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PolitiqueÉpisode 2/1

Espionnage Pegasus : Macron a-t-il cédé au Maroc après avoir été écouté ?

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-17
Illustration: Espionnage Pegasus : Macron a-t-il cédé au Maroc après avoir été écouté ?
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Espionnage Pegasus : Macron a-t-il cédé au Maroc après avoir été écouté ?

Le Maroc aurait espionné Emmanuel Macron, sept ministres et des journalistes via le logiciel Pegasus. Depuis 2021, les preuves s'accumulent. Pourtant, aucune crise diplomatique n'a éclaté. Au contraire, en 2024, Emmanuel Macron a offert au royaume chérifien un cadeau diplomatique de taille : la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Un territoire disputé depuis près d'un demi-siècle. Coïncidence ? Les faits interrogent.

Pegasus : l'arme qui met les États à nu

Normalement, quand un pays espionne votre président, vos ministres et vos journalistes, cela finit en crise diplomatique. Pas en France. Pas avec Macron. Du moins, pas avec le Maroc.

Le 16 juillet 2026, une vidéo du média Le Récap revient sur l'affaire Pegasus. Elle pose une question que beaucoup refusent de formuler : le Maroc a-t-il fait chanter la France ? Ou plutôt, la reconnaissance du Sahara occidental est-elle la contrepartie d'un silence sur l'espionnage ?

Pegasus est un logiciel espion israélien, développé par la société NSO Group. Sa particularité ? Il prend le contrôle total d'un téléphone sans aucun clic de l'utilisateur. Contacts, photos, messages chiffrés (WhatsApp, Signal), géolocalisation, micro, caméra — tout devient accessible. Un mouchard dans la poche, en permanence.

En 2021, un consortium international de journalistes — Forbidden Stories — révèle que plus de 50 000 personnes ont été ciblées par Pegasus dans le monde. Parmi elles : des chefs d'État, des ministres, des journalistes, des militants. Et notamment Emmanuel Macron, ainsi que plusieurs membres du gouvernement français.

Sept ministres français dans le viseur

Les journalistes établissent, expertise à l'appui, que les téléphones d'au moins sept ministres ou anciens ministres français présentent des traces du logiciel malveillant. Leurs noms ? Florence Parly, Jean-Michel Blanquer, Jacqueline Gourault, François de Rugy, Julien Denormandie, Emmanuel Varga et Sébastien Lecornu — ce dernier, alors ministre des Outre-mer, est aujourd'hui Premier ministre.

Le Maroc est immédiatement pointé du doigt. Rabat dément avec force. Le royaume attaque plusieurs médias en justice, dénonce une « campagne de diffamation ». L'Élysée, de son côté, reste prudent : « Si les faits sont avérés, ils sont évidemment très graves », répond-on, sans plus.

Mais les journalistes n'ont jamais lâché l'affaire. Et des années plus tard, de nouvelles révélations viennent ébranler la défense marocaine.

Un ancien agent marocain raconte l'intérieur

Un homme parle. Il s'appelle Sair. Ancien agent des services de renseignement marocains pendant plus de dix ans, il décrit Pegasus comme « l'arme du monstre ». Il a vu le changement s'opérer en 2017. Avant, les méthodes étaient archaïques : micros, caméras discrètes, filatures. Puis Pegasus est arrivé.

Selon son témoignage, le logiciel a d'abord été utilisé pour monter des dossiers compromettants contre des journalistes et des militants des droits humains au Maroc, quand les techniques classiques échouaient. Très vite, ses collègues sont devenus « accros » : sans bouger de leur chaise, ils accédaient à toute la vie privée et professionnelle d'une cible.

La surveillance ne s'arrêtait pas aux frontières. Le royaume, gourmand en renseignement, a étendu son usage à l'étranger. Le roi Mohammed VI lui-même surveillerait son propre entourage, selon Sair.

Une note de la DGSE confirme les soupçons

Les services de renseignement français n'ont pas attendu le témoignage de Sair pour douter des dénégations marocaines. Dès 2022, une note confidentielle de la DGSE — que le transcript de la vidéo cite — indique que les Émirats arabes unis et le Maroc ont utilisé, au moins depuis 2017, des produits NSO, la société éditrice de Pegasus.

La note est formelle. Les deux pays ont acheté le logiciel par l'intermédiaire d'une société émiratie. Le Maroc, selon les investigations, aurait acquis Pegasus via ce canal.

Pourtant, rien ne se passe. Aucune crise diplomatique. Aucun rappel d'ambassadeur. Aucune sanction. Paris et Rabat choisissent une autre voie : celle du retour de l'amitié.

Le grand virage diplomatique de 2024

Les relations entre Emmanuel Macron et Mohammed VI avaient pourtant connu des moments glacials. Réduction des visas accordés aux Marocains, crise de confiance, brouille diplomatique. Le couple franco-marocain traversait une période difficile.

Mais en 2024, changement radical. Emmanuel Macron décide de reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Un territoire disputé depuis des décennies avec le Front Polisario, soutenu par l'Algérie — le grand rival régional du Maroc.

Cette décision est majeure. Pour Rabat, c'est un cadeau diplomatique que le royaume espérait depuis près d'un demi-siècle. Pour l'Algérie, c'est un coup dur. Pour la France, un virage stratégique.

Mais le timing interroge. Macron se fait espionner par le Maroc, et quelques années plus tard, il lui offre la reconnaissance d'un territoire contesté. Coïncidence ? « Il y a de quoi se poser quelques questions », commente le transcript.

La France a failli acheter Pegasus

Autre fait troublant : la France elle-même a envisagé d'acheter Pegasus. Au moment où certains responsables français étaient ciblés par l'espionnage marocain, d'autres services de l'État réfléchissaient à utiliser exactement le même outil.

Le montant évoqué : entre 60 et 80 millions d'euros. Une somme qui n'a pas été rédhibitoire, selon le transcript. Le pouvoir a « franchement envisagé » l'acquisition, fasciné par la puissance de la technologie.

Mais au final, Emmanuel Macron a refusé. Pour deux raisons : le risque réputationnel et la perte de souveraineté. « Oui, il serait temps de se demander qui récupère toutes ces données capturées au fil du temps », souligne la vidéo. Au bout de la chaîne, il y a NSO, la société israélienne. Que deviennent les données ? Personne ne le sait.

Leçons d'une affaire qui dépasse l'espionnage

Pegasus raconte quelque chose de plus large qu'une affaire d'espionnage, aussi massive soit-elle. Il raconte le pouvoir que nous avons tous laissé entrer dans notre poche. Un téléphone aujourd'hui, c'est notre mémoire, notre carnet d'adresses, nos conversations, nos déplacements. Une partie intégrante de notre intimité.

Pegasus montre qu'un outil suffit pour que cette intimité devienne une salle d'écoute permanente. Le plus inquiétant, ce n'est pas seulement que des États développent ces armes : c'est qu'une fois qu'elles existent, la tentation de s'en servir devient presque irrépressible.

« La surveillance crée une forme d'addiction », observe le transcript. Quand on possède la capacité de tout savoir, pourquoi se limiter ? Au début, on promet une surveillance contenue : terrorisme, criminalité organisée, menaces majeures. On vous sert le fameux « Vous n'avez rien à craindre si vous n'avez rien à cacher ». Puis, l'exception devient la règle.

Les outils finissent par viser ceux qui dérangent, ceux qui contestent, ceux qui enquêtent. Le danger n'est pas seulement la technologie. Le danger, c'est le pouvoir qu'on donne à ceux qui la contrôlent — et l'absence de garde-fous.

Questions sans réponses

L'affaire Pegasus laisse des zones d'ombre. Le lien entre l'espionnage et la reconnaissance du Sahara occidental n'est pas prouvé. Rabat continue de nier. L'Élysée ne commente pas. Mais les faits, eux, s'accumulent.

Pourquoi la France n'a-t-elle pas provoqué de crise diplomatique ? Pourquoi avoir attendu 2024 pour offrir ce cadeau au Maroc ? Pourquoi avoir envisagé d'acheter le même logiciel qui espionnait ses propres ministres ?

Autant de questions qui attendent des réponses. Le Dossier continuera d'enquêter.

Sources : Enquête de Forbidden Stories (2021), Note confidentielle de la DGSE (2022), Témoignage de Sair, ancien agent des services marocains, Vidéo Le Récap (16 juillet 2026).

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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