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SociétéÉpisode 2/1

Masson-Delmotte : 'déni de responsabilité' face aux 5 400 morts des canicules

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-25
Illustration: Masson-Delmotte : 'déni de responsabilité' face aux 5 400 morts des canicules
© YouTube

Cinq mille quatre cents morts par an. Voilà le chiffre que sort Oxfam France : la chaleur tue, chaque année, dans l'Hexagone. Pourtant, les dirigeants traitent la canicule comme un fait divers. Ils ne font jamais le lien avec les émissions de gaz à effet de serre. Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue et ancienne coprésidente du GIEC, parle carrément de « déni de responsabilité ». Les témoignages récoltés par Mediapart racontent une société qui suffoque — dans les écoles, les cuisines, les chantiers. Au cœur de l'inaction : les inégalités sociales et le racisme environnemental.

Un record après l'autre

La journée du 23 juin a été, selon Météo France, la plus chaude jamais connue en France pour un mois de juin. La nuit suivante a été la plus chaude jamais enregistrée. Un mois à peine après une précédente canicule de mai où des records avaient été battus, cet épisode est comparable à la canicule d'août 2003, qui fit 15 000 morts.

« C'est un événement exceptionnel », reconnaît Valérie Masson-Delmotte dans l'émission À l'air libre de Mediapart (23 juin 2023). « Exceptionnel par sa précocité, son intensité, sa durée. » Elle ajoute : « Quand le climat moyen se réchauffe, cela va doper la fréquence et l'intensité des événements chauds. » Les scientifiques le savent depuis le troisième rapport du GIEC (2001). Et pourtant : les deux tiers des 52 vagues de chaleur recensées depuis 1947 se sont produites après l'an 2000.

Le déni de responsabilité

Les dirigeants basculent en mode gestion de crise. « Boire de l'eau, se rafraîchir », résume Masson-Delmotte. Jamais — ou presque — ils ne prononcent le mot « gaz à effet de serre ».

« Il y a de leur part un déni de responsabilité », martèle-t-elle. Les plans d'adaptation ? Jugés timides. Le Plan national d'adaptation au changement climatique n°3 a été publié sous Christophe Béchu, mais les coupes budgétaires en limitent la portée.

« On n'a pas suffisamment décarboné collectivement », poursuit la climatologue. En Europe, les émissions ont baissé de 37 % depuis 2005. Aux États-Unis aussi, elles reculent. Mais au niveau mondial, elles continuent de grimper. La planète s'est réchauffée de 1,4 °C du fait humain. L'accord de Paris visait 1,5 °C — ce seuil sera atteint dans quelques années.

Météo France prévoit jusqu'à cinq fois plus de vagues de chaleur en 2050 si la trajectoire actuelle se maintient. « Dans la région parisienne, on ne peut plus exclure que la pire vague de chaleur atteigne 50 degrés », alerte Masson-Delmotte.

Témoignages de l'urgence

Mediapart a lancé un appel à témoins. Merwane Mehadji, journaliste, a recueilli des dizaines de récits.

Catherine, habitante du 15e arrondissement de Paris, raconte son quotidien sans fraîcheur. Henry, chef cuistot, travaille dans une cuisine à 48 °C — les relevés de l'inspection du travail l'attestent. Cmak, près d'Albi, suffoque. Sophie, logée dans la cité La Maladrerie à Aubervilliers, décrit un ensemble de béton complètement inadapté au nouveau climat.

Mornia Labssi, inspectrice du travail à Paris, témoigne : « C'est très dur de voir les conditions de travail et les risques auxquels sont exposées les personnes les plus vulnérables. » Elle a constaté des températures avoisinant les 50 °C sur des chantiers et dans des cuisines.

Inégalités sociales et racisme environnemental

Selon Oxfam, la mortalité liée à la chaleur est 31 % plus élevée dans les départements les plus pauvres. Les travailleurs précaires — souvent migrants — sont les plus exposés. Dans le BTP, la restauration, les cuisines, le droit n'impose aucune température maximale précise. Seule l'obligation d'une « ambiance thermique convenable » figure dans le Code du travail. Un décret de mai 2023 impose une évaluation des risques.

Les enfants aussi paient le prix fort. Sue-Ellen Demestre, militante pour les droits des gens du voyage, dénonce le « racisme environnemental » : les communautés vivent sur des aires d'accueil surpeuplées, bitumées, polluées. L'espérance de vie y est inférieure de 15 à 20 ans (Fondation pour le logement). À l'école, les températures dépassent parfois 30 °C en classe. Des parents ont improvisé des couvertures de survie sur les fenêtres.

Une étude citée dans l'émission montre que la capacité d'attention des enfants chute fortement entre 20 et 30 degrés. La perte équivaudrait à 1 à 2 mois de scolarité par an.

Des solutions existent, mais le politique freine

Vincent Viguié, chercheur, travaille sur l'adaptation urbaine. Il évoque la végétalisation, l'isolation, la rénovation des bâtiments publics.

Quentin Ghesquière, du collectif Adapt, rappelle que les politiques publiques ont rendu vulnérables — elles peuvent aussi défaire cette vulnérabilité.

Le débat s'est focalisé sur la climatisation. L'extrême droite en fait une solution miracle. Mais les experts la jugent coûteuse, inefficace à long terme, et génératrice d'effets secondaires. Une diversion, selon eux.

Les écologistes ont proposé un congé climatique. Le Medef s'y oppose, le jugeant néfaste pour l'économie.

L'enjeu des présidentielles

L'émission de Mediapart date de 2023. Le prochain mandat présidentiel sera crucial, estime Quentin Ghesquière : il déterminera l'habitabilité d'une partie de l'Hexagone et des Outre-mer d'ici 2050-2060.

La société civile s'organise. Adapt, des associations de parents, des représentants des gens du voyage, des collectivités locales mènent une « adaptation silencieuse ». Mais sans volonté politique forte, sans un plan d'action avec des investissements concrets et un calendrier, le déni de responsabilité continuera de tuer.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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