Cyril Ramaphosa : la Cour constitutionnelle anéantit le vote qui le protégeait

Le coup de tonnerre
Vendredi 8 mai 2026. La Cour constitutionnelle sud-africaine a frappé — et dur. Elle a invalidé le vote parlementaire qui, en 2022, avait enterré la procédure de destitution contre Cyril Ramaphosa. Les juges ont estimé que ce vote, mené sur des bases invalides, avait empêché les parlementaires d'évaluer les éléments pouvant conduire à une destitution. La porte est désormais grande ouverte.
Ramaphosa est dos au mur.
Ce n'est pas une simple péripétie judiciaire. C'est la conséquence directe d'un scandale qui dure depuis six ans. En février 2020, un ancien membre du renseignement sud-africain accuse le président d'avoir dissimulé le vol d'environ 4 millions de dollars dans sa ferme de Phala Phala — également appelée Falafala. Soupçonné de blanchiment d'argent et d'évasion fiscale, le chef de l'État a nié. Puis reconnu. Puis minimisé.
Retenez ce détail : 4 millions. La somme qui a disparu. Pas dans un compte offshore — dans le coffre d'un président.
Le mensonge de Phala Phala
L'affaire commence ici. Février 2020. Un ancien agent du renseignement sud-africain sort du silence. Selon lui, Cyril Ramaphosa a caché le cambriolage de sa ferme pour ne pas révéler l'origine illicite de l'argent volé. Le président finit par déclarer le vol — mais il affirme que la somme était bien inférieure : 500 000 dollars. Huit fois moins que les 4 millions avancés par l'accusation.
Pourquoi cette différence ?
Ramaphosa a une explication : les 500 000 dollars volés proviennent d'une vente légitime de bétail. Une transaction agricole, rien de plus. Problème : aucun acheteur n'a jamais été nommé. Aucun document produit. Aucun registre officiel. Rien.
— Et ce n'est pas rien —, un rapport parlementaire a mis en cause le président. Il pointait des incohérences majeures dans ses déclarations. Mais l'Assemblée nationale a débouté ce rapport. Les députés de l'ANC, encore majoritaires à l'époque, ont voté pour étouffer l'affaire.
Le parti a protégé l'un des siens.
L'ANC, rempart et traître
L'African National Congress dirige l'Afrique du Sud depuis 1994. Le parti de Nelson Mandela, de Thabo Mbeki, de Jacob Zuma. Un parti qui a porté Ramaphosa au pouvoir en 2018 sur une promesse de lutte contre la corruption. Ironie : aujourd'hui, c'est lui qui est accusé.
En décembre 2022, l'Assemblée nationale — encore contrôlée par l'ANC — vote contre l'ouverture d'une enquête de destitution. La majorité est écrasante. Le bouclier politique tient. Ramaphosa est sauvé.
Mais les élections de 2024 ont tout changé.
L'ANC a perdu sa majorité absolue. Une première depuis la fin de l'apartheid. Le parti n'est plus le rouleau compresseur qu'il était. L'opposition, menée par Julius Malema et son Economic Freedom Fighters (EFF), en a profité pour relancer la machine judiciaire. Saisie par l'opposition, la Cour constitutionnelle a examiné la validité du vote de 2022.
Verdict : le vote était illégal. Les parlementaires n'avaient pas eu accès à tous les éléments. La procédure est annulée.
Le bouclier est tombé.
Julius Malema, le procureur
Julius Malema ne cache pas sa joie. "Il est temps que Cyril Ramaphosa utilise sa conscience et démissionne de son poste de président pour faire face à cette procédure de destitution", a-t-il lancé vendredi.
L'opposant politique est un habitué des coups d'éclat. Mais cette fois, le terrain juridique est solide. La Cour constitutionnelle lui donne raison. Les juges ont estimé que les droits constitutionnels des parlementaires avaient été bafoués lors du vote de 2022. Ils n'ont pas pu examiner les preuves — principalement le rapport parlementaire accablant.
Malema a appelé à la démission immédiate. Le président a répondu : "Je respecte la décision judiciaire et je coopérerai pleinement avec les enquêteurs."
Des mots. Rien que des mots.
Une démocratie en sursis
L'Afrique du Sud est une démocratie. Fragile. La corruption y est systémique — Zuma l'a montré, Ramaphosa le confirme.
Le président a affirmé qu'il se tenait prêt à coopérer. Mais il n'a rien dit d'autre. Aucune explication sur les 3,5 millions de dollars d'écart entre les 4 millions volés et les 500 000 dollars déclarés. Aucun document sur la "vente de bétail" miraculeuse.
Les questions restent.
Qui a cambriolé la ferme ? Où est l'argent volé ? Pourquoi Ramaphosa a-t-il minimisé les faits ? Qui, dans l'ANC, a organisé le vote de 2022 pour bloquer la destitution ?
Les enquêteurs devront répondre.
Le contexte d'un scandale qui n'en finit pas
Le scandale de Phala Phala n'est pas un cas isolé. Jacob Zuma, le prédécesseur de Ramaphosa, a été condamné pour outrage à la cour en 2021. Il a passé quelques mois en prison. Mais il a été libéré pour raisons médicales — une décision controversée qui a déclenché des émeutes meurtrières.
Ramaphosa est arrivé au pouvoir en promettant de "nettoyer" l'État.
Aujourd'hui, il est dans le viseur de la justice.
Ce n'est pas une erreur de gestion. C'est un système. Et ce système a des noms : patronage, impunité, parti unique. L'ANC a contrôlé l'Afrique du Sud pendant trente ans. Les contre-pouvoirs existent — la Cour constitutionnelle le prouve — mais ils sont lents, fragiles, souvent bafoués.
La destitution de Ramaphosa serait une première historique. Un président sud-africain destitué pour corruption. Un symbole.
Mais rien n'est joué.
La suite : procédure, pression, incertitude
La Cour constitutionnelle ne destitue pas le président. Elle ouvre la voie. Le prochain vote aura lieu à l'Assemblée nationale. Sans majorité absolue pour l'ANC, l'opposition a une chance. Julius Malema pousse. Les députés de l'EFF, de l'Alliance démocratique et d'autres partis pourraient s'allier.
Mais il manque des voix. La majorité requise pour une destitution est des deux tiers. L'ANC conserve encore de nombreux sièges. Le parti pourrait négocier, faire des compromis, sauver son président.
Où est l'argent ?
Personne ne le sait. Les 4 millions de dollars sont peut-être dans un coffre suisse. Peut-être dans une opération immobilière. Peut-être dans la poche d'un intermédiaire. Le rapport parlementaire de 2022 n'a pas eu accès à tous les documents bancaires.
Les détails restent flous.
Un verdict qui dépasse les frontières
Ce scandale n'est pas qu'une affaire sud-africaine. Il touche à la confiance dans les institutions. Il démontre que la corruption peut toucher un président arrivé au pouvoir en champion de la transparence. Il montre aussi que la justice peut frapper — même quand le pouvoir politique tente de l'étouffer.
La Cour constitutionnelle sud-africaine a fait son travail. Elle a rappelé que personne n'est au-dessus de la loi. Pas même un président. Pas même celui qui promettait de "nettoyer" l'État.
Les prochains mois seront décisifs.
Cyril Ramaphosa devra répondre. Devant la justice, devant le Parlement, devant les électeurs.
L'Afrique du Sud regarde. Le monde regarde.
Et le bouclier, désormais, est en miettes.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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