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PolitiqueÉpisode 3/5

Nathalie Saint-Cricq : la directrice de France Télé qui tutoie les négationnistes

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-14
Illustration: Nathalie Saint-Cricq : la directrice de France Télé qui tutoie les négationnistes
© YouTube

Le bandeau qui a tout déclenché

25 janvier 2025. France Info diffuse un bandeau : « 200 otages palestiniens retrouvent la liberté ». Sauf que ce ne sont pas des otages. Ce sont des détenus palestiniens, libérés dans le cadre d’un échange de prisonniers entre le Hamas et Israël. Le mot « otages » est une bombe. Il suggère une symétrie entre des civils israéliens enlevés le 7 octobre et des prisonniers condamnés pour terrorisme. Faute déontologique ? Maladresse ? Les deux.

Cinq minutes après la diffusion, le tweet de Caroline Yadan tombe. La députée macroniste, connue pour son soutien inconditionnel à Israël, s’indigne. « Erreur inadmissible », écrit-elle. La machine s’emballe. La direction de France Info réagit dans l’heure : communiqué, « erreur », « excuses », « suspension ». Le journaliste auteur du bandeau est suspendu séance tenante. Pas d’enquête interne. Pas de débat. Une exécution.

C’est là que ça devient intéressant. En fin de soirée, Muriel Attal, directrice de la communication de France Télévisions, tweete à Caroline Yadan : « On a immédiatement réagi Caroline. La direction de l'info et France TV ont été des Lucky Luke. » Avec un cœur. Un cœur. Pas un « merci de votre vigilance ». Pas un « nous prenons acte ». Un cœur. La proximité est affichée, revendiquée, presque fière.

La députée insoumise Hercilia Souet le relève devant Delphine Ernotte. « Vous remarquerez entre le Caroline et le cœur qu'il y a une certaine proximité qui est clairement affichée et revendiquée. C'est ça qui a choqué en vérité : la manifestation d'une collusion entre une députée de la Macronie et la direction de France Info. » La présidente de France Télévisions ne répond pas. Le président de la commission d’enquête, Jérémie Patrier-Leitus, tente d’arrêter Souet. Il échoue.

Muriel Attal et le cœur qui tue

Ce tweet n’est pas un simple geste de courtoisie. Il révèle une chaîne de commandement où une députée macroniste peut faire suspendre un journaliste en une heure. Où la directrice de la communication du service public tutoie une élue de la majorité présidentielle. Où la neutralité affichée vole en éclats.

Caroline Yadan n’est pas une spectatrice. Elle est une actrice. Elle siège dans la majorité. Elle porte la ligne du gouvernement sur le conflit israélo-palestinien. Et elle obtient ce qu’elle veut : la tête du journaliste, les excuses, le bandeau retiré. Muriel Attal, elle, ne se cache pas. Elle assume. « Lucky Luke », écrit-elle. « L'homme qui tire plus vite que son ombre » — une référence à la rapidité d’exécution. Une vantardise.

Mais cette rapidité, à qui profite-t-elle ? Pas à la déontologie. Pas à la vérité. À une ligne politique. Celle qui consiste à ne jamais froisser Israël. Celle qui consiste à traiter les prisonniers palestiniens comme des « otages » quand un journaliste les appelle comme tels, puis à les qualifier de « détenus » sous la pression d’une députée. En clair : la direction adapte son vocabulaire à ses amis politiques.

La commission d’enquête parlementaire aurait dû creuser ce point. Elle a préféré s’écharper sur le ton. « Madame Souet, pour être sûr qu’on vous a bien comprise : vous nous expliquez que le fait que des journalistes de France Info qualifient des prisonniers palestiniens d’otages n’est pas un sujet pour vous ? » Le président Patrier-Leitus tente de coincer la députée insoumise. Il oublie que le vrai sujet, ce n’est pas le bandeau, c’est le système de pression qui a suivi.

Nathalie Saint-Cricq au CRIF : le tutoiement qui tue la neutralité

Été 2025. Le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) organise une soirée. À la tribune, une animatrice : Nathalie Saint-Cricq, directrice des rédactions nationales de France Télévisions. À ses côtés, Raphaël Enthoven, polémiste pro-Israël, marié — et ce n’est pas une blague — avec la patronne de France Inter. Il est venu « en pensée, en parole, peut-être pas en chair et en os — surtout en chair », lance-t-il. Elle le tutoie : « Raphaël, je l’ai fait par ordre de proximité. » Proximité, le mot est lâché.

Que fait le directeur des rédactions nationales du service public dans un dîner du CRIF ? Rien d’illégal, bien sûr. Mais à une condition : la neutralité. Or, Saint-Cricq ne se contente pas d’animer. Elle développe une théorie. « Les citoyens sont touchés par les images de carnage à Gaza parce qu’ils n’ont pas une assez bonne culture de l’actualité », dit-elle. En clair : si vous êtes ému par les morts palestiniens, c’est que vous ne comprenez rien. Pas que la communication israélienne est violente. Pas que les images sont authentiques. Non : c’est votre faute.

Puis elle ajoute : « Si Netanyahou est accusé de génocide, c’est parce que l’État d’Israël communique mal. » Pas parce qu’il massacre. Pas parce que la Cour internationale de justice a jugé plausible un risque de génocide. Parce qu’il communique mal. Saint-Cricq reprend la thèse du « hasbara », cette propagande israélienne qui consiste à retourner l’accusation. Et elle le fait depuis la scène du CRIF, en tutoyant un polémiste qui, quelques mois plus tôt, niait l’existence même de journalistes à Gaza.

« Il n’y a pas de journalistes à Gaza » : le mensonge d’Enthoven, le silence de Saint-Cricq

Raphaël Enthoven, ce même soir, réaffirme sa position : « À Gaza, il n’y a pas de journalistes. Il y a des tueurs, des combattants ou des preneurs d’otage avec une carte de presse. » Une déclaration qui provoque la consternation dans la profession. Plus de 200 journalistes palestiniens ont été tués par l’armée israélienne depuis octobre 2023, selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ). Des vrais journalistes. Avec des familles. Des reportages. Des prix.

Et Nathalie Saint-Cricq ne dit rien. Elle l’écoute. Elle le tutoie. Elle l’invite. Elle l’héberge sur ses plateaux deux jours plus tard, sans aucun bandeau, sans aucune mention de leur relation, sans aucun avertissement aux téléspectateurs. « Vous trouvez normal qu’elle continue à nier, contre l’avis de tous les spécialistes, la réalité du génocide à Gaza ? », lance le député insoumis Émeric Caron à Delphine Ernotte. « Qu’elle reçoive Enthoven sans dire qu’elle était avec lui au CRIF la veille ? »

Delphine Ernotte ne répond pas. C’est son bras droit, Marc-Antoine Tanguy, qui prend la parole. « Sur la situation à Gaza, il n’y a aucune volonté de notre part de parler plus en faveur de telle ou telle partie. » Et il ajoute : « Il y a une difficulté majeure : tous les médias du monde ont eu du mal à envoyer des équipes à Gaza. » Vraiment ? L’armée israélienne a tué plus de 200 journalistes, interdit l’accès à la plupart des correspondants étrangers, bombardé des immeubles abritant des médias — et France Télé expliquerait ça par une « difficulté logistique » ?

Où est l’argent ? — Question rhétorique. Mais elle mérite d’être posée. Le service public audiovisuel français reçoit 3,8 milliards d’euros de redevance et de subventions pour garantir une information indépendante et équilibrée. Et voilà ce qu’on obtient : une directrice des rédactions qui tutoie un négationniste au CRIF, une directrice de la communication qui envoie des cœurs à une députée macroniste après avoir suspendu un journaliste, une présidente qui se retranche derrière des « difficultés logistiques ».

La commission d’enquête : un fiasco en direct

Le député Émeric Caron ne lâche rien. « Est-ce que vous trouvez normal qu’elle se retrouve sur la scène du CRIF avec l’ambassadeur de l’État voyou israélien en train de tutoyer son ami négationniste Raphaël ? » Il parle de Saint-Cricq. Il la cite. Il cite Enthoven. Le président Patrier-Leitus l’interrompt : « J’indique que ce n’est pas le lieu dans cette commission d’enquête d’accuser des personnes qui ne sont pas présentes. » Caron insiste : « C’est un fait. Quand on dit qu’il n’y a pas de journalistes à Gaza, on nie une réalité factuelle. » Patrier-Leitus répète : « Je vous le dis, ce n’est pas le lieu. »

Mais pourquoi Patrier-Leitus, qui préside la commission sur l’audiovisuel public, était-il présent au premier rang de cette soirée du CRIF ? Pourquoi n’a-t-il pas jugé utile de s’interroger sur la neutralité de Saint-Cricq ? Pourquoi a-t-il tenté d’empêcher Caron de poser la question ? Le malaise est palpable. La commission d’enquête, censée faire la lumière sur les dérives du service public, se transforme en tribunal où l’on défend le système plutôt qu’on le dénonce.

Et Caron de conclure : « Est-ce que ce n’est pas le plus impardonnable des fiascos de France Télévisions depuis deux ans ? » La question reste suspendue. Personne ne répond. Delphine Ernotte regarde ses notes. Patrier-Leitus brandit son règlement. Le service public audiovisuel, celui qui devrait être le rempart contre la désinformation, devient le terrain de jeu des copinages politiques et idéologiques.

Le bilan : plus de 200 journalistes tués, zéro remise en cause

Le Comité pour la protection des journalistes recense plus de 200 reporters palestiniens tués à Gaza depuis octobre 2023. Des dizaines de familles de journalistes décimées. Des rédactions entières anéanties. Et France Télévisions, via Nathalie Saint-Cricq, continue de faire comme si ces morts n’existaient pas. Pire : elle donne la parole à un homme qui les nie ouvertement.

Ce n’est pas une erreur de parcours. C’est un système. Un système où la directrice des rédactions nationales peut tutoyer un polémiste pro-Israël le soir, l’inviter le lendemain, et ne rien dire aux téléspectateurs. Un système où une députée macroniste peut faire suspendre un journaliste en une heure, et où la directrice de la communication l’applaudit avec un cœur. Un système où la présidente de France Télévisions se retranche derrière des « difficultés logistiques » pour justifier l’absence de couverture indépendante du plus grand massacre de journalistes de l’histoire récente.

Où est l’indépendance éditoriale ? Où est la neutralité du service public ? Où est la décence ?

La commission d’enquête parlementaire rendra son rapport dans les mois à venir. Mais les faits, eux, sont déjà sur la table. Les vidéos tournent. Les tweets sont capturés. Les témoignages sont en ligne. Le système Saint-Cricq existe. Il a des noms, des dates, des preuves. Il ne reste plus qu’à en tirer les conséquences. Et à se demander : combien de temps encore la France paiera-t-elle 3,8 milliards d’euros pour une information qui trahit sa mission ?

Sources

  • Vidéo de la soirée du CRIF (été 2025) — disponible sur YouTube, montrant Nathalie Saint-Cricq animant un débat avec Raphaël Enthoven, le tutoyant, et développant sa théorie sur la communication israélienne.
  • Twitter de Caroline Yadan (25 janvier 2025) — députée macroniste, tweet protestant contre le bandeau « 200 otages palestiniens ».
  • Twitter de Muriel Attal (25 janvier 2025) — directrice de la communication de France Télévisions, tweet avec un cœur à Caroline Yadan : « On a immédiatement réagi Caroline. La direction de l’info et France TV ont été des Lucky Luke. »
  • Comité pour la protection des journalistes (CPJ) — bilan 2025 : plus de 200 journalistes palestiniens tués à Gaza depuis octobre 2023.
  • Commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public — auditions de Delphine Ernotte et de ses équipes, interventions des députés Hercilia Souet et Émeric Caron, président Jérémie Patrier-Leitus.
  • France Info – bandeau du 25 janvier 2025 — « 200 otages palestiniens retrouvent la liberté », suivi d’une correction et d’une suspension du journaliste.
  • Témoignages croisés des députés LFI — Hercilia Souet et Émeric Caron, lors de la commission d’enquête, dénonçant la partialité pro-israélienne de France Télévisions.

📰Source :youtube.com

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