Fessenheim : le décret du 1er mai qui accuse Matignon de mensonge d’État

Une signature le jour des travailleurs
Commençons par le commencement. Un décret signé le 1er mai — jour de la fête du Travail. Pourquoi cette date ? Pourquoi un jour chômé, où les administrations tournent au ralenti ? Le député Tangi est catégorique : « signé comme par hasard un jour férié, le 1er mai, pour passer inaperçu ». Pas de conditionnel. Pas de « selon certains ». Il accuse directement le Premier ministre, Monsieur le Cornu, d'avoir sciemment choisi la discrétion.
Ce décret ne concerne pas seulement l'avenir de Fessenheim. Il s'inscrit dans une série de décisions que l'élu RN qualifie d'« autant de coups de poignard contre les Français ». Un autre décret, sur les certificats d'économie d'énergie, aurait provoqué une augmentation de 2 milliards d'euros des factures de carburant, fioul, gaz et électricité. Deux milliards. Un chiffre qui donne le vertige.
La question est simple : le gouvernement a-t-il caché ce décret ? Les archives officielles du Journal officiel permettront de trancher. Mais le simple fait que le député ose cette accusation en séance publique — sans être démenti sur la date — est un signe. Le RN a construit son discours sur cette preuve. Et il compte bien l'utiliser jusqu'à la présidentielle de 2027.
Mensonge d'État : la double peine des Français
Le député Tangi ne s'arrête pas au décret. Il parle de « mensonge d'État ». Un terme rarement employé dans l'hémicycle. Pour lui, la fermeture de Fessenheim est la démonstration d'un cynisme méthodique. « Vous savez que vous avez menti. Vous savez que Fessenheim n'aurait jamais dû fermer et vous l'avez quand même fermé », lance-t-il au Premier ministre.
Pourquoi ? La réponse est politique : satisfaire les Verts, l'Allemagne, la Commission européenne. « Vous vous soumettez à tous les vampires qui raquettent les Français », ajoute-t-il. Une attaque frontale, sans nuance. Le RN affirme qu'aucun travaux techniques n'empêchait la relance de la centrale en 2022. « Aucun des travaux n'avait été fait en 2022 et aucun travaux n'a encore été fait », insiste Tangi.
Si ces affirmations sont exactes, alors le gouvernement a effectivement fermé une centrale encore fonctionnelle pour des raisons idéologiques, tout en niant la possibilité de la rouvrir. Le coût pour les Français ? Des factures d'électricité plus élevées, une dépendance accrue aux énergies fossiles importées, une souveraineté énergétique affaiblie. Voilà.
Mais attention : le RN n'est pas un témoin neutre. Il a ses propres intérêts électoraux. Marine Le Pen avait promis de rouvrir Fessenheim en 2022. Aujourd'hui, le parti exploite ce dossier pour délégitimer le gouvernement. La manœuvre est grossière. Mais elle fonctionne.
Roland Lescure répond : l'avenir contre le passé
Le ministre de l'Économie prend la parole. Il ne mâche pas ses mots. « Non seulement comme toujours, vous racontez n'importe quoi, mais vous racontez ça n'importe comment », rétorque-t-il au député Tangi. Une réponse cinglante — mais qui ne contredit pas formellement le fond de l'accusation.
Lescure défend la politique énergétique du gouvernement : vente de 30 % de véhicules électriques en France, développement du nucléaire et des renouvelables. « Nous projetons la France vers l'avenir. Vous regrettez son passé », assène-t-il. Il rappelle que le RN a changé de position sur le nucléaire : « celles qui disaient que le nucléaire était dangereux il y a 10 ans » aujourd'hui veulent rouvrir Fessenheim.
Une contre-attaque efficace. Mais elle ne répond pas à la question centrale : pourquoi signer le décret le 1er mai ? Et pourquoi attendre si longtemps pour engager le démantèlement, si tout était déjà joué ?
Le ministre insiste sur l'inanité de l'amendement RN visant à rouvrir la centrale : « totalement inopérant, totalement ridicule, totalement rétrograde ». Il renvoie l'opposition à son « passé ». Mais l'opposition, elle, reste campée sur ses preuves.
Un ministre propriétaire
Pendant que le débat fait rage à l'Assemblée, d'autres informations circulent. Roland Lescure possède un patrimoine immobilier estimé à 3,7 millions d'euros (oui, vous avez bien lu — source : Ouest-France). Trois appartements et une maison. Rien d'illégal, bien sûr. Mais ce chiffre alimente un malaise.
Comment un ministre chargé de la politique énergétique peut-il être perçu comme légitime lorsqu'il défend des hausses de factures et la fermeture d'une centrale ? Question rhétorique. Le RN ne s'en prive pas : il transforme le débat technique en procès en légitimité.
Le patrimoine de Lescure n'est pas en cause directement. Mais il ajoute une couche de défiance. Les Français voient un ministre riche, installé dans ses certitudes, leur demander de serrer la vis. Et en face, un parti d'opposition qui promet de rouvrir la centrale et de baisser les factures.
La bataille est autant politique qu'économique. Et chaque camp utilise les chiffres à sa façon.
2027 : l'ombre de la présidentielle sur le décret
Le député Tangi conclut son intervention par un avertissement : « Vous devez laisser les Français choisir en 2027 à la présidentielle s'ils veulent vous faire payer votre cynisme répugnant ». La date est stratégique. Le RN espère que ce décret — et le sentiment de trahison qu'il suscite — fera basculer des électeurs.
La question nucléaire est un marqueur fort dans l'opinion. Fessenheim, première centrale fermée en France, reste un symbole. Pour les uns, celui de la transition écologique. Pour les autres, celui du renoncement et de la soumission à Bruxelles.
Le gouvernement a-t-il réellement menti ? Les éléments techniques sont flous. Si aucun travaux irréversibles n'ont été réalisés, alors rouvrir la centrale est techniquement possible. Mais le coût économique et politique serait colossal. Le décret du 1er mai pourrait bien être la pièce à conviction d'un dossier que le RN veut transformer en procès public.
— chiffre à retenir — 2 milliards d'euros d'augmentation de factures, un décret signé en secret, une centrale fermée pour des raisons contestées. Les Français jugeront. Mais ils ont le droit de savoir tout cela avant de voter.
Sources
- Extrait des débats à l'Assemblée nationale, vidéo YouTube (vidéo source :
s6dDevpyvL0) - Ouest-France : patrimoine de Roland Lescure (3,7 millions d'euros)
- ASNR – fiche centrale nucléaire de Fessenheim
- Journal officiel – mention du décret du 1er mai (allégué par le député Tangi)
À suivre.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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