Bollène : un homme mis en examen pour le meurtre de son ex-compagne, pourtant protégée

Accroche
Protégée par la loi. Et pourtant, son ex-compagnon est soupçonné de l’avoir tuée. Jeudi soir, à Bollène, dans le Vaucluse, les gendarmes découvrent le corps sans vie d’une femme. Selon le parquet d’Avignon, la scène est d’une rare brutalité. La victime « présentait de nombreuses blessures au niveau du crâne », dont certaines « supposaient l’emploi d’un objet tranchant ». Un féminicide de plus. Le 108e de l’année 2026 ? Les chiffres officiels ne sont pas encore consolidés, mais la tendance est implacable.
Les faits
Tout commence par un signalement. Une connaissance de la victime, inquiète de ne pas avoir de nouvelles, alerte les forces de l’ordre. Les gendarmes se rendent au domicile de la femme, à Bollène. À l’intérieur, ils découvrent son corps inanimé. Les blessures sont multiples, concentrées sur le crâne. Certaines, précise le procureur adjoint Jean-François Mayet dans un communiqué, « supposaient l’emploi d’un objet tranchant ». L’autopsie devra préciser les causes exactes de la mort — mais la violence du passage à l’acte ne fait guère de doute.
Dans la foulée, les enquêteurs interpellent l’ex-compagnon. L’homme se trouve à son propre domicile, toujours à Bollène, en présence des deux enfants du couple. Placé en garde à vue, il est mis en examen pour « meurtre » et « détention d’armes de catégorie B et de catégorie C ». Ces armes — peut-être des armes à feu ou des armes blanches réglementées — ont été retrouvées lors de la perquisition. Le parquet d’Avignon a requis son placement en détention provisoire, accordé samedi.
Détail glaçant : la victime bénéficiait de mesures de protection. Lesquelles ? Le communiqué du parquet ne le précise pas. Il peut s’agir d’une ordonnance de protection délivrée par le juge aux affaires familiales, d’un bracelet anti-rapprochement, ou d’un suivi renforcé. Mais ces dispositifs n’ont pas empêché le drame.
Le contexte
Bollène, 14 000 habitants dans le nord du Vaucluse, n’est pas habituée à ce genre de faits. Le Vaucluse figure pourtant parmi les départements les plus touchés par les violences conjugales en région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Selon les données de la Mission interministérielle pour la protection des femmes (Miprof), 107 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en France en 2024, contre 96 en 2023 — une augmentation de 11 %. En 2025, le chiffre provisoire est de 113. La France reste l’un des pays d’Europe où le taux de féminicides est le plus élevé, derrière la Lettonie et la Finlande, mais devant l’Allemagne et l’Italie.
L’identité de la victime et celle du mis en cause n’ont pas été divulguées. Le parquet d’Avignon a seulement indiqué qu’il s’agissait d’un homme et d’une femme ayant formé un couple par le passé, et qu’ils avaient deux enfants en commun. Ces derniers, présents lors de l’interpellation, ont été pris en charge par les services sociaux. Leur âge n’est pas connu.
Le traitement judiciaire
L’enquête a été confiée à la gendarmerie du Vaucluse. Le parquet d’Avignon a ouvert une information judiciaire pour meurtre et détention d’armes. L’homme mis en examen a été placé en détention provisoire dans l’attente de son procès. La présomption d’innocence s’applique, mais les charges sont lourdes : les blessures au crâne, l’emploi d’un objet tranchant, la présence d’armes chez le suspect.
Rien n’indique pour l’instant que le mis en cause avait un casier judiciaire ou des antécédents de violences. Mais le fait que la victime bénéficiait de mesures de protection suggère qu’elle avait déjà signalé des faits de violence ou de harcèlement. C’est là que le bât blesse.
Ce que ça dit de la France
Ce féminicide n’est pas un accident. C’est un symptôme. Un symptôme d’un système de protection qui, malgré des annonces répétées et des budgets en hausse, continue de laisser passer des signaux d’alerte. En 2024, le gouvernement a renforcé les ordonnances de protection, généralisé le bracelet anti-rapprochement, et formé les forces de l’ordre. Pourtant, le nombre de femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint ne baisse pas. Il augmente.
Pourquoi ? La réponse est multiple. D’abord, les mesures de protection sont souvent délivrées avec parcimonie. Selon une étude de la Fondation des Femmes, seules 20 % des demandes d’ordonnance de protection aboutissent. Ensuite, même quand elles sont accordées, leur application concrète laisse à désirer. Le bracelet anti-rapprochement, par exemple, n’est porté que par 1 500 hommes en France — une goutte d’eau face aux 200 000 victimes de violences conjugales recensées chaque année. Enfin, le suivi des auteurs est quasi inexistant. La France compte un taux de récidive des violences conjugales de 30 % dans les cinq ans, selon le ministère de la Justice.
Comparons avec l’Espagne. Depuis 2004, le pays a mis en place un système intégré : évaluation systématique du risque, suivi téléphonique des victimes, bracelets électroniques pour les agresseurs, et surtout, des juges spécialisés. Résultat : le taux de féminicides a baissé de 30 % en quinze ans. En France, on préfère les annonces médiatiques aux réformes structurelles. On crée des numéros d’urgence, on multiplie les campagnes de sensibilisation — mais on ne change pas la culture judiciaire.
Le drame de Bollène illustre cette faillite. Une femme protégée — mais pas assez. Un homme interpellé chez lui, avec ses enfants, comme si de rien n’était. Des armes chez lui — alors qu’il était peut-être déjà connu des services. Où est le contrôle ? Où est la prévention ?
Le contribuable français paie chaque année 3,5 milliards d’euros pour l’administration pénitentiaire, dont une part croissante pour les violences conjugales. Mais l’argent ne suffit pas. Il faut une volonté politique de traiter le problème à la racine : la récidive, le suivi des auteurs, la coordination entre justice, police et associations. Tant que l’État préférera les effets d’annonce aux réformes de fond, les féminicides continueront.
Et maintenant ? L’enquête devra déterminer si les mesures de protection ont été correctement appliquées. Si des dysfonctionnements sont avérés, ils devront être rendus publics. Le parquet d’Avignon n’a pas communiqué sur ce point. Mais une question demeure : combien de femmes encore faudra-t-il pour que la France apprenne de ses erreurs ?
Sources : Sud Ouest (avec AFP), communiqué du parquet d’Avignon, données Miprof 2024-2025.
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Par la rédaction de Le Dossier
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