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ONG : salaires à 190 000 francs, marketing agressif et gaspillage des dons — l'enquête qui dérange

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-16
Illustration: ONG : salaires à 190 000 francs, marketing agressif et gaspillage des dons — l'enquête qui dérange
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190 000 francs suisses par an. C’est le salaire du directeur de la Chaîne du Bonheur en 2013, selon le rapport de l’organisation elle-même. Pendant ce temps, en Haïti, des milliers d’abris provisoires à 5 400 francs l’unité se dégradent en moins de sept ans. Les habitants, eux, attendent toujours. L’enquête de la RTS dissèque les mécanismes d’un secteur devenu une industrie. Regardons les faits.

Le marketing de la misère

Tout commence par une image. Une image choc. Celle d’un enfant squelettique, le bras tendu vers un ruban de mesure. Le geste médical, le regard vide. La recette est rodée.

Séverine Bonet, responsable marketing chez MSF Suisse, ne le cache pas. Ancienne du marketing direct dans la vente de cosmétiques, elle applique les mêmes techniques. « Les techniques sont les mêmes. C’est une certitude », dit-elle dans l’enquête de la RTS. Aujourd’hui, c’est un métier. « Le fundraising, enfin autour de moi, j’ai une équipe et il y a des professionnels du fundraising au sein du département. Et c’est une certitude que ben on se doit d’être le plus efficace, le plus professionnel. »

Le mot est lâché : fundraising. La recherche de fonds est devenue une science. MSF Suisse investit un franc pour en récolter neuf en moyenne. Un taux de retour qui fait des envieux.

Christophe Beck, à la tête d’une agence de marketing indépendante, explique les ficelles du métier. « Il faut absolument passer la barrière de ces 2 secondes entre le classement vertical et le "Ah ça m’intéresse, je vais peut-être faire quelque chose" », détaille-t-il. Les adresses des donateurs potentiels s’achètent — ou plutôt se louent — auprès de brokers. « C’est à peu près entre 35 et 45 centimes l’adresse », précise-t-il. Chaque envoi coûte environ 1 franc 50, dont deux tiers pour les frais de poste et d’imprimerie.

Et ça rapporte. En Suisse romande, un don moyen atteint 350 francs. En Suisse alémanique, 450 francs.

La concurrence est féroce. Save the Children, arrivée en Suisse en 2006, emploie déjà 44 personnes et affiche un budget de 22 millions de francs. Les dons privés représentent 30 % de ses ressources. MSF a répliqué avec un flyer similaire. « Ce n’est pas une question de recette, c’est ce que l’on utilise sur place », se défend un responsable.

Haïti, le laboratoire du gaspillage

Le 12 janvier 2010, un séisme de magnitude 7 dévaste Haïti. 230 000 morts. Plus d’un million de sans-abris. L’émotion est planétaire. Les promesses de dons affluent : 100 millions des États-Unis, 200 millions de l’ONU, un demi-milliard de l’Union européenne.

Et les ONG débarquent. Avant le séisme, Haïti comptait environ 400 ONG enregistrées. Après, elles sont 10 000. « Je ne sais pas s’ils sont là pour la durée. Je ne sais pas s’ils viennent pendant 3 jours. Je ne sais pas qu’est-ce qu’ils font. Je ne sais pas où est-ce qu’ils vont et il y a aucune coordination », raconte Jean-Max Bellerive, alors Premier ministre haïtien. Sa formule est cinglante : « C’était le cirque humanitaire. »

Les États-Unis prennent le contrôle de l’aéroport. « Travolta descendit plus rapidement que les médecins cubains », ironise Bellerive. Des ONG distribuent des t-shirts oranges, d’autres proposent des massages relaxants. Les néo-évangéliques américains sont de la partie.

Moins de 10 % de l’aide internationale transite par le gouvernement haïtien. « En fin de parcours, le corrompu, c’est le ministre haïtien, c’est le premier ministre haïtien, c’est le président haïtien parce que c’est la cible », déplore Bellerive. « J’ai même pas eu l’argent, j’ai même pas su ce qu’on faisait avec l’argent. Mais c’est moi le voleur. »

Les dégâts sont évalués à près de 8 milliards de dollars. Mais l’argent ne va pas là où il faudrait. Des containers et des containers de bouteilles d’eau en plastique sont importés, alors que le pays dispose de compagnies locales de filtration. « Le type qui avait investi pour faire un système d’ozonisation de l’eau, il a genou », raconte l’ancien Premier ministre.

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📰Source :youtube.com

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