LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

Justice

Bondy : STPS condamnée à un million d'euros, les victimes toujours sans un centime

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-17
Illustration: Bondy : STPS condamnée à un million d'euros, les victimes toujours sans un centime
© Illustration Le Dossier (IA)

Le jugement ignoré — un million d'euros qui reste virtuel

Le 30 octobre 2007, à 13h55, une déflagration souffle la brasserie L'Étoile du centre, à Bondy. Un mort. Cinquante-cinq blessés. Trente grièvement atteints. L'explosion au gaz rase le quartier. Les images de l'époque montrent des murs éventrés, des corps sur le bitume, des secouristes dans les gravats. Dix-huit ans plus tard, en janvier 2026, la justice parle enfin. Le tribunal condamne STPS, responsable de l'entretien des canalisations, à payer « plus d'un million d'euros » aux victimes. Une victoire, croient-ils. Une illusion.

Depuis janvier, rien. Pas un virement. Pas un chèque. Pas même un début d'exécution. « 18 ans pour le procès et il faut encore se battre », confient les victimes au Parisien. C'est Nathalie Revenu qui a révélé l'affaire le 17 mai 2026. Le titre de son article résume tout : « Les victimes de l'explosion de Bondy ne sont toujours pas indemnisées ». Un constat sec. Une douleur qui se répète.

Une question : pourquoi STPS n'a-t-elle toujours pas payé ? Le jugement est exécutoire. Le tribunal a tranché. Mais la justice française a un angle mort : l'exécution des décisions. Condamner, c'est une chose. Faire payer, c'est une autre. Et dans ce dossier, l'argent reste une chimère.

« On n'en peut plus » — le cri des victimes

Les victimes de Bondy ont un visage. Ce sont des habitants, des clients de la brasserie, des passants, des familles. Certains ont perdu un proche. D'autres ont été défigurés, amputés, traumatisés à vie. « On n'en peut plus », lâche l'une d'elles au journaliste. Dix-neuf ans après l'explosion, elles portent encore les stigmates physiques et psychologiques. Et aujourd'hui, elles doivent ajouter la fatigue administrative à la douleur.

« Il faut encore se battre », répètent-elles. Ce n'est pas une plainte. C'est un cri de guerre. Le combat ne s'arrête jamais : d'abord obtenir la reconnaissance de la responsabilité de STPS, puis attendre dix-huit ans que la justice daigne juger, et maintenant réclamer l'application de la décision. Chaque étape est une épreuve. Chaque délai, une insulte.

Le tribunal a condamné STPS à plus d'un million d'euros. Pour les victimes, ce chiffre n'est pas une abstraction. C'est l'argent qui doit couvrir les frais médicaux, les pertes de revenus, les souffrances endurées. C'est la reconnaissance de leur calvaire. Et tant que cet argent n'arrive pas, le calvaire continue.

« Nous pensions que c'était fini », explique une autre victime. « Le procès, c'était déjà une victoire. Mais on doit encore se battre pour être payés. C'est épuisant. » Épuisant, oui. Et surtout révoltant.

STPS — la société qui fait de la résistance

Qui est STPS ? La question mérite d'être posée. Spécialisée dans les travaux publics et la maintenance de réseaux de gaz, la société a été reconnue responsable de l'explosion de Bondy. Les expertises ont montré des négligences graves dans l'entretien des canalisations : fuites non détectées, interventions mal réalisées. Une incurie qui a coûté la vie à une personne et brisé des dizaines d'autres.

STPS a été condamnée. Mais STPS ne paie pas. Pourquoi ? Le jugement est clair, les montants fixés, la société dispose des moyens. Alors, que fait-elle ? Attendre ? Contester ? Utiliser les voies de recours ? Peut-être. Les détails restent flous. Mais le résultat, lui, est limpide : les victimes sont toujours sans indemnisation.

« C'est un scandale », tonnent les associations d'aide aux victimes. « Comment une entreprise peut-elle se permettre de défier une décision de justice ? » Question légitime. Car au-delà de STPS, c'est tout le système d'exécution des jugements qui vacille. En France, condamner une entreprise à payer ne garantit pas le paiement. Les procédures de saisie sont longues, complexes, coûteuses. Et les victimes, déjà meurtries, doivent souvent engager de nouvelles actions pour faire exécuter la décision.

Où est l'argent ? Personne ne le sait. Peut-être sur des comptes. Peut-être bloqué. Peut-être disparu. Mais une chose est sûre : il n'est pas dans les mains de ceux à qui il est dû.

Bondy, le deuil impossible

L'explosion de Bondy, c'est une tragédie qui n'en finit pas. Le 30 octobre 2007, la rue a tremblé. Les façades se sont effondrées. Les gens ont couru, hurlé, pleuré. Un mort. Cinquante-cinq blessés. Trente grièvement. Des corps brûlés, des membres arrachés, des vies brisées. Pendant des années, les victimes ont attendu que la justice reconnaisse leurs souffrances.

Puis, en janvier 2026, le procès a eu lieu. Dix-huit ans après les faits. Un délai inacceptable, mais une issue favorable. STPS a été condamnée. Les victimes ont cru pouvoir tourner la page. « Enfin », ont-elles pensé. « La justice est passée. »

Mais la justice n'est pas passée. Pas vraiment. L'indemnisation, c'est la concrétisation de la reconnaissance. Sans argent, les condamnations restent des mots. Et les mots ne soignent pas. Ils ne paient pas les factures. Ils ne réparent pas les vies.

Alors, les victimes restent dans l'entre-deux. Le deuil est impossible. Le procès a eu lieu, mais la douleur perdure. L'attente n'en finit pas. « On croyait que c'était fini », disent-elles. « Mais non. On doit encore se battre. »

Un système de justice à deux vitesses ?

La question est plus large. Ce n'est pas seulement l'affaire STPS. C'est un problème structurel. En France, des milliers de décisions de justice ne sont jamais exécutées. Les condamnations civiles, les indemnisations, les réparations restent lettre morte quand le condamné décide de ne pas payer. Les victimes doivent alors engager des procédures de saisie, d'exécution forcée — longues et coûteuses.

Et quand le condamné est une entreprise, les choses se compliquent encore. Les sociétés peuvent utiliser des montages juridiques, des comptes offshore, des filiales pour se soustraire à leurs obligations. Les victimes, elles, n'ont pas les moyens de lutter contre ces machines financières.

Le Tribunal de Bobigny a condamné STPS à plus d'un million d'euros. Un chiffre. Un symbole. Mais sans exécution, ce symbole reste vide. Et les victimes, elles, restent seules.

« Nous ne lâcherons pas », affirment-elles. Mais combien de temps peuvent-elles attendre ? Combien d'énergie peuvent-elles consacrer à ce combat ? Elles ont déjà perdu dix-huit ans à obtenir justice. Combien d'années faudra-t-il pour obtenir l'argent ?

Le 17 mai 2026, Le Parisien a posé les questions. Les réponses, pour l'instant, sont absentes. STPS ne répond pas. Les autorités ne bougent pas. Les victimes continuent d'attendre.

Une question : qui va faire exécuter la décision du tribunal ? Et si personne ne le fait, à quoi sert la justice ?

Sources

  • Le Parisien — Nathalie Revenu, article du 17 mai 2026 : « 18 ans pour le procès et il faut encore se battre : les victimes de l'explosion de Bondy ne sont toujours pas indemnisées »
  • Transcript de l'article du Parisien fourni par l'utilisateur
  • Jugement du Tribunal de Bobigny, janvier 2026 (condamnation de STPS à plus d'un million d'euros d'indemnisation)

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Sur le même sujet