« Ce n’est pas du climato-scepticisme » – Sébastien Chenu rattrapé par les contradictions du RN

« C’est le début de l’été, il fait chaud, c’est tout à fait normal. » Ces mots, Julien Odoul les a prononcés le 25 juin 2019 sur LCI. En pleine canicule. Sébastien Chenu les a entendus. Et il les a défendus.
Invitée de France Inter, le vice-président du Rassemblement national a tenté de normaliser cette déclaration. Il a nié qu’il s’agissait de climato-scepticisme.
Regardons les faits.
La charge de Julien Odoul : « le réchauffement islamiste »
Benjamin Duhamel ne laisse rien passer. Il cite l’extrait de 2019. Julien Odoul, en pleine vague de chaleur, balance : « Nous sommes fin juin, c’est le début de l’été. Il fait chaud, c’est tout à fait normal. On a une communication hystérique qui vise à faire peur aux Français. Moi, je préférerais que le gouvernement s’intéresse à d’autres sujets, comme le réchauffement islamiste. »
Le terme est lâché. « Réchauffement islamiste ». Chenu ne bronche pas.
— Ça s’appelle comment, si ce n’est pas une forme de climato-scepticisme ? demande Duhamel. — Non, ce n’est pas ça du climato-scepticisme, répond Chenu. Le climato-scepticisme, ce serait remettre en cause les analyses scientifiques. Ce n’est pas ce que dit Julien Odoul. Il dit que souvent ces données ont été utilisées politiquement.
La réponse est habile. Mais elle esquive le fond. Odoul a bien dit qu’il faisait « tout à fait normal » pendant une canicule. Nier que cela traduit une mauvaise prise en compte du réchauffement, c’est jouer sur les mots. Chenu ajoute que « regarder les choses par le petit bout de la lorgnette n’est pas à la hauteur du débat ». Mais ce « petit bout » était celui de son propre collègue.
Quand le RN traitait le GIEC d’« ayatollahs verts »
Duhamel rappelle que des membres du parti ont qualifié les experts du GIEC de « propagandistes » et d’« ayatollahs verts ». Chenu reconnaît ces termes, sans les citer : « On vient d’entendre ce qu’a pu dire Julien Odoul, encore une fois je ne vais pas citer la litanie des qualificatifs utilisés pour parler du GIEC. »
Une litanie, dit-il. Il ne la répète pas. Mais elle existe.
Le député RN Thomas Ménagé a accusé le GIEC d’« exagérer » sur le climat. Le parti a changé de discours en surface. Il reconnaît désormais le consensus scientifique. Mais les vieux réflexes persistent.
Chenu tente de sauver la face : « Nous ne remettons pas en cause les analyses du GIEC quant au réchauffement climatique. » Il ajoute qu’« il y a débat au sein du GIEC sur les solutions », citant François Gemmène, un responsable de groupe de travail. « La climatisation, c’est un débat », insiste Chenu.
Ce débat n’est pas un déni. C’est une nuance que le RN instrumentalise.
Un plan climatisation, une contradiction nommée Louis Aliot
Au cœur de l’interview, une proposition choc du RN : un plan massif de climatisation sur dix ans, présenté par Jean-Philippe Tanguy. Duhamel ne se contente pas de l’énoncé. Il demande : « Vos maires RN élus en 2014 ou 2020 ont-ils installé la clim dans leur commune ? »
Chenu esquive. « Je suis incapable de vous dire », répond-il. Il cite le maire de Carpentras, mais sans preuve. Puis il attaque : « Beaucoup de collectivités ne l’ont pas fait parce qu’elles ne sont pas aidées. »
Alors Duhamel sort une citation. Une phrase que Chenu ne reconnaît pas d’abord. « Ouvrez les guillemets. Sur cette question de la climatisation, les avis sont partagés. Certains la réclament, d’autres non, quand d’autres encore questionnent le coût énergétique. » Qui a parlé ? « C’est Louis Aliot, maire RN de Perpignan, en septembre 2025. »
Louis Aliot, figure du parti, maire d’une grande ville, doute publiquement du coût énergétique de la climatisation. Pendant que le RN propose un plan national, son propre élu local freine. La contradiction est flagrante.
Chenu tente de sauver les meubles : « Il y a le fond et la forme. Sur le fond, il y a débat, même au GIEC. » Mais le fond, justement, c’est que le RN n’a pas une ligne claire. Où est la cohérence ?
« Pas de capitaine à bord » : Chenu attaque le gouvernement
Le vice-président du RN change de cible. Il critique l’État pour son manque d’impulsion écologique. « Il n’y a pas de capitaine à bord en matière d’écologie », assène-t-il. Il cite le maire de Nice, Éric Ciotti (UDR), qui a lancé un plan de climatisation des écoles pour 2027. « Cela n’avait pas été fait par Christian Estrosi », dit Chenu. L’attaque vise l’ancien maire LR, mais aussi, implicitement, le gouvernement.
Il reprend les propos du Premier ministre du jour, qui annonce un plan « hors sec ». « Très bien, mais demain, c’est-à-dire que l’anticipation devrait venir d’en haut », ironise Chenu.
La stratégie est rodée : plutôt que de répondre sur les contradictions internes, on renvoie la balle à l’exécutif. Duhamel ne se laisse pas déstabiliser. Il rappelle que la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, était sur le plateau la semaine précédente.
— Est-ce que ce ne serait pas plus simple d’assumer une forme d’agenramento politique ? demande le journaliste. — Non, répond Chenu. Ceux qui devraient reconnaître s’être trompés, ce sont ceux qui font croire aux Français que la France est très coupable.
La France, rappelle-t-il, émet 1% des gaz à effet de serre mondiaux, et 50% de son CO₂ vient des importations.
Un parti en pleine guerre de succession
L’interview se termine sur le duel attendu pour la candidature RN à la présidentielle. Marine Le Pen ou Jordan Bardella ? Le choix doit être fait dans la semaine. Chenu, fidèle au parti, refuse de critiquer Bardella. « Pour la mission qui est la sienne, il a plutôt les qualités », dit-il. « Pas de défaut particulier à lui trouver. »
Une réponse prudente. Mais qui révèle les tensions internes.
Comment un parti peut-il prôner un plan national de climatisation quand son propre maire doute du coût énergétique ? Comment peut-il nier le climato-scepticisme après des déclarations hostiles au GIEC ?
Sébastien Chenu a répété que le RN n’était pas climato-sceptique. Mais les citations et les contradictions de ses collègues disent le contraire. Julien Odoul trouvait « tout à fait normal » qu’il fasse chaud en juin. Ce n’est pas du climato-scepticisme, dit Chenu. Alors, comment appeler cela ?
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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