiovisuel public, met en lumière un système où l'entre-soi remplace la compétence, où les conflits d'intérêts sont une routine, et où le contribuable finance des privilèges.

Les faits mis en évidence par la commission

D'abord, une nomination contestée. Delphine Ernotte est nommée en 2015 à la tête de France Télévisions par le CSA, sur proposition de François Hollande. La loi Léotard du 30 septembre 1986 exige une « expérience dans l'audiovisuel » et des « compétences » pour le poste. Selon Goldstein, elle n'avait ni l'une ni les autres, alors qu'il y avait des candidats avec une expérience largement supérieure.

Ensuite, un management toxique. Le Comité social et économique (CSE) de France Télévisions a mandaté un cabinet extérieur pour auditer les pratiques managériales. Le rapport décrit un climat de souffrance au travail, des procédures prud'homales systématiques, et des dirigeants qui auraient déclaré : « Ce n'est pas notre argent », à propos des frais de justice.

Troisième fait : les conflits d'intérêts. Des salariés de France Télévisions produisent leurs propres émissions via des boîtes privées. Léa Salamé, Patrick Cohen, Naguy sont salariés du groupe public ET producteurs. Goldstein affirme : « Ou on est salarié, ou on est producteur. Pas les deux. »

Quatrième élément : le monopole de trois boîtes de production — Media One, Banijay et Together — sur les programmes de France 5. Selon les auditions, ces trois sociétés captent l'essentiel des commandes, empêchant les petits producteurs d'accéder au service public. Media One produit la quasi-totalité des émissions de plateau de la chaîne.

Cinquième fait : la gestion dispendieuse. Pierre Lescure, venu faire l'éditorialiste sur France 5, a facturé plus de 22 000 euros de taxi en un an. Le groupe entretient 53 voitures de fonction. Une trentaine de directeurs perçoivent des salaires très élevés, faussant la moyenne de 72 000 euros annuels, alors que la majorité des salariés gagnent bien moins.

Sixième fait : le cumul des mandats. Arnaud Ngatcha, nommé responsable des opérations exceptionnelles, cumule un salaire de 100 000 euros chez France Télévisions et 60 000 euros comme adjoint à la mairie de Paris aux relations internationales. Selon les témoignages, il voyage fréquemment avec l'ambassadeur des États-Unis, sans que personne ne sache ce qu'il fait pour France Télévisions.

Le produit d'un système

Delphine Ernotte n'est pas arrivée par hasard. Selon Goldstein, elle est le produit d'un système où la « caste » est composée de dirigeants issus des mêmes grandes écoles, des mêmes cabinets ministériels, des mêmes réseaux. Stéphane Sibon Gomez, nommé numéro 2 du groupe, venait du cabinet de Cécile Duflot, sans expérience des médias.

La chronologie est éloquente : 2015, François Hollande impose Ernotte via le CSA, malgré les candidatures de professionnels reconnus ; 2023-2024, la commission d'enquête révèle l'ampleur des dérives ; 2024, le livre de Goldstein et Moriot sort, suivi d'un audit externe commandé par le CSE. Aucune sanction n'a été prise.

Roch-Olivier Maistre, ex-président du CSA, a reconnu devant la commission : « Ce n'est pas nous qui avons choisi » Delphine Ernotte.

Selon Goldstein, les plateaux de France 5 sont déséquilibrés politiquement, avec une surreprésentation de la gauche. La nuit, des personnalités de droite sont rediffusées pour équilibrer les compteurs. La direction n'a pas démenti.

La justice aux abonnés absents

À ce stade, aucune procédure pénale n'a été ouverte. La commission d'enquête parlementaire n'a pas de pouvoir judiciaire. Elle peut seulement formuler des recommandations.

Plusieurs éléments pourraient intéresser la justice : les notes de frais de Pierre Lescure, les cumuls d'emplois d'Arnaud Ngatcha, et les disparitions suspectes d'enregistrements du CSA. Goldstein évoque une descente de police au CSA après la nomination d'Ernotte, et la disparition des bandes des auditions.

Le management toxique fait l'objet d'un audit externe, mais cet audit n'a pas été rendu public dans son intégralité. Les prud'hommes continuent de traiter les affaires, avec des procédures qui peuvent durer des années.

Sources :

  • Front Populaire (YouTube) : Despotisme, incompétence : les coulisses de l'audiovisuel public – Michel Goldstein
  • Commission d'enquête parlementaire sur l'audiovisuel public (67 auditions, 234 personnes auditionnées)
  • Livre Les intouchables de l'audiovisuel public (Michel Goldstein, Éric Moriot, éditions L'Artilleur)
  • Rapport d'audit du cabinet extérieur mandaté par le CSE de France Télévisions

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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