Chute de 8 mètres à Chinon : la justice convoque EDF

La justice a convoqué EDF. L'enquête du média indépendant révèle de multiples infractions imputées au groupe public. Les autorités n'ont pas divulgué le détail des charges. Mais le dossier jette une lumière crue sur les conditions de travail des sous-traitants du nucléaire.
Une chute de 8 mètres, une vie brisée
Zoubir Raho aimait son travail. Intérimaire à Chinon, il a chuté un jour de huit mètres dans une fosse. Le choc a été violent. Aujourd'hui, il vit avec les sensations fantômes. « Des fois, je me dis que tout ça autour de moi, c'est un rêve et que je suis toujours dans le trou », confie-t-il.
Cinq ans ont passé, mais rien n'a effacé la peur.
Retenez ce détail : Zoubir Raho n'était pas un employé direct d'EDF. Il était intérimaire. Oui, vous avez bien lu — intérimaire. Un statut précaire dans une industrie où la sécurité est censée être absolue. La centrale nucléaire de Chinon, comme la plupart des sites du parc français, fonctionne avec une armée de sous-traitants. Des hommes et des femmes qui travaillent dans l'ombre des réacteurs, souvent dans des conditions dégradées.
EDF devant la justice : que lui reproche-t-on ?
Que lui reproche-t-on, exactement ? L'enquête de Mediapart, signée Jade Lindgaard, liste des infractions multiples imputées au groupe public. Le détail des charges reste inconnu, mais le fait est là : EDF doit répondre devant la justice.
Pourquoi ? Parce que la chute de Zoubir Raho n'est pas un accident isolé. Le secteur nucléaire français affiche une sinistralité élevée chez les sous-traitants. Des enquêtes précédentes ont montré des manquements à la sécurité, des pressions sur les délais, des formations insuffisantes. Ce dossier s'inscrit dans cette série noire.
EDF, pour l'instant, n'a pas répondu publiquement aux accusations. Le groupe bénéficie de la présomption d'innocence. Mais la convocation devant la justice est un signal fort.
Les sous-traitants du nucléaire : une zone d'ombre persistante
Ce n'est pas une erreur de gestion. C'est un système.
Le recours massif à la sous-traitance dans le nucléaire français est un choix industriel. Il permet à EDF de réduire ses coûts fixes. Mais il crée aussi une armée de travailleurs précaires, moins formés, moins protégés, plus exposés. Zoubir Raho en est l'incarnation tragique.
Intérimaire, il n'avait pas le statut d'employé permanent. Il travaillait sur un site classé Seveso, soumis aux règles les plus strictes de sécurité. Pourtant, il est tombé de huit mètres dans une fosse. Où étaient les garde-corps, les filets de sécurité, les procédures ? L'enquête de Mediapart ne répond pas à toutes ces questions. Mais elle pose le cadre : des infractions multiples, une convocation en justice, un homme paralysé.
La justice peut-elle changer les choses ?
C'est un événement rare : la justice convoque EDF pour un accident du travail. Rarement la justice met directement en cause le groupe public — ce sont souvent les sous-traitants qui portent la responsabilité. Cette fois, la donne change.
L'enquête de Mediapart a mis au jour des éléments qui ont conduit à une action judiciaire. Reste à savoir jusqu'où ira la justice. Les procès pour accidents du travail dans le nucléaire sont rares. Les condamnations, plus rares encore.
Zoubir Raho, lui, attend. Paralysé des hanches, avec ses sensations fantômes, avec la peur qui ne le quitte pas. « Des fois, je me dis que tout ça autour de moi, c'est un rêve et que je suis toujours dans le trou. »
Cinq ans après sa chute, il est toujours dans le trou. La justice, elle, commence à peine à regarder.
Sources :
- Mediapart — « Nucléaire : la chute de Zoubir, l'intérimaire qui aimait son travail », par Jade Lindgaard, 18 juillet 2026
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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