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CNews : Ferrari et Praud piégés par leur propre mensonge à l'Assemblée

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-05
Illustration: CNews : Ferrari et Praud piégés par leur propre mensonge à l'Assemblée
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La question qui tue — « Est-ce que vous saviez que c'était faux ? »

27 avril 2026. La commission d'enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public adopte son rapport. (Assemblée nationale) Cinq jours plus tard, le texte est rendu public. Mais l'audition la plus explosive a eu lieu avant : celle de Laurence Ferrari et Pascal Praud.

Le rapporteur, Charles Alloncle, député UDR (Union des droites pour la République, alliée au RN), ne cache pas son agacement. Il cite Ferrari : « Vous avez déclaré c'est un régime dérogatoire, un régime d'exception pour nous. Tant nous incarnons une liberté de ton, blabla... » Puis il cite Praud : « Aucun autre média évidemment n'est soumis à cette même jurisprudence. » Et il lance : « Vous saviez à l'époque que c'était faux. »

La question tombe, directe. Sans échappatoire.

Laurence Ferrari tente de s'en sortir : « Dans un premier temps, effectivement, nous pensions que c'était uniquement dédié à CNews. » Elle parle d'une « difficulté pour l'ARCOM d'étiqueter politiquement qui compte s'exprimer sur nos plateaux ». Mais le rapporteur insiste : « Répondez à la question s'il vous plaît madame. Est-ce que vous saviez en disant c'est un régime d'exception, un régime dérogatoire ? Est-ce que vous saviez en le disant que c'était faux ? »

Silence. Puis une tentative de noyer le poisson.

Pascal Praud, interrogé à son tour, se retranche derrière une évidence : « Tout le monde a bien compris que derrière cette décision du Conseil d'État, ça concernera évidemment tous les médias, mais que celui qui est précisément ciblé, c'est CNews. » Il admet donc que la décision est générale, mais persiste à dire que CNews est « ciblé ». Un sophisme.

Regardons les faits. La jurisprudence du Conseil d'État sur le pluralisme et la liberté d'expression s'applique à tous les médias, pas seulement à CNews. (source : Conseil d'État) Le rapporteur le leur rappelle froidement. Il a les textes. Il a les précédents. Les deux journalistes vedettes ne peuvent pas répondre sans s'incriminer.

Alors ils noient. Ferrari évoque le « blabla », Praud parle du « contexte ». Mais la machine à déminer ne prend pas.

C'est Jean-Christophe Thierry, directeur général de CNews, qui tente de sauver les meubles : « La question que vous posez à Pascal Praud et à Laurence Ferrari, il faut la poser à quasiment tous les journalistes de ce pays parce que c'est la présentation qui a été faite partout. » Le rapporteur rétorque : « Je suis en plein accord avec vous. Ça n'est pas la réalité. C'est dommage que vous n'ayez pas pris le temps de discuter avec l'équipe juridique du groupe pour éviter ce genre d'erreur parce que là on est dans un cadre de fausse information. »

La phrase claque. Le rapporteur vient de qualifier la déclaration de Ferrari et Praud de « fausse information ». L'enquête continue. Et cette fausse information n'est pas un détail : elle a été reprise en boucle par les téléspectateurs de CNews. Des millions de personnes ont entendu que CNews était la seule visée par une « exception » — alors que la décision concernait tout le paysage médiatique. Pourquoi ce mensonge ? Pour se victimiser. Pour renforcer le récit de « chaîne persécutée ». Pour exciter sa base. Mais devant la loi, ça ne tient pas.

Une date. Un virement. Une question. Ici, ce n'est pas un virement, c'est une déclaration publique faite sous serment devant des parlementaires. Les conséquences ? Elles pourraient être lourdes : l'ARCOM pourrait saisir la justice pour faux témoignage — ou du moins pour manquement à l'obligation d'honnêteté des journalistes. (source : analyse juridique – l'article 441-1 du Code pénal réprime le faux témoignage devant une commission d'enquête)

Quand les chroniqueurs de CNews eux-mêmes la qualifient de « chaîne d'opinion » — la contradiction interne

Le rapporteur ne s'arrête pas là. Il sort une autre munition. Il interroge monsieur Nedjar, responsable de l'information chez CNews : « Comment expliquez-vous que sur CNews des intervenants plus ou moins réguliers puissent dire, je cite, monsieur Bigot, 15 mars 2023 : "ici sur CNews, on est dans un microclimat, on sait bien à qui appartient la chaîne. Une bourgeoisie qui reste patriote." »

Il continue : « Monsieur Jacobelli, mon collègue, en juillet 2023 : "Qu'il y ait des médias d'opinion, CNews clairement a des orientations qu'on peut deviner mais c'est une chaîne privée." » Et enfin Vincent Hervouet, 17 janvier 2023 : « Ici sur CNews, on est dans une chaîne d'opinion. »

Trois figures récurrentes de CNews. Trois déclarations. Toutes disent la même chose : CNews est une chaîne d'opinion. Pourtant, la direction de CNews — Thierry en tête — affirme le contraire : « Nous revendiquons être une chaîne de toutes les opinions. » Une nuance sémantique. Mais le problème, c'est que ces mêmes invités, qui viennent régulièrement, ne se privent pas de dire le contraire. Comment expliquer que des éditorialistes comme Bigot, Jacobelli ou Hervouet pensent être dans une chaîne d'opinion ? Nedjar répond : « On a créé une chaîne de décryptage. Chaque information devait être expliquée, analysée, avec de la hauteur. » Il ajoute : « Je ne peux pas empêcher tel ou tel invité de dire telle ou telle chose. Monsieur Bigot n'est pas un journaliste de chez nous, c'est un éditorialiste. Dès lors qu'il n'utilise pas des termes outranciers, il peut dire ce qu'il veut. »

Une réponse qui nie la responsabilité éditoriale. Si un invité vient dix fois par mois et répète que la chaîne est d'opinion, c'est soit la chaîne qui assume cette ligne, soit la direction qui laisse faire. Dans les deux cas, c'est une position.

Et ce n'est pas qu'une question de vocabulaire. Le statut de « chaîne d'information » impose des obligations de neutralité, de pluralisme, de vérification des faits. Le statut de « chaîne d'opinion » permet plus de liberté éditoriale — mais n'est pas prévu par la loi française. L'ARCOM distingue les chaînes info (comme BFM, France Info, CNews) et les chaînes généralistes ou thématiques. CNews a une convention de « chaîne d'information en continu ». Si elle est en réalité une chaîne d'opinion, elle ment sur sa nature. Cela pourrait entraîner des sanctions : mise en demeure, suspension, voire retrait de fréquence.

Bigot, Jacobelli, Hervouet : trois noms, trois dates, trois preuves. Le rapporteur les a cités. La direction de CNews n'a pas su répondre autrement que par des généralités.

Pascal Praud tente une contre-attaque : « Une information de qualité, c'est une information vérifiée et recoupée pour alimenter nos débats. » Il explique qu'il préfère être en retard sur une information que de diffuser une fausse. Il prend l'exemple de l'expulsion de l'imam Mahjoub Mahjoubi (source : dépêches AFP) : « Je vois l'information ailleurs, mais j'attends le fil WhatsApp pour vérifier avant de la donner. » Un discours qui sonne bien. Mais est-il crédible ? Si Praud et Ferrari ont sciemment affirmé que le Conseil d'État avait créé un « régime d'exception » pour CNews — sans vérifier que c'était faux — alors cette rigueur n'est que de façade. L'enquête continue. L'ARCOM devra trancher.

Le logo retourné : une prise de position politique qui défie l'Arcom

Autre point chaud : le fameux logo de CNews retourné en solidarité avec les agriculteurs en colère. Le rapporteur interroge Nedjar : « En solidarité avec le mouvement des agriculteurs, votre chaîne a décidé d'arborer un logo renversé. Est-ce une information ou une prise de position ? »

Nedjar répond avec une histoire touchante : « Aucun média n'avait pris la mesure de ce qui pouvait se passer. Nous avons été contactés très tôt par de jeunes agriculteurs que personne n'écoutait. Nous avons retourné une journée ce logo. Dès lors que ce mouvement a pris forme, plus syndicalisé, nous l'avons remis en place. C'est un cri du cœur, comme on peut en avoir pour les campagnes contre le sida, contre la mucoviscidose. »

L'argument est habile. Mais il ne tient pas juridiquement. Le logo d'une chaîne d'information doit rester neutre. Retourner son logo pour soutenir un mouvement de protestation — quelle que soit la cause — est une violation des obligations d'impartialité. L'Arcom s'est saisie de l'affaire. (source : Le Monde) La décision n'est pas encore tombée, mais les précédents sont clairs : une chaîne info ne peut pas prendre position collectivement. Si l'Arcom condamne CNews pour ce logo, cela s'ajoutera aux nombreux contentieux. Et en cas de récidive, la sanction peut aller jusqu'au retrait de la fréquence.

Ce n'est pas un « cri du cœur ». C'est un signe politique. Et les téléspectateurs ne s'y trompent pas. CNews se positionne comme la chaîne « qui défend les Français contre le système ». Mais cela a un prix : l'abandon de la neutralité. Le rapporteur le rappelle : « Le fait est que la question va être de savoir si c'est légal ou si c'est conforme à vos conventions. De fait, je crois que ça ne l'est pas. »

Une prédiction ? Un avertissement ? Peu importe. Le dossier est sur le bureau de l'Arcom

📰Source :youtube.com

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