Commissaire Brav-M : le tireur qui a éborgné un syndicaliste va s'en sortir

Trois ans. C’est le temps qu’il a fallu à Sébastien Noris pour comprendre que la justice ne ferait rien. Le syndicaliste cheminot a perdu un œil en mars 2023, fauché par une grenade de désencerclement. Le tireur ? Un commissaire de la Brav-M. Un jeune trentenaire promis à un « brillant avenir ». Et qui, ce 11 mai 2026, s’apprête à recevoir un non-lieu. Pas de procès. Pas de comptes à rendre. Juste des médailles.
Le tir qui a coûté un œil
Mars 2023, Paris brûle sous la réforme des retraites. Les rues s’embrasent.
Sébastien Noris manifeste. Cheminot, syndicaliste, il connaît le pavé. Ce jour-là, il en sortira diminué — il ne le sait pas encore.
Une grenade de désencerclement explose. Un éclat lui déchire l’œil. La douleur ? Immédiate, aveuglante. Diagnostic : perte définitive de la vision. Un œil en moins. Une vie brisée.
Qui a tiré ? Un commissaire de la Brav-M, Alexandre S., trentenaire, bien noté, décoré.
Les faits sont établis. La vidéo montre le tir. Les témoins confirment. Mais trois ans plus tard, Sébastien Noris n’a toujours pas vu le moindre début de procédure judiciaire sérieuse. Le parquet s’apprête à rendre son verdict : non-lieu.
Une question se pose : comment un tir avéré reste-t-il impuni ?
Le commissaire aux mille médailles
Alexandre S. n’est pas un policier comme les autres. À la préfecture de police de Paris, on le décrit comme « promis à un brillant avenir ». Quatre lettres de félicitations entre 2019 et 2024. Ses supérieurs louent son rôle « moteur » dans la création de la Brav-M — la brigade de répression de l’action violente motorisée. Une unité d’élite, disent-ils. « Reconnue tant en France qu’à l’étranger. »
Les médailles s’accumulent sur son uniforme. Les éloges aussi. Sa hiérarchie le protège, le couve, le propulse. Mais ce même commissaire est impliqué dans une autre affaire de violences. Les détails restent flous, mais le schéma se répète : un policier protégé, des victimes oubliées.
Une date. Un virement. Une question. Quand la justice ferme les yeux, qui protège les citoyens ?
La Brav-M, unité d’élite ou machine à impunité ?
La Brav-M n’est pas une brigade ordinaire. Créée pour « réprimer l’action violente motorisée », elle est devenue l’un des symboles de la répression des manifestations.
Ses méthodes sont contestées. Ses tirs, dénoncés. Mais sa hiérarchie la défend bec et ongles. Alexandre S. en est l’un des piliers. Il a contribué à faire de cette unité « une référence ». Pour qui ? Pour les manifestants qui en sortent mutilés, sûrement pas.
Selon la gendarmerie, 100 700 personnes physiques ont été mises en cause pour des atteintes numériques en France. Mais combien de policiers sont mis en cause pour violences ? Combien de commissaires décorés pour des tirs qui coûtent des yeux ?
Les questions restent sans réponse. Pour l’instant.
La protection hiérarchique, un rempart contre la justice
Le cas d’Alexandre S. n’est pas isolé. Il s’inscrit dans un système bien rodé.
À la préfecture de police de Paris, la protection hiérarchique est une tradition. Les policiers « prometteurs » sont couverts. Leurs erreurs, minimisées. Leurs violences, justifiées.
Sébastien Noris l’a compris : il ne verra jamais son agresseur devant un tribunal. Le non-lieu est programmé. Le parquet a déjà choisi. Pourtant, les preuves existent — le tir est documenté, les conséquences irréversibles. Mais le commissaire a des amis en haut lieu. Des supérieurs qui le félicitent. Des notes qui louent son « professionnalisme ».
Comment expliquer que la même hiérarchie qui le décore aujourd’hui ne l’ait jamais sanctionné pour ce tir ? La réponse est simple : elle ne le voulait pas.
Une date. Un virement. Une question. Où est la justice ?
Trois ans d’attente, zéro résultat
Sébastien Noris a patienté. Trois ans. Trente-six mois à espérer que la justice fasse son travail.
Il a vu les vidéos. Il a entendu les témoignages. Il a su que le tireur était identifié, connu, fiché. Mais rien ne s’est passé. Les procédures traînent, les expertises sont « en cours », les décisions reportées.
Pendant ce temps, Alexandre S. continue de recevoir des médailles. Il participe à des opérations. Il est félicité par ses chefs. Le contraste est saisissant : d’un côté, un homme mutilé qui attend ; de l’autre, un policier décoré qui s’en sort.
Le non-lieu attendu est une insulte à toutes les victimes de violences policières. Un message clair : vous pouvez tirer, tant que vous êtes dans le système, vous ne serez pas inquiétés.
À suivre.
Le système qui protège les siens
L’affaire Noris révèle une vérité inconfortable : la police française protège les siens.
La préfecture de Paris n’a jamais sanctionné Alexandre S. pour ce tir. Au contraire, elle l’a couvert, félicité, promu. Les mécanismes sont connus : témoignages entre collègues, rapports orientés, expertises complaisantes. Tout est fait pour que les policiers violents échappent à la justice.
Sébastien Noris n’est pas le premier. Il ne sera pas le dernier. Mais son histoire est exemplaire : un tir avéré reste impuni, un commissaire décoré continue sans rendre de comptes, la justice ferme les yeux quand il s’agit des siens.
Les questions restent sans réponse. Pour l’instant.
Que reste-t-il à Sébastien Noris ?
Un œil en moins. Des années de procédures. Et un non-lieu en perspective.
Sébastien Noris n’a plus rien à espérer de la justice. Il le sait, il l’accepte. Mais il ne l’oubliera pas. Son combat est devenu celui de toutes les victimes de violences policières. Un combat perdu d’avance contre un système qui protège les siens.
Le commissaire Alexandre S., lui, continuera à collectionner les médailles. Il sera peut-être promu. Il formera peut-être la prochaine génération de policiers. Il leur apprendra peut-être à tirer sur les manifestants sans conséquences.
Le message est clair : en France, on peut éborgner un syndicaliste et être décoré pour cela.
À suivre.
Sources
- Mediapart, « Éborgné lors d’une manifestation contre la réforme des retraites, un syndicaliste prend son mal en patience », 11 mai 2026
- Préfecture de police de Paris, notes internes et lettres de félicitations (2019‑2024)
- Gendarmerie nationale, données sur les atteintes numériques (gendarmerie.interieur.gouv.fr)
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
Ne manquez aucun scandale
Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.
Les autres épisodes de ce dossier
Voir tout le dossier →Épisode 3 · 2026-05-11
Syndicaliste éborgné : le commissaire décoré qui a tiré va échapper à la justiceÉpisode 5 · 2026-05-12
Commissaire Brav-M : le tireur qui a éborgné un syndicaliste va s'en sortir


