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Danemark : l'enfer des centres d'expulsion pour réfugiés

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-04-22
Illustration: Danemark : l'enfer des centres d'expulsion pour réfugiés
© YouTube

Un ancien sanatorium, un enfer moderne

Cinquante kilomètres à l'ouest de Copenhague. Une région rurale et forestière. Des bâtiments en briques rouges. À première vue, rien ne laisse deviner l'enfer invisible qui se cache derrière les murs du centre d'expulsion d'Avnstrup.

Ancien sanatorium reconverti, ce centre accueille aujourd'hui 185 personnes. Des familles. Des enfants. "La détention peut être illimitée", confirme Julia Dumont, journaliste pour Info Migrant. "Il y a des familles qui vivent ici depuis des années."

Une spécificité danoise. Contrairement aux centres de rétention administrative français (CRA), où la détention est limitée à 90 jours, les centres d'expulsion danois n'ont pas de durée maximale. Le Parlement européen a récemment validé un règlement permettant une détention pouvant aller jusqu'à 24 mois. Au Danemark, cette limite n'existe pas.

"L'objectif est que les personnes quittent le pays", explique Julia Dumont. Deux fois par jour, les réfugiés doivent se présenter à l'agence danoise du retour. On les incite à partir volontairement. Avec des incitations financières. Si cela ne fonctionne pas, l'expulsion forcée est envisagée. Mais seulement si le Danemark entretient des liens diplomatiques avec le pays d'origine.

Une vie quotidienne sous contrôle

Garderie, école, centre médical, café, salles d'activité. Avnstrup ressemble à un mini-village. Mais cette apparence de normalité cache une réalité bien plus sombre.

Les adultes n'ont pas le droit de travailler. Ils ne reçoivent pas d'argent de poche. Pour cuisiner, ils utilisent des grandes cuisines collectives. La nourriture est commandée en ligne et livrée directement dans le centre.

"L'objectif du gouvernement est que la vie des personnes dans ce centre soit la plus difficile possible", révèle le Danish Refugee Council. Une inflexibilité qui frôle parfois l'absurde. Exemple : un groupe de 20 femmes transférées dans un autre centre où elles avaient le droit de cuisiner. Pour éviter que leurs conditions de vie ne s'améliorent, elles sont les seules à recevoir des repas préparés.

L'asile temporaire : une arme contre les réfugiés

Le Danemark pratique l'asile temporaire. Une mesure reprise par le Royaume-Uni. Le principe ? Lorsqu'un réfugié obtient l'asile, il n'est accordé que pour deux ans. Renouvelable.

En France, le statut de réfugié donne droit à un titre de séjour de 10 ans. Au Danemark, tous les deux ans, les autorités peuvent réexaminer la situation du réfugié. Et décider que sa protection n'est plus nécessaire.

Les Syriens sont particulièrement ciblés. Arrivés en masse en 2015-2016, ils représentent aujourd'hui environ 45 000 réfugiés au Danemark. En 2021, les autorités danoises ont jugé Damas suffisamment sûre pour un retour forcé. Une décision renforcée par la chute du régime de Bachar El-Assad en décembre 2024.

Le cas de Dana Albitard : une vie suspendue

Dana Albitard a 29 ans. Arrivée au Danemark quelques jours avant ses 18 ans, elle parle aujourd'hui couramment le danois. Elle étudie la cuisine en alternance. Avec sa mère, elle a ouvert une petite activité de traiteur. Elle est impliquée dans plusieurs associations locales.

Mais Dana vit dans l'angoisse. L'année prochaine, elle doit renouveler son permis de résidence. "C'est impossible de se sentir pleinement syrienne ou pleinement danoise", confie-t-elle. "Je me sens rejetée par les deux pays."

Une instabilité permanente. Un sentiment partagé par de nombreux réfugiés. Agob Yakoub, un autre réfugié syrien, dénonce des conditions d'accès à la résidence permanente de plus en plus dures. "Quand je suis arrivé, le temps passé à étudier était pris en compte. Aujourd'hui, il faut avoir travaillé au moins trois ans et demi après ses études."

Une politique migratoire qui divise

Les élections législatives de mars 2024 n'ont rien changé. La Première ministre sociale-démocrate, Met Fred Ericson, est de nouveau en tête. Mais son parti est affaibli. Pour gouverner, elle devra s'allier avec des partis favorables à un durcissement de la politique migratoire.

Le parti du peuple danois, d'extrême droite, gagne du terrain. Ses discours xénophobes et anti-migrants poussent le débat politique vers des idées toujours plus radicales.

"Dans les faits, la grande majorité des réfugiés voient leur titre de séjour renouvelé", nuance le Danish Refugee Council. Mais le climat reste anxiogène. L'objectif inavoué ? Décourager d'autres étrangers de venir s'installer au Danemark.

Une politique répressive. Des vies suspendues. Le Danemark montre un visage sombre de l'Europe. Une Europe qui ferme ses portes à ceux qui fuient la guerre et la misère.

C'est là que ça devient intéressant. Qui prendra la parole pour dénoncer ces pratiques ? Qui osera défier cette politique migratoire répressive ? L'affaire commence ici.

Sources :

  1. Danish Refugee Council
  2. Refugees Welcome

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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