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SociétéÉpisode 2/1

Fidu Sim : 1 200 logements fantômes, des dettes colossales, des victimes sans recours

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-08-03
Illustration: Fidu Sim : 1 200 logements fantômes, des dettes colossales, des victimes sans recours
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Plus de 1 200 logements vendus, jamais livrés. Huit cents dans le Nord-Pas-de-Calais seulement. Des centaines de familles remboursent un crédit chaque mois pour un toit qui n’existe pas. Le promoteur Fidu Sim a été liquidé début juillet — mais son PDG a fait appel. Pendant ce temps, les victimes attendent. Certaines depuis 2019. D’autres patienteront jusqu’en 2028 au mieux. Bienvenue dans le plus grand scandale immobilier qu’ait connu la région depuis des décennies.

Le journaliste Thomas Bourgois, de La Voie du Nord, a passé des mois à recueillir les témoignages. Ce qu’il décrit ? Une détresse totale. Des retraités qui voient leur plan d’épargne s’effondrer, des couples qui se déchirent, des jeunes actifs piégés par un crédit qu’ils n’ont pas demandé. « Je suis passée en échéance pleine. C’est plus d’une retraite qui part tous les mois », dit l’une des victimes. Une autre pleure : « J’aimerais bien que les pouvoirs publics se bougent. Il doit des tas d’argent. Où est cet argent ? »

Voilà où ça se complique. Parce que l’argent, justement, personne ne sait exactement où il est passé.

La success story qui a viré au cauchemar

En 2013, Julien Ridon et Christophe Petit créent Fidu Sim. Le pari : miser sur les villes moyennes du Nord — Arras, Lens. Ça marche. Les résidences sortent de terre, les livraisons s’enchaînent. En 2017, le groupe affiche une croissance de 3 800 %. Les Échos le sacre champion de la croissance française. Fidu Sim sponsorise le RC Lens, a sa loge dans le stade. Les dirigeants sont salués comme des bâtisseurs.

Mais le succès tourne à la démesure. « Bling-bling », « folie des grandeurs » : les anciens salariés utilisent les mêmes mots. Bureaux aux Champs-Élysées, rachat du FC Versailles, projets en Polynésie et à l’île Maurice, terrain à Miami. L’un des dirigeants roule en Ferrari, l’autre en Porsche.

L’enquête continue : en 2020, en pleine pandémie, Fidu Sim rachète une société de construction. Jusque-là, il se contentait de faire bâtir. Maintenant, il veut tout maîtriser — du gros œuvre à la livraison. Erreur fatale. « On ne s’improvise pas constructeur », résume un cadre. Les chantiers sont mal gérés, les sous-traitants ne sont plus payés. La filiale construction fait faillite début 2023.

Pourtant, Fidu Sim continue de vendre. 2021, 2022 : des centaines d’appartements sont commercialisés alors que la machine se désagrège. Les acquéreurs ne sont informés de rien. Julien Ridon les rassure : retards liés au Covid, crise des matériaux, bientôt ça va grouiller d’ouvriers. Il convoque des réunions, promet monts et merveilles. En face, les chantiers se vident.

Des vies brisées, des entreprises coulées

Parmi les victimes, il n’y a pas que des particuliers. Des entreprises de sous-traitance ont été entraînées dans la chute. L’une d’elles, un carreleur, a dilapidé l’héritage de son père pour continuer à payer ses salariés. Il a fini par mettre la clé sous la porte. Un autre, pris de rage, est allé détruire son propre travail sur un chantier à Amiens — ce qui lui a valu une peine de prison avec sursis. Aujourd’hui, il ne veut plus en parler.

« Ça devient vraiment dramatique. On ne dort plus, on ne mange plus », raconte une acquéreuse. Le journaliste Thomas Bourgois confie que les témoignages sont longs, chargés d’émotion. La honte aussi : beaucoup hésitent à parler. Ils pensaient faire un placement sûr pour leurs enfants — et se retrouvent avec un crédit, une dette, et un chantier à l’abandon.

Maître Thomas Chabourau, avocat spécialisé en droit de la construction, défend environ 150 parties civiles dans ce dossier. Son conseil numéro un : demander la suspension du remboursement des prêts. « Il faut assigner sa banque pour obtenir une suspension totale, sans intérêts intercalaires, jusqu’à la livraison. » Il déconseille l’annulation de la vente : « Fidu Sim et ses filiales sont insolvables. Même si vous obtenez l’annulation, vous ne serez pas remboursé. » Il recommande de se retourner contre les intermédiaires — banquiers, conseillers en gestion de patrimoine — qui ont présenté l’investissement comme sans risque.

Les banques au secours… mais pas pour les finitions

La Garantie Financière d’Achèvement (GFA) est une obligation légale pour les promoteurs. Elle fonctionne comme une assurance : en cas de défaillance, les banques prennent le relais. C’est ce qui sauve la plupart des chantiers — au moins en théorie. Dans le Nord-Pas-de-Calais, les banques ont débloqué la GFA pour quatre chantiers à Arras, deux à Lens, un à L’Homme. Les travaux ont repris.

Mais pas sur tous. La résidence étudiante d’Arras, vendue en 2019 et censée être livrée en 2022, présente des désordres structurels. L’administrateur a prévenu les acquéreurs : aucune livraison avant 2028 au mieux. Le dossier est désormais entre les mains de l’assureur dommages-ouvrage — ce qui peut prendre des mois, voire des années.

Encore pire : les banques ne financent que les travaux rendant le logement « vivable ». Les finitions, les moulures, les espaces communs, les extérieurs — tout ça reste à la charge des copropriétaires. Le syndic devra les réclamer, et les acquéreurs devront payer une seconde fois pour que leur résidence ressemble à ce qui leur avait été promis.

Où est passé l’argent ? Question sans réponse

Le tribunal des activités économiques de Paris a liquidé Fidu Sim début juillet. Le parquet de Paris s’est dit « consterné » par la situation financière du groupe. Julien Ridon a fait appel. Il assure que la situation n’est pas désespérée, qu’il y a des actifs — des terrains, des programmes encore commercialisables. Mais les dettes sont énormes : des millions impayés à l’Urssaf, au Trésor public, aux fournisseurs, aux banques.

Christophe Petit, cofondateur, a quitté le groupe en 2023. Joint par le journaliste, il a répondu par un SMS : il ne souhaite pas s’exprimer. Il attribue l’échec aux crises successives — Covid, inflation des matériaux. Pas un mot sur les Ferrari, les séminaires à l’étranger, les bureaux sur les Champs-Élysées.

Et maintenant ?

Le tribunal a liquidé, mais Julien Ridon a fait appel. Les banques ont pris les chantiers en main, mais le processus est lent. Certains logements ne seront livrés qu’en 2028 — neuf ans après la signature. Les acquéreurs devront se battre pour obtenir la suspension de leurs prêts, et sans doute payer des charges de copropriété pour des parties communes qui ne sont même pas construites.

Les victimes, elles, n’ont plus de patience. « J’aimerais bien que les pouvoirs publics se bougent », répète l’une d’elles.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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