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PolitiqueÉpisode 4/1

Livraisons d'armes à Israël : le double jeu de Lecornu mis en lumière

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-12
Illustration: Livraisons d'armes à Israël : le double jeu de Lecornu mis en lumière
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Un document classé pour clore le débat

Auditionné au Sénat le 3 juin 2025, Sébastien Lecornu n'en peut plus. La question des livraisons d'armes à Israël le hante. Il contre-attaque. « Je le redis et je le répète, il n'y a aucune vente d'armes françaises à Israël », déclare-t-il. Puis, dans la même phrase, il admet l'indicible — oui, la France fournit des composants pour le Dôme de Fer. Il tend un document classé « diffusion restreinte » au président des commissions de la Défense. La liste des livraisons de 2024 est officielle. Le Parlement devait recevoir ce document en septembre. Lecornu le sort maintenant, avec l'aval de Bayrou, pour « faire cesser cette désinformation qui nuit à l'intérêt général ». Quelle désinformation ? Celle des enquêtes de l'Humanité, Disclose, Démobilisation et +972 Magazine. Toutes montrent un flux d'armes et de composants entre la France et Israël depuis le 7 octobre 2023. Des salariés de Roissy, des dockers de Marseille, des ONG ont tenté de bloquer ces expéditions. Lecornu les traite de désinformateurs. Et pourtant. Les faits sont têtus.

Composants, mitrailleuses et armes défensives : le flou sémantique du ministère

Mathieu Rigouste analyse cette stratégie de loin. Chercheur indépendant en sciences sociales, auteur de La guerre globale contre les peuples (La Fabrique, 2024), il connaît le refrain. « C'est le même discours que tient le gouvernement français depuis le 7 octobre, mais en fait depuis bien plus longtemps », explique-t-il. « Tous les journalistes d'investigation sur les ventes d'armes françaises sont confrontés à un manque de chiffres ou à de la désinformation gouvernementale. » Les rapports arrivent avec des mois de retard. Lacunaires. Et toujours ce flou autour des « armes défensives ». « Il y a un commerce structurel, systémique d'armes entre la France et Israël, qui date des premières années après la fondation d'Israël », ajoute Rigouste. Il cite Eurolinks, à Marseille, qui fabrique des composants pour les maillons de balles des mitrailleuses israéliennes. Le gouvernement explique que ces mitrailleuses « défendent » l'État hébreu. Les enquêteurs constatent qu'elles écrasent le peuple palestinien.

Eurosatory : le grand salon de la mort et de l'IA

Eurosatory se déroule du 15 au 19 juin 2025 à Villepinte. Les organisateurs le vendent comme le « principal salon mondial de la défense terrestre ». Star de l'événement : l'intelligence artificielle, les drones, l'économie de guerre. Le gouvernement a interdit aux Israéliens d'exposer des armes offensives. Les défensives, elles, sont les bienvenues. Trente entreprises israéliennes — Elbit, IAI — seront là. Elles prospèrent sur le massacre et l'occupation du peuple palestinien. Rigouste n'y croit pas, à cette distinction. « C'est une réaction aux luttes sur le terrain et aux tensions avec le Liban », analyse-t-il. « Mais peu de chance que ça menace réellement les intérêts des firmes israéliennes. » Le salon est un carrefour commercial, diplomatique et politique. Thales, Dassault, MBDA, Airbus — tous présents. L'État français détient 25 % de Thales. « Quand Thales fait pour Frontex, en collaboration avec les Israéliens, des drones de surveillance qui aboutissent à faire mourir des exilés en Méditerranée, il y a une chaîne de valeur liée à des financements publics », rappelle Rigouste.

L'IA Lavender et le boomerang impérial

Le système Lavender a été révélé par +972 Magazine, traduit par l'Humanité. Une IA qui définit, trie, hiérarchise des cibles pour l'armée israélienne. Chaque cible se voit attribuer un « seuil de victimes civiles acceptable ». Glacial. Ces technologies ne restent pas à Gaza. Elles reviennent en Europe. Rigouste parle de « boomerang impérial » : les grandes puissances testent leurs techniques de guerre et de surveillance dans les périphéries colonisées, puis les importent chez elles. Drones, barbelés, reconnaissance faciale — tout a d'abord été testé contre les Palestiniens. Aujourd'hui, Palantir et d'autres entreprises israéliennes visent le marché européen, via Frontex notamment. La France est deuxième exportateur mondial d'armes — selon le SIPRI. Ses exportations ont grimpé de 21 % entre 2021 et 2025. Près de 10 % du marché mondial.

Économie de guerre : l'État accélère la militarisation

« Économie de guerre » — le terme a envahi le discours gouvernemental. Derrière, une réalité : le projet de loi de programmation militaire prévoit 36 milliards d'euros supplémentaires. Il instaure un état d'alerte de sécurité nationale. L'Assemblée nationale a adopté ce texte le 19 mai 2025, via le 49.3. Il autorise les réquisitions de travailleurs, y compris dans le civil et le sanitaire. Il permet aussi d'accélérer des projets sans respecter le droit du travail ou l'environnement. Rigouste y voit une « suspension rampante de la séparation des pouvoirs ». Précédents : l'article 16, le 49.3, les troupes Sentinelle contre les Gilets jaunes, Barkhane sans vote parlementaire. « Marx le disait déjà au sujet de l'Irlande du Nord au 19e siècle : les États entretiennent des armées pour un jour les envoyer contre le prolétariat insurgé », rappelle-t-il. Les syndicalistes du rail le savent déjà. Ils luttent contre les réquisitions forcées pour la production d'armes.

Mobilisations anti-guerre : une lame de fond discrète

Le 15 juin, 9 heures, Villepinte. Rassemblement appelé par la coalition « Guerre à la guerre ». Sans-papiers, féministes, antifascistes, anticoloniaux, antiracistes — tous présents. Des mobilisations similaires traversent les grandes villes françaises et européennes. Des actions directes bloquent des sites industriels. Au Royaume-Uni, la campagne « Direct Action » fait de même. Ces luttes restent peu médiatisées. Pour Rigouste, c'est logique : elles gênent la structure profonde du capitalisme et de l'impérialisme. « La seule paix qui ait un sens, c'est une paix révolutionnaire, dans la justice, dans l'égalité, dans l'auto-organisation des peuples », conclut-il.

Un document, des révélations, un système

Lecornu a remis un document classé « diffusion restreinte » au Sénat. Il liste les composants livrés en 2024. Le ministre assure : ils servent uniquement à la défense. Les enquêtes de l'Humanité, Disclose et +972 Magazine disent l'inverse. Les armes françaises — composants, balles, systèmes — alimentent la machine de guerre israélienne. Et les technologies de surveillance reviennent en France, via Thales et Frontex. Rigouste appelle à la contre-information et à l'auto-organisation. La question reste ouverte : le gouvernement veut-il vraiment cesser de fournir Israël, ou joue-t-il encore sur les mots ? À suivre. L'enquête continue.

Sources

  • Humanité — rapport sur le flux ininterrompu d'armes entre la France et Israël (2024)
  • Disclose — enquête sur les livraisons de composants
  • Démobilisation — documentation sur les mobilisations de dockers
  • +972 Magazine — enquête sur l'IA Lavender
  • SIPRI — classement mondial des exportateurs d'armes
  • Mathieu RigousteLa guerre globale contre les peuples (éditions La Fabrique, 2024)
  • DocumentaireNous sommes tous des champs de bataille (disponible sur noussommesdeschampsdebatailles.net)

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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