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PolitiqueÉpisode 23/2

Censure culturelle à Castres et Carcassonne : des maires RN accusés de déprogrammer une pièce sur un migrant

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-16
Illustration: Censure culturelle à Castres et Carcassonne : des maires RN accusés de déprogrammer une pièce sur un migrant
© YouTube

La pièce « Passeport » ne sera pas jouée à Castres. Point. Alexis Michalik devait présenter son spectacle au théâtre municipal. Le maire Rassemblement national a dit non. Motif officiel ? Des arguments budgétaires. Motif réel, selon le député Charles Terlier : le sujet de l'œuvre. Car « Passeport » raconte le parcours d'un migrant. Et ça, pour l'élu RN, serait dérangeant.

À Carcassonne, même schéma. Le maire — également RN — a tenté d'imposer le retrait d'une œuvre de l'artiste franco-marocain Medy George Lou d'une exposition publique. Tentative, car elle n'a pas abouti. Du moins pas entièrement. Deux villes, deux maires, un même parti. « Ce n'est pas une coïncidence », a lancé Terlier devant l'Assemblée nationale. C'est une méthode. Une méthode que le Rassemblement national sait utiliser.

Une pièce sur un migrant déprogrammée à Castres

Alexis Michalik n'est pas un inconnu. Ses pièces attirent des milliers de spectateurs. « Passeport », créée en 2024, raconte l'histoire d'un exilé. Le public et la critique l'ont saluée. Jusqu'à ce qu'elle déplaise au maire de Castres. Selon l'échange parlementaire rapporté par la vidéo, la décision a été prise « sans aucune concertation ». La ministre de la Culture, Catherine Pégard — c'est le titre utilisé dans l'hémicycle — a exprimé sa solidarité avec les artistes.

« Je condamne cette annulation d'un spectacle au seul motif que son sujet n'est pas en phase avec les choix politiques du maire de Castres », a-t-elle déclaré. Le mot est lâché : condamnation. Pas une simple désapprobation. Une prise de position politique claire.

À Carcassonne, une œuvre franco-marocaine visée

L'affaire ne s'arrête pas à Castres. À Carcassonne, le maire RN a tenté de faire retirer une œuvre de Medy George Lou d'une exposition publique. L'artiste est franco-marocain. Sa présence dans un espace culturel municipal aurait dérangé. Là encore, selon le député Terlier, la tentative de retrait s'inscrit dans une « même logique » : trier les artistes, filtrer les œuvres, punir les programmateurs.

Le député a enfoncé le clou : « Quand un élu public commence à distinguer les artistes fréquentables de ceux qui ne le sont pas, les créations acceptables de celles qui ne le sont pas, ça n'est pas de la gestion municipale, c'est de la censure. » La salle a applaudi. Le message est passé.

Charles Terlier dénonce une « méthode » systématique

Charles Terlier ne s'arrête pas aux deux cas. Il y voit un signe plus large. « Derrière le discours lissé et les costumes de respectabilité du Rassemblement national se révèlent partout où il conquiert le pouvoir local une même logique », a-t-il affirmé. Trier. Filtrer. Punir. Trois verbes qui décrivent, selon lui, une pratique politique.

Il a rappelé que l'histoire a déjà montré de telles dérives. « Et la censure, madame la ministre, a toujours un visage », a-t-il lancé. Un visage qui, à Castres, se cache derrière des « arguments prétendument budgétaires ». Mais le député ne s'y trompe pas : « Ce qui est visé, c'est le contenu. Ce qui est visé, c'est la liberté de dire, de montrer, de questionner, de déranger. »

La culture, a-t-il insisté, n'est pas un ornement. Elle est le lieu où la société se regarde. Où elle débat. Y porter atteinte, c'est atteindre le cœur de la démocratie. La question est simple, selon lui : que disent ces pratiques du rapport au pouvoir du RN, s'il devait gouverner la France ?

La ministre Catherine Pégard condamne et rappelle la loi

Catherine Pégard a répondu. Sa voix était ferme. Elle a d'abord exprimé son soutien à Alexis Michalik, aux comédiens, aux équipes, « bouleversés par la décision prise sans aucune concertation ». Puis elle a condamné l'annulation. Un mot fort, sans ambiguïté.

Elle a rappelé un cadre juridique. « La liberté de création artistique est protégée et consacrée sur le plan national par une loi votée en 2016 », a-t-elle dit. Cette loi prévoit que l'État et les collectivités territoriales veillent au respect de la liberté de la programmation artistique. C'est « un pilier de notre société démocratique ». Elle a ajouté que l'art peut provoquer des réactions, faire scandale même, mais que dans une démocratie, il faut accepter la contradiction.

Elle a regretté que le maire de Castres fasse un choix différent, stigmatisant le travail des artistes. « Au fond, sans être vraiment surprise cet après-midi », a-t-elle conclu. Une phrase lourde de sous-entendus.

Des arguments budgétaires contestés

Le maire de Castres a avancé des raisons budgétaires pour justifier l'annulation. Mais le député Terlier les a balayées. « Nous ne nous y trompons pas », a-t-il lancé. Ce serait un prétexte. Un écran de fumée pour viser le fond de l'œuvre.

Pourquoi un tel acharnement sur une pièce qui n'avait provoqué « la moindre polémique » jusqu'à ce qu'elle déplaise au maire ? La question reste ouverte. Les faits, eux, sont têtus : la pièce a été retirée. Les arguments budgétaires n'expliquent pas pourquoi l'œuvre d'un artiste franco-marocain a failli disparaître à Carcassonne. La coïncidence serait trop belle.

Questions sans réponse

Les maires RN de Castres et de Carcassonne n'ont pas, à ce stade, répondu publiquement aux accusations. Leur version n'est pas connue. Leurs arguments budgétaires ont été contestés, mais pas démentis formellement. Le débat parlementaire a eu lieu. La ministre a parlé. Mais l'affaire n'est pas close.

Que se passera-t-il si d'autres élus RN adoptent la même pratique ? La loi de 2016 offre-t-elle des recours suffisants ? Le gouvernement compte-t-il agir au-delà des déclarations ? Les questions se bousculent. Les réponses, pour l'instant, sont minces.

Ce qui est sûr, c'est que la culture est devenue un champ de bataille politique. Et que les armes, parfois, sont des décisions municipales. Des déprogrammations. Des retraits discrets. Une méthode, selon le député. Une censure, selon la loi. Et un signal, selon le public : la liberté de création n'est jamais acquise.

📰Source :youtube.com

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