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Christelle Douazy : l'escroc aux mille visages qui a ruiné ses maris

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-25
Illustration: Christelle Douazy : l'escroc aux mille visages qui a ruiné ses maris
© YouTube

Bruno Lereux : « Je me suis retrouvé à la rue, à 50 ans »

Un homme brisé. Bruno Lereux, 50 ans, ancien ouvrier, raconte. Sa voix tremble encore. « Moi, je me suis retrouvé à la rue du jour au lendemain. Plus de compte bancaire, plus de couverture sociale, plus rien. Zéro. » Le 31 juillet 2019, il rentre chez lui à Amiens. La maison est vide. Sa femme — Christelle Douazy — a disparu avec la voiture, les papiers, tout. Dans la boîte aux lettres, un avis d'expulsion. Elle n'avait jamais payé le loyer. Bruno ne savait rien. Il lui faisait une confiance aveugle. « Elle s'est servie de mon compte, elle a fait des chèques sans provision, des crédits à la consommation. On a tout découvert après. »

Retenez ce détail : ils s'étaient mariés le 1er septembre 2018 à la mairie d'Amiens. Un mariage d'amour, croyait-il. Christelle s'était présentée comme une femme douce, aimante, avec deux enfants comme lui. Elle avait séduit sa fille, l'emmenait à l'école. « Elle me sautait dans les bras quand je rentrais du travail. Le bain était coulé. C'était la femme parfaite. » Mais derrière le conte de fées, une mécanique implacable. Dès les premiers jours, elle avait pris le contrôle des comptes. « Moi, je ne connais rien aux papiers, elle disait. Je m'en occupe. » Bruno ne voyait rien venir. Jusqu'à l'appartement vide.

— Chiffre à retenir : 53 escroqueries reprochées à Christelle Douazy. 42 à Frédéric Descours, son précédent mari, poursuivi comme complice. Et en plus : traite des êtres humains.

Frédéric Descours : le militaire tombé dans le piège des jumeaux et du fauteuil roulant

Avant Bruno, il y a eu Frédéric. Ancien militaire de carrière, 23 ans dans la marine, rigoureux, organisé. En 2009, il cherche l'âme sœur sur un site de rencontre. Il tombe sur « Alexandra Bertrand ». C'est Christelle Douazy sous une fausse identité. Elle se dit chef de rang à Auch, célibataire, sans enfant. « Elle était bien, présentait bien. Pas de recherche financière. » Trois semaines après les premiers échanges, elle s'installe chez lui. Elle simule un accident de voiture, puis un arrêt de travail. Rapidement, elle prend en main l'administratif : comptes, papiers, tout. Frédéric ne gère plus rien. « Ma mère faisait ça avant, ça me convenait. »

Puis vient la grossesse. Elle annonce des jumeaux. Mais le gynécologue – soi-disant – dit que le placenta est insuffisant. Elle doit prendre des médicaments. Elle commence à boiter, puis à ne plus marcher. « Au bout de deux mois, elle était en béquille, puis en fauteuil roulant. » Elle dit souffrir d'une myasthénie, une dégénérescence musculaire. Elle exige d'accoucher en Belgique pour un accouchement aquanatale. Frédéric la porte, la lave, l'emmène aux toilettes. Il est dévoué, totalement sous emprise.

Et là, l'histoire bascule dans l'invraisemblable. Elle raconte que le médecin qui l'a traitée est un charlatan, qu'il fait des expériences sur des jumeaux, que les bébés meurent avant 20 ans, que des tueurs à gages sont lancés à leurs trousses. « Elle pleurait, criait, disait que c'était sa faute. On arrêtait de poser des questions. » La famille de Frédéric – ses parents, sa sœur Marie-Hélène – avait senti le danger. Son père l'appelait « la sorcière ». Mais Frédéric ne voyait rien. Il l'a suivie au Maroc en octobre 2011, fuyant des assassins imaginaires.

Lorane, la baby-sitter mineure : l'arme secrète de l'arnaque

Christelle Douazy ne s'attaque pas qu'aux hommes. Elle recrute une jeune fille, Lorane, comme baby-sitter. Mineure. Elle devient un outil. Christelle lui fait ouvrir des comptes bancaires, signer des chèques, effectuer des retraits. « Elle était complètement dévouée, corps et bien », raconte une source proche de l'enquête. Les gendarmes qualifient les faits de « traite des êtres humains ». L'article 225-4 du Code pénal est clair : recruter, héberger ou accueillir une personne à des fins d'exploitation. Lorane dit que les deux — Christelle et Frédéric — étaient actifs. « M. Descours insistait pour qu'elle mange moins, pour qu'elle maigrisse. » Chacun a sa part de responsabilité.

Le ministère public retient 53 escroqueries contre Christelle, 42 contre Frédéric. Mais le volet « traite » alourdit l'affaire. Passible de sept ans de prison. Pendant des années, le couple a utilisé Lorane pour étendre son réseau de comptes frauduleux. Des chèques volés, des crédits à la consommation, des locations impayées. Les plaintes s'accumulent dans toute la France. « Quand les gendarmes ont lancé l'enquête, ils ont trouvé des procédures partout », explique un magistrat. La cavale se termine le 10 mars 2016, dans la Somme. Un groupe d'intervention frappe à la porte. Frédéric croit que ce sont les tueurs à gages. « Je lève les mains, ne tirez pas, il y a des enfants en haut. » Ce sont les gendarmes.

L'évasion et les faux papiers : comment elle a dupé l'administration

Christelle Douazy n'en est pas à son premier coup. En 2009, elle est condamnée à deux ans de prison pour escroquerie à Pau. Incarcérée à la prison d'Agen, elle bénéficie d'un régime de semi-liberté. Et elle s'évade. Août 2009. Elle disparaît. Mais elle ne se cache pas longtemps. Elle se rend à la préfecture d'Agen avec de faux actes de naissance. Elle obtient de vrais papiers d'identité au nom d'Alexandra Bertrand. « Elle se refait une virginité judiciaire », résume un enquêteur. Sous cette fausse identité, elle rencontre Frédéric Descours quelques mois plus tard. Elle se savait recherchée. Mais elle a surfé sur les lacunes de l'administration. « Sa force, c'est d'aller plus vite que la machine, de connaître ses rouages », dit un avocat.

Elle a même franchi les frontières. Avec Frédéric, elle fuit au Maroc sous le faux nom de M. et Mme Vial. Elle voyage sans que personne ne s'en aperçoive. Pendant six ans, elle mène une double vie. Elle donne naissance à un fils le 14 juin 2011 – le seul enfant dont la paternité est établie. Elle fait croire à des jumeaux, à une myasthénie, à des poursuites. Quand les gendarmes l'arrêtent en 2016, ils découvrent son vrai visage. « J'ai épousé une ombre », lâche Frédéric. Il apprend qu'elle a déjà été mariée, qu'elle a un autre enfant, qu'elle est une évadée. « La femme avec qui j'ai vécu n'existe pas. »

Le procès fantôme : où est Christelle Douazy ?

Le 15 mai 2023, le tribunal correctionnel d'Amiens attend les deux prévenus. Christelle Douazy et Frédéric Descours doivent comparaître pour 53 et 42 infractions. Bruno Lereux, la deuxième victime, est là. Il veut voir la justice passer. La salle est pleine. Les magistrats s'installent. Mais à la barre, personne. Christelle Douazy est absente. Un certificat médical, daté de la veille, indique qu'elle a été victime d'une agression. Conclusion : son déplacement à Amiens n'est pas envisageable. Le procès est renvoyé. Bruno est effondré. « C'est énorme, mais elle n'est pas venue. Elle s'est faufilée une fois de plus. » Son avocat confirme : « Ça colle avec le personnage. »

Frédéric Descours, lui, est présent. Il clame son innocence. Il dit avoir été manipulé, piégé. Mais la justice le voit comme complice. Dans son interrogatoire, Christelle a contesté les récits de Frédéric. « Je n'ai jamais dit ça, je n'ai jamais raconté ces histoires de tueurs à gages. » Parole contre parole. Mais les faits sont là : les chèques volés, les comptes ouverts avec la baby-sitter, les faux papiers, l'évasion. 53 escroqueries. 42. Et la traite d'une mineure.

Où est Christelle Douazy aujourd'hui ? Les détails restent flous. Sous contrôle judiciaire, elle a pu disparaître. Le tribunal devra fixer une nouvelle date. Mais les victimes doutent. « Elle a toujours un coup d'avance. » Pendant ce temps, Bruno Lereux vit dans un logement précaire. Frédéric Descours, lui, est sorti de prison après un an, mais il porte les stigmates. « C'est un démon », dit Marie-Hélène, sa sœur. Une femme aux multiples identités, qui a ruiné deux hommes, piégé une adolescente, et qui continue de se jouer de la justice.

Le Dossier suivra l'affaire. Une chose est sûre : Christelle Douazy n'a pas dit son dernier mot. Mais les preuves, elles, parlent. Et elles accusent.

Sources

  • Témoignages de Bruno Lereux (victime, mari épousé en 2018)
  • Témoignages de Frédéric Descours (victime présumée, poursuivi pour complicité)
  • Témoignages de Marie-Hélène Descours (sœur de Frédéric)
  • Procès-verbal de gendarmerie (arrestation du 10 mars 2016)
  • Certificat médical du 14 mai 2023 (absence de Christelle Douazy au procès)
  • Plaintes accumulées dans la Somme et dans toute la France
  • Faux papiers d'identité obtenus à la préfecture d'Agen en 2009
  • Vidéo filmée le soir du déménagement de Bruno Lereux (31 juillet 2019)

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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