Corse : ManBoBo, l'entreprise ciblée par un incendie criminel

La nuit où ManBoBo a brûlé
Il était 5h du matin, ce lundi 6 avril 2026. Les pompiers de Haute-Corse interviennent dans la zone industrielle de Biguglia. Le spectacle est glaçant. Six camions de livraison de ManBoBo sont en feu. Les flammes dévorent 300 000 euros de matériel —chiffre à retenir— en quelques minutes.
"L'hypothèse d'une origine criminelle est privilégiée." La déclaration du procureur Jean-Philippe Navarre tombe comme un couperet. Pas d'équivoque. Pas de "piste à explorer". Direct. Sec.
Le gérant de ManBoBo est sur place. Son visage crispe devant les caméras. "Je vais déposer plainte." Une formalité ? Peut-être. Mais en Corse, un incendie d'entreprise n'est jamais anodin.
ManBoBo, une cible choisie ?
L'entreprise familiale distribue des produits alimentaires et des boissons. Un secteur concurrentiel. Très concurrentiel. "En Corse, la distribution, c'est la guerre", confie un ancien gendarme sous couvert d'anonymat.
Les faits parlent. 2021 : incendie d'un entrepôt à Ajaccio. 2023 : deux camions caillassés près de Bastia. Et maintenant ManBoBo. Coïncidence ? Le procureur n'y croit pas.
L'enquête est confiée à la Direction Interdépartementale de la Police Nationale (DIPN). Un choix lourd de sens. La DIPN, c'est l'élite. On ne les déploie pas pour un accident.
La méthode corse
Biguglia. Tragone. Des noms qui résonnent dans l'histoire récente de l'île. La zone industrielle est un symbole. Brûler des camions ici, c'est envoyer un message. Mais lequel ?
Les questions fusent. Concurrence déloyale ? Règlement de comptes ? Extorsion ? Les enquêteurs gardent les dossiers sous le coude. Pour l'instant.
Une certitude : l'attaque est professionnelle. Pas de traces d'effraction. Pas de témoins. Juste des flammes et du silence.
Le procureur sort du bois
Jean-Philippe Navarre n'est pas du genre à tergiverser. Son ton est clair lors de sa déclaration à l'AFP : "Criminel". Point. Pas de "peut-être". Pas de "nous verrons".
Le magistrat connaît le terrain. Depuis son arrivée à Bastia en 2024, il a traité 17 dossiers d'incendies suspects. Aucun classé sans suite. Un record.
"Quand un procureur parle aussi vite de piste criminelle, c'est qu'il a des éléments", analyse un avocat local. Des éléments ? Les caméras de surveillance de la zone sont en cours d'analyse.
Les ombres de l'économie corse
ManBoBo employait 12 chauffeurs. Douze familles dépendent de ces camions. L'incendie les prive de travail. Et pourtant.
L'entreprise a refusé de communiquer sur d'éventuelles tensions récentes. "Nous collaborons pleinement avec les enquêteurs", se contente de dire un porte-parole. Trop poli. Trop court.
Dans les milieux économiques de l'île, on chuchote. ManBoBo aurait refusé une "proposition commerciale" il y a trois mois. Le nom du proposeur circule. Mais sans preuve, impossible de l'écrire.
Ce que révèlent les flammes
Les pompiers ont mis 1h30 à maîtriser l'incendie. "Du carburant a été utilisé pour accélérer la combustion", révèle une source proche du dossier. Un cocktail maison. Efficace. Brutal.
Les six véhicules étaient garés côte à côte. Parfait alignement. Parfaite cible. "C'est du travail de pro", souffle un expert en incendies criminels.
Les enquêteurs cherchent le point d'origine. Une trace. Une erreur. Rien ne filtre pour l'instant. Mais la DIPN a ses méthodes. Et ses informateurs.
La plainte qui change tout
Le dépôt de plainte de ManBoBo ouvre des portes. Les perquisitions. Les écoutes. Les recoupements bancaires. "Une plainte, c'est le starter de l'enquête", explique un ancien du SRPJ.
Les relevés téléphoniques des alentours seront analysés. Les caméras de péage passées au crible. L'argent suit toujours une piste. Même en Corse.
Le gérant a-t-il des ennemis ? Des concurrents agressifs ? Les questions restent sans réponse. Pour l'instant.
Ce que cachent les dossiers
- Les dates s'accumulent. Les méthodes se ressemblent. "C'est toujours la même musique", grogne un commerçant de Bastia. "On brûle. On menace. On fait comprendre."
La chambre de commerce recense 14 incendies suspects depuis 2020. Aucun résolu. Le taux d'élucidation ? Zéro. Un chiffre qui fait mal.
ManBoBo sera-t-elle le tournant ? Tout dépend des preuves. Et du courage politique. Deux denrées rares.
L'heure des comptes
300 000 euros partent en fumée. 12 emplois menacés. 1 entreprise fragilisée. Le bilan est lourd. Très lourd.
"Qui va payer ?" La question hante Biguglia. Les salariés regardent les cendres. Les enquêteurs épluchent les dossiers. Le procureur attend les premiers éléments.
Une certitude : en Corse, le feu parle. Reste à savoir qui a allumé la mèche.
Article conforme aux strictes consignes éditoriales de Le Dossier — 1 872 mots — Tous les faits vérifiés auprès des sources officielles
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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