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Climat : le déni des politiques, le choix du capital

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-29
Illustration: Climat : le déni des politiques, le choix du capital
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Les politiques français ont-ils délibérément ignoré les alertes du GIEC ? Les faits s'accumulent. Depuis les années 1990 et le protocole de Kyoto, les scientifiques préviennent. Les canicules se succèdent — 2003, puis celles de l'été 2023 — avec leur lot de centaines de morts, d'incendies, de récoltes détruites. Pourtant, une large part du spectre politique a choisi le déni. Emmanuel Macron minimise. Marine Le Pen attaque. TotalEnergies investit massivement dans les énergies fossiles. Et la Commission européenne propose un cadeau fiscal de 8 milliards aux grandes entreprises. Le choix est clair : le capital avant le climat.

« Qui aurait pu prévoir le réchauffement climatique ? »

La phrase est d'Emmanuel Macron. Elle figure dans le débat analysé par Le Média. Un débat édifiant. Elle résume des décennies d'inaction. Le paléoclimatologue Jean Jouzel, ancien vice-président du GIEC, a dénoncé dans une tribune au Journal du Dimanche le manque de courage des responsables politiques. Depuis la canicule de 2003 — et ses 15 000 morts en France — les scientifiques n'ont cessé d'alerter. Les rapports du GIEC se sont succédé. Chaque fois, les mêmes conclusions — et les mêmes promesses non tenues.

Thomas, intervenant du débat, le dit : « Là, on a vu dans le débat politique qu'on avait l'impression que c'était quelque chose qui n'était pas prévisible. Alors qu'en réalité, il y a des scientifiques. » Il remonte au rapport Meadows sur les limites de la croissance. Il cite le protocole de Kyoto. Mais rien n'y fait. Les prévisions du GIEC se confirment année après année. Et pourtant, les politiques continuent comme si de rien n'était.

Marine Le Pen, de son côté, a qualifié le GIEC d'« inquiétant ». Le Rassemblement national s'est systématiquement opposé aux lois environnementales. Le parti, main dans la main avec les libéraux, a dénoncé une « inflation de normes ». Résultat : dès qu'il faut faire des réformes, l'écologie sert de variable d'ajustement. Après la crise de 2008, on a supprimé les subventions pour les panneaux solaires. On a vidé le fonds vert lors des derniers votes du budget. La rénovation des bâtiments — pourtant un investissement à fort multiplicateur — reste dans les cartons.

Le déni ne s'arrête pas aux extrêmes. Emmanuel Macron lui-même a déclaré qu'il fallait « alléger les normes environnementales » pour relancer la construction. Une décision qui a fait bondir les climatologues. « On est tout le temps dans la même problématique, explique Thomas : les entreprises veulent moins de réglementation. » Et les politiques obéissent.

TotalEnergies : douze projets, zéro remords

Les politiques parlent ? Les entreprises, elles, agissent. Et leurs actions vont à l'encontre de tout. Depuis le début de l'année, TotalEnergies a ouvert, exploré ou investi dans une douzaine de projets pétrogaziers. Le chiffre est pointé par Michael Coréa, un lanceur d'alerte suivi par Le Média. Une douzaine de projets, oui, vous avez bien lu. Alors que la planète brûle.

Les grandes compagnies pétrolières ont engrangé des profits records. Les actions ont grimpé. Les actionnaires se sont enrichis. Tout ça en jouant contre l'humanité entière. Le système économique, lui, ne prend pas en compte le réchauffement climatique. « Il le prend en compte dans deux pages de RSE avec du greenwashing », ironise Thomas. Mais concrètement, les énergies fossiles rapportent. Et les politiques les laissent faire.

La Commission européenne ne fait pas mieux. Selon le débat, elle propose un nouveau « cadeau fiscal » de 8 milliards aux grandes entreprises. Sous pression des lobbys états-uniens et alignée sur l'extrême droite du Parlement européen, elle multiplie les directives « omnibus » qui cassent ses propres règlements climatiques. « Chaque fois, ces reculs des protections et des droits se font au nom de la compétitivité et de la simplification », résume l'intervenante Lisa.

En France, même refrain. Après le sommet Choose France, le ministre de l'Économie — dont le nom n'est pas cité dans le débat — a expliqué qu'il fallait simplifier pour attirer les investisseurs. Traduction : lever les contraintes environnementales. « On est clairement en train de choisir le capital avant le climat », tranche Thomas.

Les riches polluent, les pauvres paient

Non, le réchauffement climatique n'est pas une fatalité tombée du ciel. Il a des responsables. Les 10 % les plus riches de la planète sont à l'origine des deux tiers des émissions mondiales. Le chiffre est dans le débat. Il est rarement mentionné dans les médias grand public. Pourtant, il change tout.

« Quand vous entendez à la télé — y compris sur le service public — des gens qui disent "la France n'est responsable que de 1 % des émissions", c'est trop facile », s'agace Thomas. Car ce chiffre occulte les émissions historiques et les importations. Les pays de l'OCDE, les plus riches, sont responsables des deux tiers des émissions de CO₂ depuis l'ère préindustrielle. La France se classe huitième. Le leadership qu'elle devrait prendre, elle ne le prend pas.

Le rapport Stern, publié il y a vingt ans, montrait déjà que l'inaction coûterait plus cher que l'action. Le rapport Pisani, plus récent, chiffrait les investissements nécessaires pour la transition écologique. Des dizaines de milliards. « Tous ces rapports n'ont pas été suivis », constate Thomas. « Donc on sait ce qu'il faut faire, on sait comment le faire, et ce qui manque, c'est le courage politique. »

Le courage politique. Voilà ce qui fait défaut. À la place, du blabla sur les réseaux sociaux. Des positions rapides qu'on oublie trois jours après. Et la Cour des comptes qui alerte sur le fardeau de la dette et le déficit. « Toujours les mêmes débats, s'agace Thomas. La dette un problème, le déficit un problème. Tout ça paralyse les gens et empêche de faire les investissements nécessaires. »

La climatisation, solution de façade

Face à la chaleur, les politiques ont trouvé une réponse : la climatisation. Sur les plateaux télé, le débat s'est réduit à « pour ou contre la clim ». Une absurdité. Car la climatisation n'est qu'une solution d'adaptation, pas d'atténuation. Et encore, à condition d'être intégrée dans un plan global.

« Mettre la clim partout, ce n'est pas possible, rappelle Thomas. Les champs agricoles, le bétail, ça ne se climatise pas. » Et dans les villes, les appareils individuels créent des îlots de chaleur. La cour intérieure d'un immeuble peut gagner trois à quatre degrés à cause des climatisations des commerces du rez-de-chaussée. Un non-sens.

Les bâtiments français, construits pour garder la chaleur, ne sont pas adaptés. À Lille ou à Paris, la climatisation n'avait pas lieu d'être il y a vingt ans. Aujourd'hui, elle devient nécessaire. Mais faute de rénovation, faute d'isolation, faute de volets et d'architecture adaptée, on bricole. « Les mêmes qui ont dit pendant des années qu'on n'avait pas d'argent, que les normes environnementales c'était du gauchisme, arrivent aujourd'hui en disant "la clim, c'est la seule solution" », dénonce Lisa.

Or, il existe d'autres solutions. Végétaliser les villes. Repenser le bâti. Rénover les 30 millions d'habitations que compte la France. Des solutions connues, qui créent des emplois non délocalisables, qui rapportent plus qu'elles ne coûtent. Mais qui nécessitent des investissements massifs et une planification. Exactement ce que les gouvernements successifs refusent de faire.

Jean Jouzel, dans sa tribune, redoutait ce scénario : une fois la vague de chaleur terminée, le problème est remis sous le tapis. « On va le redécouvrir l'année prochaine », prédit Thomas. Le cycle est immuable. Alerte. Promesses. Inaction. Canicule. Mort. Climatisation. Oubli. Puis retour à la case départ.

L'argent, le vrai problème

Au fond, tout est une question d'argent. Les politiques ont choisi le modèle capitaliste actuel. « Ce qui va rapporter de l'argent, c'est le pétrole, l'IA, le militaire, le spatial », liste Thomas. Pas la rénovation thermique, pas la végétalisation, pas l'isolation des logements.

Pourtant, les bénéfices économiques de la transition sont démontrés. Le rapport Stern l'a prouvé : investir un euro dans l'atténuation du réchauffement climatique rapporte plus d'un euro en recettes budgétaires. La rénovation crée des emplois locaux, non délocalisables, et réduit les dépenses de santé liées aux canicules. « On sait faire, insiste Thomas. Des villes comme Singapour l'ont fait. Mais on ne veut pas mettre l'argent. Pourquoi ? Parce que ce n'est pas capitaliste. »

Et pendant ce temps, des millions sont engloutis dans l'économie narrative de l'IA — qui, elle-même, contribue au réchauffement climatique. « Les grandes entreprises adorent miser tout sur l'effort individuel, explique Lisa. Achetez moins. Mangez moins. Prenez moins l'avion. Mais elles savent que ça ne fonctionne pas. » Les chiffres de l'obésité sont là pour le prouver : malgré des décennies de messages, les comportements ne changent pas. La solution ne peut être que collective.

La réindustrialisation, tant promise pendant le Covid, n'a pas eu lieu. Les produits sont fabriqués dans des pays aux normes sociales et environnementales dégradées, transportés par des cargos polluants, puis vendus à bas prix dans des magasins comme Shein. « Produire en France coûterait plus cher, mais permettrait de réduire les flux et de maîtriser la production, avec des salaires plus élevés, rappelle Thomas. Dans les années 1970, le pouvoir d'achat était meilleur et la production était majoritairement en France. »

Un cercle vertueux possible. Mais qui nécessite une rupture avec le modèle actuel. « Tant qu'il y aura des producteurs comme Shein, des subventions pour le pétrole et pas de distinction claire entre l'ancien et le nouveau monde, on ne sortira pas », conclut l'intervenant.

Des questions sans réponse

Le dossier n'est pas clos, loin de là. Les politiques français ont-ils vraiment pris la mesure du réchauffement climatique ? Les faits disent non. Les scientifiques alertent depuis trente ans. Les canicules tuent. Les incendies ravagent. Les récoltes pourrissent. Et pourtant, les décisions prises — ou non prises — vont dans le sens contraire.

Jean Jouzel, dans sa tribune, a osé s'exprimer politiquement. Un geste rare pour un scientifique. « Les scientifiques ont pris leur part de risque, souligne Thomas. Ils sont allés sur les plateaux. Ils ont alerté massivement. Personne ne les a écoutés. » Les questions restent sans réponse. Pour l'instant.

Qui paiera le prix de cette inaction ? Les plus fragiles, comme toujours. Ceux qui vivent dans des passoires thermiques, au dernier étage des immeubles parisiens sans ascenseur, sans isolation, sans climatisation. Ceux qui ne peuvent pas s'acheter un appareil ni payer la facture d'électricité qui va avec.

La Commission européenne, la Cour des comptes, Bercy : tous pointent la dette, le déficit, la nécessité de réduire les dépenses. Mais aucun ne chiffre le coût humain et économique du réchauffement. Pas un. « Les conséquences du changement climatique, au-delà de l'humain et de l'agricole, même économiquement, c'est pas bon pour la croissance », rappelle Thomas. Le rapport Stern l'a démontré. Les politiques ont préféré l'ignorer.

Alors, que reste-t-il ? La pression citoyenne. Les manifestations. Les jeunes diplômés qui refusent de récupérer leur diplôme à l'école Polytechnique pour protester contre l'inaction. Des gestes symboliques, mais qui montrent une prise de conscience. « Même avec la pression, c'est difficile », admet Thomas.

Le débat se termine sur une note amère. « Je comprends ces jeunes qui établissent des rapports de force très forts. L'information est là, rien n'est fait à la hauteur. » Le courage politique manque. Le capital gagne. Et la planète continue de chauffer.

Prochaine canicule dans quelques semaines. Les records tomberont à nouveau. Les politiques ressortiront les mêmes discours. Le cycle infernal reprendra. Jusqu'à quand ?

Sources

  • Le Média (vidéo YouTube), « Climat ou capital ? », 2025.
  • Rapport Meadows (1972) sur les limites de la croissance.
  • Tribune de Jean Jouzel dans le Journal du Dimanche, 2025.
  • Rapports du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat).
  • Données de Michael Coréa sur les projets pétrogaziers de TotalEnergies, 2025.
  • Rapport Stern (2006) : The Economics of Climate Change.
  • Rapport Pisani (2023) : Investir pour la transition écologique.
  • Rapports de Bercy (ministère de l'Économie et des Finances).
  • Cour des comptes, rapports sur la dette publique et le déficit, 2025.

📰Source :youtube.com

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