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PolitiqueÉpisode 3/5

Dynasties politiques : les maires français héritent de leurs parents

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-03-26
Illustration: Dynasties politiques : les maires français héritent de leurs parents
© Illustration Le Dossier (IA)

Yohann Baudrillard, Rachel Delaporte, Arthur Liogier. Des noms inconnus pour la plupart. Pourtant, ils représentent une tendance inquiétante : les élections municipales françaises deviennent des affaires de famille. Plongée dans un phénomène qui traverse le pays.

Rubigny : l’écharpe tricolore en héritage

Rubigny, 55 habitants. Une petite commune des Ardennes où la politique se transmet comme un héritage. Yohann Baudrillard a pris la relève de son père, Daniel Baudrillard. Pas de campagne. Pas de débat. Simplement une passation de pouvoir.

"Mon père m’a préparé", dit Yohann. Préparé ? Le mot est modeste. Daniel a dirigé Rubigny pendant 20 ans, façonnant la commune, tissant des réseaux, forgeant des alliances. Yohann n’a qu’à reprendre le flambeau.

Rubigny n’est pas une exception. C’est un modèle. Une dynastie politique locale s’installe, silencieusement, sans opposition.

À La Lande-Saint-Siméon, dans l’Orne, Rachel Delaporte hérite de l’écharpe tricolore après son père, Didier Delaporte. "C’est une tradition familiale", explique-t-elle. Tradition ? Ou monopole ? La question se pose.

Yssigneaux : le deuil et le pouvoir

Arthur Liogier, 32 ans, vient de prendre le siège de maire d’Yssigneaux, en Haute-Loire. Son père est décédé en 2025. "En sa mémoire, je dirais Au boulot et en avant", déclare-t-il au Progrès.

Une phrase touchante, mais qui masque une réalité moins romantique. Arthur ne commence pas une nouvelle ère. Il prolonge une dynastie. Son père a dirigé Yssigneaux pendant cinq ans. Arthur hérite simplement du pouvoir.

Qui l’a élu ? Les mêmes électeurs qui ont soutenu son père. Les mêmes réseaux. Les mêmes alliés. Le pouvoir se transmet, comme un bien familial.

À Sommette-Eaucourt, dans l’Aisne, Paul-Raphaël Prévost endosse le costume d’élu après que son père a tenu la mairie pendant 30 ans. Une succession tranquille, sans débat, sans concurrence.

Aix-en-Provence : la dynastie Joissains

Sophie Joissains. Ce nom résonne dans les couloirs de la mairie d’Aix-en-Provence. Candidate UDI, elle a été réélue en 2026. Une victoire attendue. Sophie continue une dynastie entamée en 1978.

Son père, Alain Joissains, a été maire d’Aix-en-Provence de 1978 à 1983. Il a démissionné, accusé de détournement de fonds publics — il aurait utilisé l’argent de la municipalité pour financer la villa de son beau-père.

Sa mère, Maryse Joissains, a repris le flambeau en 2001. Elle aussi condamnée pour détournement de fonds publics. Une histoire familiale marquée par les scandales.

Sophie arrive à la mairie en 2021. Certains opposants dénoncent une "mise en scène à la nord-coréenne". Choc, mais juste. La dynastie Joissains résiste aux scandales, aux accusations, au temps.

Des dynasties politiques bien ancrées

Pourquoi ces dynasties persistent ? Parce qu’elles fonctionnent. Elles s’enracinent dans les communes, tissent des réseaux, contrôlent les ressources.

À Rubigny, Yohann Baudrillard bénéficie du travail de son père. À Yssigneaux, Arthur Liogier hérite du siège familial. À Aix-en-Provence, Sophie Joissains perpétue une dynastie.

Ces dynasties ne sont pas démocratiques. Elles sont familiales. Elles monopolisent le pouvoir local, excluent la concurrence, étouffent l’innovation.

Qui peut s’opposer à elles ? Les petits candidats, les nouveaux venus. Mais ils manquent de ressources, de réseaux, de soutien.

Les conséquences pour la démocratie locale

Les dynasties politiques locales posent un problème. Elles limitent la démocratie, concentrent le pouvoir, créent des monopoles.

À Rubigny, Yohann Baudrillard dirige sans opposition. À Yssigneaux, Arthur Liogier hérite du siège familial. À Aix-en-Provence, Sophie Joissains perpétue une dynastie.

Elles résistent aux scandales, aux accusations, au temps. Elles s’enracinent, tissent des réseaux, contrôlent les ressources.

Qui peut les contrer ? Les petits candidats, les nouveaux venus. Mais ils manquent de moyens, de réseaux, de soutien.

Que faire ?

Les dynasties politiques locales existent. Elles prospèrent. Mais elles ne sont pas invincibles.

Il faut encourager la concurrence, soutenir les petits candidats, limiter les mandats, renforcer la transparence.

Les élections municipales doivent être un choix, pas une passation de pouvoir. Les communes doivent être dirigées par les meilleurs, pas par les héritiers.

La démocratie locale en dépend. Et elle en vaut la peine.

L’affaire commence ici.

Par la rédaction de Le Dossier

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