Faux vélos électriques : des engins illégaux roulent en France

60 km/h sur un « vélo » — le business du débridage
Selon la source, une publicité sur TikTok montre un vendeur présentant un vélo électrique avec un moteur de 1000 W. La réglementation française est claire : 250 W maximum. « 120 km d'autonomie, parfait pour les rues parisiennes », selon la publicité.
Ces engins déferlent par milliers. Des fat bikes aux pneus surdimensionnés, présentés comme des vélos à assistance électrique. La vidéo affirme que leur argument de vente numéro un est la possibilité de les débrider en moins de 60 secondes.
« Ce vélo prend la vitesse d'un scooter pour seulement 700 € », selon un youtubeur.
Un autre : « Je l'ai débridé car clairement on n'achète pas ce genre de véhicule pour le laisser brider. »
Les vidéos pullulent sur les réseaux. Tests, unboxings, codes promo. « Ce que je vais te montrer maintenant, c'est comment débrider ce vélo », selon l'un d'eux.
La loi est pourtant précise. En France, un vélo à assistance électrique (VAE) ne doit pas dépasser 250 W de puissance et 25 km/h d'assistance. Il faut pédaler pour obtenir l'aide du moteur. Au-delà, l'engin change de catégorie. Il devient un cyclomoteur — l'équivalent d'un 50 cm³. Les règles ne sont plus les mêmes : assurance obligatoire, casque et gants homologués, permis de conduire ou BSR, plaque d'immatriculation. Sans ces éléments, même à 25 km/h, le véhicule est illégal.
La norme des VAE exige que le débridage ne soit pas rendu possible par l'utilisateur lui-même — via une application ou un bouton sur le guidon. Or, c'est exactement ce que proposent ces engins.
« Voici le réglage secret en moins de 60 secondes », selon une vidéo.
« Tout véhicule qui a des pédales n'est pas un vélo », selon la source.
En boutique, la vendeuse montre le bouton magique
L'équipe de Biclou s'est rendue dans des boutiques parisiennes. Une vendeuse propose un modèle de 2000 W avec deux roues motrices. « C'est un très bon rapport qualité-prix, 26 ampères, double roue motrice », selon elle. Interrogée sur la vitesse, elle répond : « Ah lui, il monte à 60. Mais après, on joue avec les vitesses qu'il envoie. » Elle dévoile l'astuce pour échapper aux contrôles : « Quand vous passez devant eux ou quoi, vous retombez en vitesse de vélo. Vous n'allez pas au trottoir, vous voyez ? Ça flashe pas. Mais on va savoir à l'œil si vous êtes à 25. Après, si vous êtes à 40, vous allez avoir un problème. Donc je change de vitesse. » Elle montre le bouton : « C'est sur le plus et le moins, vous avez une gâchette en haut et à droite. »
Un jeune homme, qui souhaite rester anonyme, témoigne : « Tout au début, je pensais vraiment que c'était un vélo. À aucun moment je me suis vraiment demandé ce qui se passait si jamais je provoquais un accident. » Il a acheté un Super 73 ZX. Selon la source, une plainte collective — toujours en cours — vise le constructeur Super 73 aux États-Unis. Les plaignants affirment avoir été dupés sur le statut juridique du véhicule. « Au bout de six mois d'utilisation, je me rendais compte que j'allais beaucoup plus vite que tous les autres. Des personnes avaient parfois peur parce que je pouvais aller un peu vite. Là, je me suis rendu compte que ce n'était pas un vélo classique. » Après un contrôle de police et une verbalisation, il a revendu l'engin.
Contrôle : des amendes en une seule interception
L'équipe de Biclou a suivi une opération de contrôle dans Paris. Une trentaine de policiers sont mobilisés. Un premier engin suspect attire l'attention. Le conducteur est interpellé. « Est-ce que votre vélo est débridé, monsieur ? » demande un agent. « Il peut se débrider avec l'application », répond le conducteur. « Donc vous savez qu'il est soumis à une assurance, qu'il doit être considéré comme un cyclomoteur », rétorque le policier. L'agent examine le guidon : « Classe 1, classe 2. Là, vous étiez en classe 3. » Le conducteur tente de se justifier. « Mais je l'utilisais en mode vélo, moi. » « Oui, mais il était en mode classe 3 », insiste le policier. « Bon, je vais reprendre mon vieux vélo », lâche-t-il. Le conducteur repart avec plusieurs amendes.
« Les forces de l'ordre à un moment donné m'ont dit : "OK, monsieur Guinard, c'est bien d'arrêter tout ça, mais expliquez-nous comment on peut savoir que ce vélo est un faux vélo ?" », selon la source.
Le certificat CE ne vaut rien — la DRAL le confirme
« Le logo CE, qui est souvent mis en avant comme une marque de fabrique ou un label de qualité, ce n'est pas du tout vrai », selon la source. « Un logo CE, c'est un marquage que n'importe qui peut mettre sur son produit. » Un certificat CE envoyé à la DRAL (Direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt) montre que « La directive 2006/42/EC citée dans le certificat CE en votre possession ne porte que sur les machines. Certains constructeurs étrangers utilisent cette directive et induisent le client en erreur concernant la conformité du véhicule. »
Des faux vélos — et personne ne les arrête
Selon la source, entre 40 000 et 50 000 faux vélos circuleraient aujourd'hui en France. « Faux vélos, c'est-à-dire des vélos qu'on devrait retirer du marché, qui ne devraient pas circuler ni sur piste cyclable ni même sur la route. Il ne doit pas circuler, point barre. C'est un danger. »
« Ces fameux sites internet peu scrupuleux écrivent noir sur blanc "vélo électrique" et les gens achètent un vélo électrique et ne se rendent pas compte, pour la plupart, qu'ils achètent un produit complètement non homologué, interdit sur la voie publique en France », selon la source.
Le jeune conducteur verbalisé : « Je me rendais bien compte qu'il y avait un gros décalage entre ce que je voyais sur internet et la réalité de mon vélo. Pour moi, je me disais que c'était OK parce que c'était un débridage facilité. »
Sources
- Biclou (chaîne YouTube / Le Parisien) — enquête diffusée sur le site du Parisien.fr
- Le Parisien.fr — publication de l'enquête
- DRAL (Direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt) — réponse officielle sur l'invalidité du certificat CE
- Communauté Biclou — contribution à l'enquête
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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