Drogues en France : 500 000 réponses pénales, zéro stratégie

Six pour cent. Seulement six pour cent des consommateurs de drogues reçoivent une réponse pénale en France. Cela représente près de 500 000 procédures. Un chiffre colossal — et pourtant, 94 % des usagers passent sous les radars. Le système craque. Les professionnels sont submergés. Et le débat politique reste bloqué : répression contre soin.
Un cas qui fait débat
Bastien est un ancien polytoxicomane — héroïne, cocaïne, cannabis. Ses veines sont si abîmées qu'on ne peut plus lui faire de prise de sang. Pourtant, il s'en sort. Il a bénéficié d'une mesure d'accompagnement judiciaire personnalisé pour consommation de cannabis. Aujourd'hui, il a un logement. Il a repris contact avec sa mère et sa fille. Il n'a pas replongé.
Son parcours est au cœur d'un documentaire signé Jérôme Durin. Un cas positif — mais représentatif ?
« C'est formidable. Si on pouvait faire ça sur un million de personnes », lâche Béatrice Brugère, magistrate et secrétaire générale du syndicat Unité Magistrat. « Mais on fait ça sur quasiment rien. »
Son constat : le système est submergé. Pas débordé — submergé. Nuance importante.
1,5 million de consommateurs réguliers
Parlons chiffres — ils sont lourds. L'Observatoire Français des Drogues et des Tendances Addictives (OFDT) les fournit. Près d'un million et demi consomment régulièrement du cannabis. Neuf cent mille tous les jours. Plus d'un million d'adultes ont utilisé de la cocaïne au moins une fois dans l'année. L'ecstasy et la MDMA ? Plus de 8 % des adultes. L'héroïne et le crack concernent plusieurs dizaines de milliers de personnes.
Ce n'est pas un épiphénomène.
Étienne Blanc, sénateur LR du Rhône et rapporteur de la commission d'enquête sur l'impact du narcotrafic, confirme : le chiffre d'affaires du trafic en France est estimé entre 7 et 8 milliards d'euros. « C'est des citoyens qui consomment de la drogue », dit-il.
La cocaïne explose. Et avec elle, les saisies douanières — records sur records depuis 2020. Mais derrière chaque gramme confisqué, il y a un consommateur. Des millions d'entre eux. Et que fait l'État ? 500 000 réponses pénales. Zéro stratégie d'ampleur.
Béatrice Brugère le dit sans détour : le système est submergé par les dossiers de stupéfiants. « On a une politique qui répond à une minorité de consommateurs par la contrainte et la punition », résume-t-elle. Le reste ? Rien. Pas de soins, pas de suivi. Les 94 % qui échappent aux radars n'existent pas aux yeux de la justice.
« C'est un scandale sanitaire et judiciaire », souffle un médecin addictologue. « On laisse les gens crever, ou dealer, ou les deux. »
Et pourtant. Bastien prouve que l'accompagnement fonctionne. Mais l'État s'entête : répression ou rien. Comme si la seule alternative était la prison ou le vide.
Voilà. Le modèle français est à bout. Et pendant ce temps, la cocaïne inonde les villes, les campagnes, les bars branchés, les HLM. Le marché explose. Les consommateurs aussi. Mais les réponses, elles, restent minimalistes. Cinq cent mille procédures pour des millions d'usagers. Zéro vision. Zéro ambition. Zéro stratégie.
— Un constat qui ne date pas d'hier, mais qui, faute de volonté politique, ne changera pas demain.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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