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Ex-président du comité olympique piégé par un justicier IA

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-14
Illustration: Ex-président du comité olympique piégé par un justicier IA
© YouTube

Le piège numérique — 18 millions de lignes de données et un visage modifié en direct

Pierre Conet n'est pas un hacker ordinaire. Il n'opère pas dans l'ombre des forums criminels — il diffuse en direct, devant des dizaines de milliers de spectateurs. Sa méthode ? D'une simplicité glaçante.

Des logiciels d'IA modifient son visage et sa voix en temps réel. L'illusion est quasi parfaite. Sur l'écran de ses interlocuteurs, une adolescente de 14 ans apparaît. Derrière la caméra, un jeune homme de 21 ans tend son piège.

« Juste pour histoire, la main qui est posée, c'est juste pour cacher mon bou parce que là c'est on c'est pas super à point la LIA », explique-t-il pendant une diffusion. « On voit mon bou donc je suis obligé de mettre la main comme ça. »

Le résultat ? Une adolescente virtuelle, crédible, capable de soutenir une conversation de 40 minutes sans éveiller les soupçons.

C'est sur l'un de ces sites qu'il poste il y a deux semaines, le 16 avril, une annonce pour proposer près de 18 millions de lignes de données issues d'un fichier de l'ANTS — cette annonce est toujours en ligne (source : radiofrance.fr). Entre 12 et 18 millions de lignes de données étaient proposées à la vente sur des forums cybercriminels, par un hacker surnommé « breach3d » (source : sudouest.fr).

Pierre Conet, lui, ne vend pas. Il piège.

Il aurait participé à une fuite passive de 10 à 20 millions de données (source : franceinfo.fr). Mais son objectif déclaré est différent : réunir des preuves pour les remettre à la justice.

« Je rentre pas dans leur jeu. On parle avec eux. Moi je fais l'innocente hein. Dès qu'ils font des propositions sexuelles, je fais la fille qui comprend pas. J'essaie d'avoir des preuves », explique-t-il.

Sa technique est rodée. Il ne prend jamais l'initiative de la conversation. Il attend que les hommes le contactent. Il joue l'adolescente naïve, pose des questions innocentes. Puis, quand les propositions sexuelles arrivent — et elles arrivent toujours —, il enregistre.

« J'aime mon âge et mon âge et tout. C'est pas interdit », lui répond son interlocuteur. « Ah, je pensais que c'était ce qui est interdit, c'est à partir du moment où tu es d'accord, c'est pas interdit parce que moi je veux pas aller en prison. »

Aller en prison. L'homme de 66 ans ne sait pas encore que sa proie virtuelle est en train de l'y envoyer.

Dominique B. — le profil de l'ancien président du comité olympique

« Il y a des mecs qui mettent son nom prénom. Bah ouais, on a son nom prénom. »

En direct, les spectateurs de Pierre Conet deviennent enquêteurs. Des dizaines de milliers de personnes regardent la diffusion, analysent les indices, recoupent les informations. En quelques minutes, l'homme est identifié.

Dominique B.

Ancien professeur de sport. Ex-président du comité olympique de son département. Une figure connue dans le milieu sportif local, organisateur d'événements avec de jeunes sportifs.

Un prédateur.

Car Dominique B. n'en était pas à son premier acte. Il avait déjà été condamné à de la prison avec sursis pour détention d'images pédopornographiques. Les documents en attestent.

Les questions s'accumulent. Comment un homme déjà condamné pour ce type d'infractions pouvait-il encore occuper une position lui donnant accès à des mineurs ? Qui savait ? Pourquoi n'y a-t-il pas eu de suivi ?

L'ancien président du comité olympique départemental bénéficiait d'une impunité de fait. Jusqu'à ce qu'un justicier de 21 ans, équipé d'un logiciel d'IA et d'une caméra, ne le démasque en direct devant des millions de personnes.

La discussion de 40 minutes est accablante. « Est-ce que tu as envie de voir quelque chose de moi ? Euh mon sexe par exemple », demande l'homme à celle qu'il croit être une adolescente de 14 ans.

« Mais moi j'ai 14 ans », répond Pierre Conet via son avatar IA.

« 14 ans et alors ? Et à 14 ans tu as des filles qui ont déjà fait l'amour même avant. »

Les questions sur les photos intimes s'enchaînent. « Est-ce que tu as déjà fait des photos ou des trucs comme ça envoyé par exemple par Snap à des copains ? Oui. Tu l'as déjà fait ça ? De quoi ? Des photos de moi ? Photos de moi ? Oui. Ouais, j'ai envoyé des photos de moi. En des photos de moi. Oui, mais nudes. Des nudes comme vous dites les jeunes. »

L'homme de 66 ans, ancien professeur de sport, ancien président du comité olympique, déjà condamné pour détention d'images pédopornographiques, demande des nudes à une prétendue enfant de 14 ans.

La vidéo est diffusée. Le scandale éclate.

Janvier 2025 — la garde à vue et les questions qui dérangent

En janvier 2025, le jour de la diffusion de la vidéo, Dominique B. se présente de lui-même au commissariat. Il est placé en garde à vue.

Il a été saisi, ainsi que son matériel informatique, qui devra être exploité (source : lefigaro.fr).

Pourquoi s'est-il rendu ? La pression des réseaux sociaux ? La peur d'être arrêté chez lui ? Les enquêteurs devront déterminer ses motivations. Mais un fait demeure : sans l'intervention de Pierre Conet, Dominique B. ne serait probablement jamais passé entre les mains de la police pour cette nouvelle affaire.

Où est la justice dans tout cela ?

La police critique ouvertement ces méthodes. « Ce qu'on peut surtout constater, c'est les dérives de ce type de méthode », explique un représentant des forces de l'ordre. « L'auteur de l'infraction sait qu'une enquête est peut-être diligentée contre lui et qu'il fasse disparaître du coup les preuves, en particulier les preuves numériques. »

L'argument est classique. Les justiciers compromettent les enquêtes officielles. Ils alertent les suspects, qui peuvent détruire leurs preuves, effacer leurs conversations, protéger leurs réseaux.

Mais dans le cas de Dominique B., la question se pose différemment. L'homme avait déjà été condamné. Il était déjà dans les radars de la justice. Où étaient les enquêteurs avant que Pierre Conet ne diffuse sa vidéo ?

« On ne puisse pas d'une part mener l'enquête avec ces éléments puisqu'il les aurait supprimés et d'autre part identifier et retrouver des vraies victimes », ajoute la police.

Des vraies victimes. Car c'est là le cœur du problème. Les méthodes de Pierre Conet, si elles permettent de piéger des prédateurs, ne permettent pas nécessairement d'identifier leurs victimes réelles. Le justicier IA ne sauve pas des enfants en danger immédiat — il crée des preuves numériques contre des adultes qui cherchent à en abuser.

Est-ce suffisant ?

Les associations partagées — entre légalisation et inquiétude

Les associations de protection de l'enfance sont divisées. Certaines demandent que ces pratiques soient légalisées. D'autres préféreraient qu'on sensibilise d'abord les plus jeunes au risque des réseaux sociaux.

Le débat est complexe. D'un côté, l'efficacité apparente de la méthode : un prédateur identifié, une vidéo accablante, une garde à vue. De l'autre, les risques juridiques et éthiques : la destruction potentielle de preuves, l'absence de cadre légal, la possibilité d'erreurs judiciaires.

L'enquête continue.

Pierre Conet, lui, ne s'arrête pas. Sa chaîne cumule des millions de vues. Ses vidéos sont partagées, commentées, analysées. Il est devenu une célébrité du web, un justicier moderne pour les uns, un dangereux vigilant pour les autres.

Mais derrière le phénomène médiatique, une question demeure : pourquoi la justice française n'a-t-elle pas agi plus tôt contre Dominique B. ?

L'homme était connu des services. Il avait été condamné. Il occupait une position lui donnant accès à des mineurs. Et pourtant, rien n'a été fait jusqu'à ce qu'un jeune de 21 ans, avec un ordinateur et un logiciel d'IA, ne le démasque en direct.

Les dérives du système — quand la justice laisse faire les justiciers

Le cas de Dominique B. n'est pas isolé. Il révèle une faille systémique dans la lutte contre la pédocriminalité en France.

Les moyens manquent. Les enquêtes sont longues. Les prédateurs récidivent. Et pendant ce temps, des jeunes comme Pierre Conet prennent les choses en main.

Mais à quel prix ?

Les méthodes de Pierre Conet soulèvent des questions juridiques fondamentales. Est-il légal d'utiliser l'IA pour se faire passer pour un mineur ? Les preuves ainsi recueillies sont-elles recevables devant un tribunal ? Le jeune homme risque-t-il des poursuites pour usurpation d'identité, provocation à la commission d'infractions, entrave à la justice ?

Les réponses sont floues. Le droit n'a pas prévu l'émergence de ces justiciers numériques. Les textes sont silencieux sur l'utilisation de l'IA pour piéger des prédateurs sexuels.

Pourtant, l'efficacité est là. Dominique B. est en garde à vue. Ses données sont exploitées. D'autres prédateurs potentiels ont été identifiés par la communauté des viewers de Pierre Conet.

Qui a signé l'autorisation de ces méthodes ? Personne. C'est bien le problème.

L'IA comme arme — le nouveau champ de bataille de la protection de l'enfance

La technologie évolue plus vite que la loi. L'intelligence artificielle permet aujourd'hui de modifier son apparence et sa voix en temps réel, de créer des avatars crédibles, de simuler des conversations avec une précision troublante.

Pierre Conet utilise ces outils pour piéger des pédophiles. Mais d'autres pourraient les utiliser à des fins bien moins louables.

Où est la limite ?

Les associations de protection de l'enfance le savent : la sensibilisation reste la meilleure arme. Apprendre aux jeunes à reconnaître les signaux d'alerte, à ne pas partager d'images intimes, à signaler les comportements suspects.

Mais face à l'ampleur du phénomène — des milliers de prédateurs actifs chaque jour sur les réseaux sociaux —, les méthodes traditionnelles semblent insuffisantes.

Pierre Conet propose une alternative radicale. Une traque en direct, transparente, impliquant la communauté. Une forme de justice participative qui séduit des millions de spectateurs.

Mais la justice n'est pas un spectacle. Les preuves doivent être recueillies dans le respect des procédures. Les droits des suspects doivent être préservés. Les victimes doivent être protégées.

L'équilibre est difficile à trouver.

Ce que révèle l'affaire Dominique B. — l'impunité des prédateurs connus

Revenons aux faits. Dominique B. était déjà condamné pour détention d'images pédopornographiques. Il avait déjà été jugé. Il savait ce qu'il risquait.

Pourtant, il continuait. Il contactait ce qu'il croyait être des adolescentes sur les réseaux sociaux. Il leur demandait des photos intimes. Il proposait des rendez-vous.

Comment est-ce possible ?

La réponse est terrible : parce que personne ne le surveillait. La condamnation avec sursis n'a pas empêché Dominique B. de rester actif en ligne. Aucun suivi n'a été mis en place. Aucune restriction d'accès aux réseaux sociaux ne lui a été imposée.

Le système judiciaire a traité son cas comme une infraction mineure, sans comprendre que la détention d'images pédopornographiques n'est jamais un acte isolé. C'est un symptôme. Un indicateur. Un signal d'alarme qui n'a pas été entendu.

Pierre Conet, lui, a entendu. Il a vu. Il a agi.

« Je rentre pas dans leur jeu. Je parle avec eux. Moi je fais l'innocente. Dès qu'ils font des propositions sexuelles, je fais la fille qui comprend pas. J'essaie d'avoir des preuves. »

Des preuves que la justice n'avait pas su ou voulu rassembler.

La question qui fâche — et si les justiciers avaient raison ?

Le débat est tabou. Les forces de l'ordre et les magistrats critiquent les méthodes de Pierre Conet. Ils invoquent la préservation des preuves, le respect des procédures, la nécessité de ne pas compromettre les enquêtes en cours.

Mais quand les enquêtes n'existent pas, que reste-t-il ?

Dans le cas de Dominique B., aucune enquête n'était en cours avant l'intervention de Pierre Conet. L'homme était libre. Il continuait ses activités. Aucun policier, aucun juge ne le surveillait.

Sans le justicier IA, Dominique B. ne serait jamais passé en garde à vue. Il continuerait à contacter des mineurs sur les réseaux sociaux. Il continuerait à demander des photos intimes. Il continuerait à représenter un danger pour les enfants.

Les faits sont têtus.

Les associations de protection de l'enfance le savent. Certaines demandent que ces pratiques soient légalisées. Pas par goût du vigilantisme, mais par réalisme : face à l'impuissance du système, des solutions alternatives émergent. Mieux vaut les encadrer que les combattre.

Les risques réels — quand la chasse aux prédateurs devient un jeu

Mais le tableau n'est pas tout rose. Les méthodes de Pierre Conet présentent des risques réels.

D'abord, la possibilité d'erreurs. Un innocent peut être accusé à tort, sa vie détruite par une diffusion en direct. Les viewers, emportés par leur soif de justice, peuvent identifier la mauvaise personne, propager des informations fausses, créer un lynchage numérique.

Ensuite, la destruction de preuves. Comme le souligne la police, un prédateur alerté peut effacer ses conversations, ses fichiers, ses contacts. Les enquêteurs perdent alors l'accès à des informations cruciales pour identifier d'autres victimes.

Enfin, la question de la légalité. Pierre Conet se fait passer pour un mineur, enregistre des conversations sans consentement, diffuse des images. Ces actes peuvent être constitutifs d'infractions pénales.

Le jeune homme le sait. Il assume.

« J'aime mon âge et mon âge et tout. C'est pas interdit », lui répondait Dominique B. « Ah, je pensais que c'était ce qui est interdit, c'est à partir du moment où tu es d'accord, c'est pas interdit parce que moi je veux pas aller en prison. »

L'ironie est amère. Le prédateur expliquait à sa fausse proie les subtilités juridiques qui le protègent. Aujourd'hui, c'est lui qui est en prison.

18 millions de lignes de données — le parallèle avec les fuites massives

Les enquêteurs ont saisi le matériel informatique de Dominique B. Il devra être exploité (source : Le Figaro). Les données qu'il contient peuvent révéler l'ampleur de ses activités, identifier d'autres victimes, d'autres prédateurs.

Mais le parallèle avec les fuites massives de données est frappant. Entre 12 et 18 millions de lignes de données étaient proposées à la vente sur des forums cybercriminels par un hacker surnommé « breach3d » (source : Sud Ouest). Pierre Conet lui-même aurait participé à une fuite passive de 10 à 20 millions de données (source : France Info).

Les données personnelles sont devenues une monnaie d'échange. Volées, vendues, utilisées. Dans le cas de Pierre Conet, elles servent à traquer des prédateurs. Mais

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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