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Euthanasie : la France rattrapée par ses contradictions

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-08-03
Illustration: Euthanasie : la France rattrapée par ses contradictions
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291 voix pour, 241 contre, 29 abstentions. Le 30 juin 2026, l'Assemblée nationale adoptait définitivement la loi légalisant l'euthanasie et le suicide assisté. Le député Patrick Hetzel la qualifie sans détour de « plus permissive au monde ». Même jour : Sébastien Lecornu annonce qu'il saisira le Conseil constitutionnel. Grand écart qui interroge. Et dans le même temps, l'archevêque de Paris et celui de Poitiers reçoivent la Légion d'honneur. Le contribuable, lui, paie. Commençons par le commencement.

La loi la plus permissive au monde

Hetzel ne mâche pas ses mots : « Dès le départ, elle ouvre la porte non seulement au suicide assisté, mais aussi à l'euthanasie. » Il s'exprime dans Terre de Mission. Le texte instaure un droit opposable à l'aide à mourir. Un droit que n'ont pas les soins palliatifs. Ironie — ou logicide.

Les promoteurs promettaient un cadre strict pour une poignée de patients en souffrance irréfragable. Résultat : le pronostic vital n'a même plus besoin d'être engagé à court terme. Le glissement est inscrit dans la loi. Les chiffres ne mentent pas : en Belgique, 90 % des étrangers ayant recours à l'euthanasie sont Français — 110 personnes sur un total de près de 4 000 (source : 20 Minutes). La France exportait déjà ses malades. Désormais, elle les euthanasiera elle-même.

Hetzel soulève quatre vices constitutionnels majeurs. D'abord, l'effectivité du recours : il est prévu a posteriori. Problème : « on ne peut pas revenir à l'état antérieur », dit-il. Logique imparable. Ensuite, la protection des majeurs protégés : le juge est écarté au profit du médecin, qui n'a même pas accès au dossier juridique. Troisièmement, la liberté des établissements fondés sur des convictions — les Petites Sœurs des Pauvres, Jeanne-Garnier, et autres. L'IVG bénéficie déjà d'une exception dans le code de santé publique. Pourquoi pas eux ? Enfin, le principe de fraternité. Le Conseil constitutionnel lui-même l'a défini comme un devoir d'aide et d'assistance. Or ce texte transforme l'aide en acte létal. Le bât blesse.

« Aujourd'hui, ne pas porter secours à quelqu'un qui veut se suicider peut vous valoir une condamnation », rappelle Hetzel. Demain, ce sera un droit. Contradiction parfaite.

Le grand écart de Sébastien Lecornu

Voici ce que personne ne vous dit. Le Premier ministre a tout fait pour accélérer le processus. C'est lui qui a convoqué une commission mixte paritaire, lui qui a précipité la troisième lecture. Puis, le 14 juillet 2026, il publie un communiqué annonçant qu'il saisira le Conseil constitutionnel après le vote. « Un désaccord, sourd mais profond, au sommet de l’État » — résumait le Huffington Post.

Hetzel voit clair : « C'est une forme de en même temps. » D'un côté, Lecornu met le pied sur l'accélérateur. De l'autre, il tire le frein à main. Peut-être parce que des voix, comme celle de Mgr Rouger dans Le Figaro, lui ont rappelé ses promesses. « Il nous avait indiqué que certains éléments seraient garantis », a déclaré l'évêque. Résultat : trois points précis ont été soumis aux sages : la liberté des établissements religieux, la protection des majeurs, et la définition du soin. Problème : pendant les débats, les ministres présents au banc renvoyaient les opposants dans leurs cordes. « Circulez, il n'y a rien à voir », disaient-ils. Aujourd'hui, le Premier ministre reprend exactement leurs arguments. Schizophrénie politique.

Qui a signé le texte ? Lecornu lui-même. Ce n'est pas un simple calcul. C'est une fuite en avant. Le Conseil constitutionnel tranchera. Mais en attendant, la loi est adoptée.

Nommer des évêques pour faire passer la pilule ?

Le 14 juillet 2026, dans la même vague que le communiqué de Lecornu, Mgr Ulrich, archevêque de Paris, est promu officier de la Légion d'honneur. Mgr Beau, archevêque de Poitiers, devient chevalier. « La concordance des dates est troublante », admet Hetzel lui-même. Il ajoute : « Je n'établis pas forcément de lien… » Mais il le dit.

L'Église catholique s'est opposée frontalement à la loi. Le cardinal Aveline a pris position. Mgr Rouger a donné une interview au Figaro. Pourtant, la République récompense ses plus hauts représentants au moment même où le débat sur la fin de vie atteint son paroxysme. Hasard ? Calcul ? La question mérite d'être posée.

Hetzel rappelle que c'est une tradition républicaine — les autorités religieuses peuvent être décorées. Certes. Mais le timing sonne comme un pansement sur une jambe de bois. D'autant que la visite du pape est annoncée dans les semaines qui suivent la promulgation. « Tout cela envoie des messages brouillés aux catholiques de base », conclut le député.

Une chose est sûre : l'État n'hésite pas à honorer ceux qu'il combat sur le fond. La France sait faire preuve d'une élégance funèbre — elle décore les évêques tout en légalisant leur enterrement assisté.

Le silence assourdissant de la mutuelle

Autre point trouble : le soutien de la MGEN — Mutuelle Générale de l'Éducation Nationale — à la loi. « Des mutuelles nous ont envoyé des courriers en soutien », révèle Hetzel. « Cela m'a beaucoup troublé. » Il s'interroge : les cotisants de la MGEN ont-ils été consultés sur l'utilisation de leurs fonds pour faire campagne en faveur de l'euthanasie ? L'argent des profs, des fonctionnaires, sert-il à promouvoir la mort médicalisée ?

Le contribuable paie deux fois. Une fois via ses impôts qui financent la hausse des dépenses de fin de vie. Une fois via ses cotisations mutuelles qui militent pour y mettre un terme. Cycle parfait : on crée le problème — le coût des soins palliatifs — puis on propose la solution — l'euthanasie. Sans jamais poser la question de l'efficacité des soins palliatifs.

Les chiffres : la France prélève 45,4 % du PIB en impôts et cotisations, record mondial. Elle dépense 57 % du PIB en dépenses publiques. Pourtant, 40 % des Français jugent les services publics dégradés. Le dernier mois de vie coûte cher aux finances publiques. Alors on réduit la facture en supprimant le patient. Radical. Efficace. Et peut-être aussi une forme de calcul économique — sans skin in the game pour les bureaucrates.

Et maintenant ?

Le Conseil constitutionnel a été saisi par quatre voies : le Premier ministre, le président du Sénat, un groupe de sénateurs, et 60 députés coordonnés par Hetzel. Les sages devront se prononcer sur les vices de procédure et de fond. Leur décision est attendue d'ici la fin août 2026.

Si le Conseil censure, tout le processus parlementaire — plus d'un an de navette — pourrait être réduit à néant. Ou le gouvernement pourrait modifier le texte pour le rendre conforme. Dans tous les cas, le sujet ne disparaîtra pas. La France a créé un droit opposable. Le retirer serait politiquement délicat.

La leçon internationale est claire. La Slovénie avait légalisé le suicide assisté en juillet 2025. Mais en novembre, un référendum a rejeté la mise en œuvre de la loi par 53 % des votants. L'application est suspendue douze mois. Le peuple a dit non. En France, aucun référendum n'a eu lieu. La décision a été prise par 291 députés sur 577. C'est la démocratie représentative — ou son détournement.

Le débat sur la fin de vie révèle un malaise plus profond. La France ne construit plus, elle gère le déclin avec élégance. Elle décore les évêques tout en ouvrant la porte à l'euthanasie. Elle taxe lourdement mais offre des soins palliatifs sans droit opposable. Elle accélère le vote puis saisit le Conseil. Elle est prise dans ses propres contradictions.

Que faut-il surveiller ? La décision du Conseil constitutionnel, bien sûr. Mais aussi la réaction de l'Église, qui pourrait radicaliser sa position face à des nominations perçues comme une main tendue — ou une main forcée. Et surtout, la fuite des talents et des capitaux. Quand l'État devient donneur de mort, les entrepreneurs et les hauts revenus choisissent l'exil fiscal vers des pays où la vie est encore protégée. La Belgique, la Suisse, le Portugal accueillent déjà nos cerveaux. Bientôt, ils accueilleront nos malades.

Les chiffres ne mentent pas : 12 000 contribuables quittent la France chaque année pour ces destinations. La fuite est silencieuse. Elle est arithmétique. Et maintenant, elle a un visage — celui d'une loi qui transforme la mort en service public.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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