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Expression abdominale forcée : le calvaire de Jeanne, victime de violences obstétricales

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-24
Illustration: Expression abdominale forcée : le calvaire de Jeanne, victime de violences obstétricales
© YouTube

Le chantage à l’expression abdominale

« Elle m’a dit : Bon ben, on va faire une expression abdominale. » Jeanne se souvient de chaque mot. La sage-femme insiste. Elle prévient : si Jeanne refuse, elle fera venir le médecin. « Et là, ce serait une autre histoire. » La patiente le vit comme un chantage.

Jeanne avait pourtant écrit noir sur blanc son refus dans un projet de naissance. L’expression abdominale est une pratique interdite — extrêmement dangereuse pour la mère et le bébé. Mais la sage-femme ne recule pas.

Retenez ce détail : elle fait pratiquer l’acte par un auxiliaire de puériculture, un homme, doté d’une force physique importante. Jeanne est à dilatation complète depuis six heures. La sage-femme n’a pas appelé de médecin. Elle a laissé Jeanne sans péridurale, soi-disant trop tard. Les six heures de dilatation complète, seules, sans progression, sont déjà un signal d’alerte.

Une cascade de séquelles physiques et psychiques

L’expression abdominale a eu des conséquences immédiates. « Ma fille, alors que la grossesse s’était bien passée, est née en grande difficulté. Elle a dû être réanimée », raconte Jeanne. L’enfant va bien aujourd’hui. Pas sa mère.

Déchirure complète du périnée — tous les tissus du vagin jusqu’au sphincter anal externe sont rompus. La sage-femme a bâclé la réparation. Résultat : névralgie pudendale, descente d’organes, incontinence. « Je ne peux plus m’asseoir correctement. Je ne peux plus faire de vélo. Je ne peux plus courir », énumère Jeanne. Son quotidien s’effondre. Elle ne peut plus travailler. Son couple se brise. « Je suis devenue une autre personne. »

Le 8 mars 2023, elle porte plainte contre la sage-femme. L’enquête préliminaire est classée sans suite. Motif : « infraction insuffisamment caractérisée ». Le parquet de Bobigny n’a pas jugé utile d’approfondir. Jeanne a fait citer la sage-femme devant le tribunal correctionnel. L’audience est prévue en janvier 2027.

Le dossier médical falsifié

La falsification du dossier médical, Jeanne la découvre en récupérant ses documents. C’est une auxiliaire de puériculture qui l’a rédigé, pas la sage-femme. « Je trouve que c’est assez hallucinant », souligne-t-elle. Le partogramme — la courbe de dilatation — a été modifié. « Ils m’ont fait accoucher à une heure qui n’est pas la bonne. » Le but ? Dissimuler les six heures de dilatation complète sans progression.

Jeanne découvre aussi que la sage-femme a déjà été signalée. À la même maternité. Pour des faits similaires. L’établissement ? Il n’a rien fait. « Ils continuent de la laisser exercer », s’indigne Jeanne.

Un quart des femmes concernées

Le cas de Jeanne n’est pas un accident isolé. L’association StopVOG a publié en mars 2025 la première enquête nationale sur le consentement en gynécologie et obstétrique. Les chiffres donnent le vertige.

23,6 % des répondantes déclarent avoir subi au moins une violence gynécologique ou obstétricale au cours de leur vie. 27,6 % durant une grossesse. L’expression abdominale forcée est l’un des actes les plus fréquemment cités. L’enquête porte sur plus de 26 000 femmes. Les résultats sont accablants : seules 44 % des accouchées estiment avoir donné un consentement éclairé pour les gestes pratiqués.

La peur des représailles

Pourquoi si peu de plaintes ? La peur, tout simplement. « Je sais que des femmes ne portent pas plainte parce qu'elles ont peur de représailles », confie Jeanne. « On ne se sent pas légitimes ». La sage-femme fait autorité. L’hôpital la protège. Qui croira une patiente contre un corps médical soudé ?

La procédure est longue, coûteuse, épuisante. Jeanne a dû se constituer partie civile. Elle a payé un avocat. Elle a dû prouver l’impossible. « J’ai passé des heures à rassembler des preuves. Des témoignages. Des certificats médicaux. » Et malgré tout, le parquet a classé sans suite.

L’urgence d’un changement

Jeanne ne lâche rien. « Je veux que cette sage-femme soit reconnue coupable. Je veux que la maternité reconnaisse sa responsabilité. » Son combat dépasse sa propre histoire. « Si mon témoignage peut aider ne serait-ce qu’une femme à oser parler, alors ça aura servi à quelque chose. »

L’enquête StopVOG le confirme : le problème est systémique. Il ne s’agit pas de quelques « brebis galeuses ». C’est une culture médicale qui banalise la douleur des femmes. Qui hiérarchise le geste technique sur le consentement. Qui ferme les yeux sur les signalements. Voilà.

Jeanne attend janvier 2027. En attendant, elle raconte. « Il faut parler. Il faut que les femmes sachent que ce qu'elles ont vécu n'est pas normal. » Un quart des Françaises comprendront ce message. Peut-être que cette fois, on les écoutera.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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