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EXCLUSIF : Dans les ruines de la Syrie post-Assad, une journaliste témoigne

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-03-11
Illustration: EXCLUSIF : Dans les ruines de la Syrie post-Assad, une journaliste témoigne
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Retour à la maison

"J'ai peur un peu, mais je suis quand même contente." Voilà. Ces quelques mots, murmurés à l’aéroport, disent tout. Après douze années loin de son pays, Soumaïa al-Sheikh pose enfin le pied sur le sol syrien. En 2013, elle avait fui. Elle venait de passer 75 jours dans "la Guantanamo syrienne", une prison du régime Assad. Elle avait 25 ans. Elle en a 37 aujourd’hui.

Et pourtant. La Syrie de 2025 n’est plus celle qu’elle a connue. Bashar al-Assad a été chassé du pouvoir. Ahmad Al-Sharaa, un ancien chef islamiste, dirige désormais le pays. Mais les cicatrices de la guerre civile — plus de 500 000 morts, des millions de déplacés — sont encore là, profondes. "Mon pays est resté fermé au monde pendant près de 15 ans", confie Soumaïa. Elle est revenue pour voir. Pour retrouver sa famille. Pour comprendre.

À Damas, elle retrouve sa mère et sa sœur après 14 ans de séparation. "Je ne l’ai pas reconnue. Elle n’était pas voilée. J’étais choquée." Une image simple, mais brute. Le pays a changé.

Comment tout a basculé

La guerre civile syrienne n’est pas tombée du ciel en 2011. Elle est l’aboutissement de décennies de dictature. Hafez Al-Assad, le père, avait pris le pouvoir par un coup d’État en 1970. Pendant 35 ans, il a régné sans partage. À sa mort, son fils Bashar a repris les rênes. Comme une ferme familiale.

Le régime s’appuyait sur les alaouites, une branche minoritaire de l’islam, pour dominer la majorité sunnite. Les révoltes ? Écrasées dans le sang. Hama, 1982 : 40 000 morts en un mois. "Ma famille en parle encore", murmure Soumaïa.

Puis 2011 arrive. Les manifestations contre le régime sont violemment réprimées. La guerre civile éclate. Soumaïa, journaliste, couvre les événements. Le 2 novembre 2012, jour de son anniversaire, elle est arrêtée. "Les hommes du service secret m’ont kidnappée. J’ai passé ma nuit d’anniversaire enchaînée dans une cellule de trois mètres carrés." Libérée après 75 jours, elle s’enfuit en France.

Damas, entre ruines et renaissance

Aujourd’hui, Soumaïa marche dans les rues de son quartier d’enfance, au sud de Damas. "Avant, c’était bruyant, plein de vie. Maintenant, tout est à terre." Plus de 4 000 personnes ont disparu ici pendant la guerre. Des pères, des frères, des fils. "Le quartier vit avec ces fantômes."

Mais les ruines ne disent pas tout. Des magasins ouvrent. Des bâtiments sortent de terre. La vie reprend, lentement. "Est-ce qu’elle reprendra comme avant, quand les communautés vivaient ensemble ?" Chrétiens, musulmans sunnites, alaouites — personne ne se posait la question. "J’ai grandi sans parler de religion. Ce n’était pas un sujet."

Idlib, le nouveau visage de la Syrie ?

Après Damas, cap sur Idlib, dans le nord. C’est le fief d’Ahmad Al-Sharaa, le nouveau président. Ancien chef islamiste, il a régné ici pendant des années. Maintenant, il veut en faire un "petit Dubaï".

Les investisseurs étrangers affluent. Les Turcs sont en tête. Les rues se remplissent de centres commerciaux flambant neufs. "Je ne m’attendais pas à cette richesse", avoue Soumaïa. Mais derrière ces vitrines qui brillent, la paix reste fragile.

Les cicatrices toujours ouvertes

En Syrie, les plaies sont loin d’être refermées. Les alaouites, anciens soutiens d’Assad, ont subi des représailles après la chute du régime. Les chrétiens, eux, ont massivement quitté le pays. Avant 2011, ils étaient deux millions. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 200 000.

À Alep, Soumaïa retrouve Maya, une amie chrétienne soprano. Elles se sont rencontrées en France, via les réseaux sociaux. "Elle ne voulait pas quitter la Syrie, qui attendait que la lumière revienne." Maintenant, elles se tiennent devant les ruines de la citadelle d’Alep, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Les premières élections depuis un demi-siècle

Soumaïa assiste à un moment historique : les premières élections parlementaires depuis 50 ans. 119 députés sont élus. 70 autres seront nommés par le président. "Jamais je n’aurais cru voir ça un jour."

Mais le résultat est loin d’être parfait. Aucune femme élue. Pas de chrétiens non plus. Le parlement reste majoritairement sunnite et masculin. "C’est un début", concède Soumaïa. Mais le chemin vers la démocratie est encore long.

Quel avenir pour la Syrie ?

En quittant le pays, Soumaïa emporte des images contrastées. Les ruines de Damas. Les nouveaux quartiers d’Idlib. Les premières élections. Et les fantômes du passé. "Mon pays peut avaler ses enfants en silence."

Elle ne sait pas si la Syrie retrouvera sa cohésion d’antan. Si les communautés pourront vivre ensemble comme avant. Mais elle espère. "C’est la Syrie que j’aimerais retrouver." Une Syrie où l’on peut rire ensemble, malgré tout. Où l’on peut se reconstruire, malgré les cicatrices.

L’enquête continue.

Par la rédaction de Le Dossier

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