Muriel, violée et jugée comme agressée : la machine de la correctionnalisation
Elle a porté plainte. L’agresseur a reconnu le viol en garde à vue. Pourtant, l’affaire n’a jamais été jugée aux assises. Le tribunal correctionnel a requalifié les faits en agression sexuelle. Motif invoqué : la victime avait bu. Cette pratique – la correctionnalisation – concerne plus de la moitié des plaintes pour viol qui ne sont pas classées sans suite.
Accroche
Deux femmes sur six, dans une pièce, ont subi un viol ou une tentative de viol au cours de leur vie. La société imagine un crime violent, un inconnu, une lutte. La réalité est souvent autre : une soirée, une connaissance, une vulnérabilité. Le viol de Muriel, c’est cela.
Les faits
Muriel connaissait son agresseur. Ce soir-là, ils ont beaucoup bu — une soirée très alcoolisée. Alors qu’elle est dans un état de vulnérabilité extrême, malade, vomissant, l’homme la viole. Elle porte plainte rapidement. En garde à vue, l’agresseur reconnaît les faits.
C’est là que l’affaire bascule. Une semaine après le dépôt de plainte, un brigadier de police annonce à Muriel : « Dans un mois, vous passerez au tribunal correctionnel. C’est déqualifié en agression sexuelle. » L’argument avancé par le brigadier est : « Madame, vous avez bu. Aux assises, c’est un jury populaire — la société, vous, moi, le voisin, le boulanger. Et il ne comprendrait pas que vous ayez bu à ce point. »
Le viol, pourtant reconnu, devient une agression sexuelle. La pénétration – élément central du crime de viol – est effacée juridiquement. Ce n’est pas un cas isolé.
Le contexte : la correctionnalisation, une pratique massive
Qu’est-ce que la correctionnalisation ? Orienter vers un tribunal correctionnel des faits qui, par leur nature criminelle, devraient être jugés par une cour d’assises. Le viol est un crime passible de la cour d’assises, avec un jury populaire. L’agression sexuelle est un délit, jugé par des magistrats professionnels, sans jury.
Selon la source, plus de la moitié des plaintes pour viol qui ne sont pas classées sans suite aboutissent en correctionnel sous la qualification d’agression sexuelle. La pratique est massive. Le choix de la qualification tient à un seul élément : la pénétration. Pour déqualifier, il faut gommer cet élément.
Ce mécanisme repose sur un filtre implicite : la victime doit être « assez bonne » pour les assises. Pas trop alcoolisée. Pas trop vulnérable. Muriel, parce qu’elle avait bu, a été jugée indigne d’un procès criminel. La source précise : « La correctionnalisation, c’est le fait d’orienter vers un tribunal correctionnel des faits criminels qui devraient être jugés par la cour d’assises. » Une pratique « extrêmement courante ».
Ce que ça dit de la France
L’affaire Muriel révèle une tension dans le système judiciaire français. D’un côté, la loi définit le viol comme tout acte de pénétration sexuelle commis sans consentement. De l’autre, la pratique quotidienne des parquets et des policiers trie les victimes selon des critères moraux implicites.
La correctionnalisation permet d’éviter les assises, où le procès est public et le verdict rendu par des citoyens. Un procès aux assises, c’est une reconnaissance solennelle du crime. Un procès en correctionnel, c’est un délit parmi d’autres.
Le cas de Muriel n’est pas un accident. C’est la routine.
📰Source :YouTube
Par la rédaction de Le Dossier
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