LE DOSSIER
LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

Société

Coiffeuses sans papiers : Exploitation et traite humaine à Paris

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-03-31
Illustration: Coiffeuses sans papiers : Exploitation et traite humaine à Paris
© YouTube

Treize femmes. Des mois sans salaire. Des journées de 14 heures sans pause. Des produits toxiques. Et un patron accusé de traite des êtres humains. À Paris, dans le quartier Château d’eau, des coiffeuses sans papiers se battent contre un système d’exploitation qui profite de leur précarité. Leur grève, entamée le 3 mars 2026, dure depuis 23 jours. Occupation du salon, soutien syndical et accusations graves : leur combat met en lumière les pratiques illégales qui gangrènent certains secteurs de la capitale.

Un système d’exploitation organisé

Depuis août 2025, elles n’ont pas vu un centime. "Pas de salaire depuis le mois d’août. Comment on fait pour vivre ?", interroge Coco Dosso, l’une des grévistes. Leur patron leur réclamait 250 euros par mois pour des fiches de paye fictives. "Nous avons payé ça pendant cinq ans", explique-t-elle. Un montant total de 12 000 euros extorqué à chaque employée. Et ce n’est que le début.

Les journées commencent à 8h30 et se terminent à 22h. Sans pause déjeuner. Les produits chimiques utilisés provoquent vertiges, migraines et maladies respiratoires. Des coiffeuses ont travaillé jusqu’au dernier jour de leur grossesse, exposées à ces substances toxiques. "On était dans des conditions très compliquées", témoigne Coco.

Pourquoi ces femmes ont-elles accepté de telles conditions ? Parce qu’elles espéraient obtenir des papiers. Leur patron leur promettait des fiches de paye pour accéder à la régularisation. Promesses jamais tenues. "Il nous disait que si on travaillait plus, ça allait nous permettre d’avoir un titre de séjour", raconte Coco. Résultat : elles ont trimaillé pendant des années, sans rémunération ni droit.

Une grève historique soutenue par la CGT

Le 3 mars 2026, elles ont décidé de dire stop. Soutenues par la CGT, elles ont occupé leur salon de coiffure. Une première dans ce quartier connu pour ses salons tenus par des travailleurs sans papiers. "Nous sommes au 23e jour de grève", annonce fièrement Coco.

Leur combat ne se limite pas à leur cas. Il révèle un système d’exploitation organisé. "Ces patrons se sont rendus coupables de traite des êtres humains", dénonce Adelle Télès, représentante de la CGT Paris. Les faits sont accablants : salaires impayés, heures supplémentaires non rémunérées, absence de congés maternité, extorsion d’argent.

Leur patron a tenté de les intimider. Il est venu au salon pour enlever les scotches placés sur les caméras de surveillance. Ces mêmes caméras qu’il utilisait pour espionner ses employées. "Quand tu ne venais pas à l’heure, il t’appelait, il te menaçait", raconte Coco. Ces vidéos, utilisées illégalement pour contrôler les salariées, se retournent désormais contre lui. Elles serviront de preuves pour leur régularisation.

Un combat pour la dignité et la justice

Leur grève a déjà fait bouger les lignes. Un rendez-vous est prévu au tribunal pour décider de la liquidation ou du redressement de l’entreprise. Un autre a été obtenu à la préfecture pour leur régularisation. Mais le chemin est encore long.

Leur priorité ? Obtenir leur salaire impayé et leurs papiers. "On attend d’être remboursé des 250 euros qu’on a payés illégalement pendant cinq ans", explique Coco. Elles réclament également le paiement de leurs heures supplémentaires, de leurs congés maternité et de leurs jours de repos non pris.

Leur combat dépasse leur cas individuel. Il met en lumière les conditions de travail des sans-papiers en France. "Ce ne sont pas des cas isolés", insiste Adelle Télès. Des situations similaires existent dans les chantiers, les restaurants, les champs agricoles. L’État ferme les yeux, facilitant ainsi l’exploitation de ces travailleurs.

Un appel à la solidarité

Leur lutte a mobilisé une large solidarité. Des habitants du quartier, des associations, des militants viennent quotidiennement les soutenir. Une caisse de grève a été mise en place pour les aider à tenir. "Elles vont gagner cette grève", affirme Adelle. Mais pour cela, elles ont besoin de soutien financier. Les loyers, les factures et les repas doivent être payés.

Leur combat est historique. Il rappelle celui des coiffeuses de Strasbourg en 2010, qui avaient également dénoncé des pratiques d’exploitation. Mais la situation reste désastreuse pour les travailleurs sans papiers en France. "Ces patrons abusent parce qu’on est sans papiers", résume Coco.

Leur grève est un appel à la justice et à la dignité. Elle révèle les mécanismes d’un système d’exploitation organisé, qui profite de la précarité administrative. "Ces patrons se rendent coupables de traite des êtres humains", répète Adelle Télès. Leur combat est celui de tous les travailleurs sans papiers en France. L’enquête continue. À suivre.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Sur le même sujet