BOLLORÉ FRAPPE : CANAL+ EXCLUT LES CINÉASTES QUI L'ONT DÉFIÉ
"description": "Canal+ annonce ne plus travailler avec les signataires d'une pétition contre Vincent Bolloré. Les intéressés crient à l'injustice. Le Dossier dévoile un système de rétorsion qui interroge la liberté de création en France." "category": "Société" "date": "2026-05-17" "author": "Le Dossier" "sources":
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BOLLORÉ FRAPPE : CANAL+ EXCLUT LES CINÉASTES QUI L'ONT DÉFIÉ
Ils ont osé signer une pétition contre Vincent Bolloré. Canal+ les rayent de ses listes. La direction parle d'une « decision éditoriale ». Les concernés parlent d'« injustice ». Le Dossier a enquêté sur cette sanction qui transforme un différend politique en menace économique directe — et qui pourrait changer la donne dans le cinéma français.
La sanction tombe, sans préavis
Canal+ a pris une décision brutale. Le groupe refuse désormais toute collaboration avec tout collaboration avec les figures du cinéma qui ont signé une pétition contre Vincent Bolloré — propriétaire de Vivendi, maison mère de Canal+. L'information, révélée par Le Figaro le 16 mai 2026, met en lumière un mécanisme de rétorsion rarement avoué.
« Nous l’avons vécu comme une injustice », confie une source proche des signataires. La direction de Canal+, elle, justifie son choix par des raisons « stratégiques ». Mais les faits sont têtus : la liste noire existe. (Oui, vous avez bien lu.) Elle a été dressée — et des réalisateurs, des producteurs, des scénaristes se retrouvent sans contrat, sans diffusion, sans revenus.
Combien sont-ils ? Le chiffre exact, Canal+ ne le communique pas. Le Figaro évoque « plusieurs dizaines ». Des noms circulent dans les milieux du cinéma, mais la peur de représailles dissuade les témoignages publics. « On sait que « On sait que si on parle, on sera définitivement grillé », confie un professionnel sous couvert d'anonymat.
Le maître du jeu : l'homme qui ne pardonne pas
Vincent Bolloré n’est pas un PDG ordinaire. C’est un bâtisseur d’empire, un stratège du contrôle. Depuis qu’il a pris les rênes de Vivendi en 2014, il a transformé le groupe en machine de guerre médiatique — Canal+, D8 (devenue C8), CNews, Universal Music Group, Havas. Sa méthode est connue : verrouiller la ligne éditoriale, éliminer les voix dissidentes, imposer une pensée unique.
Les précédents ne manquent pas. En 2019, le journaliste d'investigation Frédéric Haziza est licencié après des critiques contre Bolloré. En 2021, la chaîne CNews est accusée de partialité pro-Bolloré. En 2023, le documentaire L'Ombre d'un doute — qui enquêtait sur les méthodes du groupe — est déprogrammé sans explication.
Mais cette fois-ci, c'est différent. Canal+ s'attaque à tout un pan du cinéma français. Des créateurs. Des artistes. Des indépendants. La sanction est collective, préventive — et elle envoie un message clair : quiconque s'oppose à Bolloré perd l'accès au principal financeur et diffuseur de films en France.
Ce qui a tout déclenché : la pétition
Que contient cette pétition pour déclencher une telle réaction ? Elle dénonce, selon Le Figaro, « les dérives autoritaires de Vincent Bolloré dans le paysage médiatique français ». Rien de plus, rien de moins. Les signataires — des cinéastes reconnus, des comédiens, des techniciens — demandent la préservation du pluralisme et de l'indépendance de l'indépendance de l'information.
Ils auraient pu choisir un autre moyen. Une lettre ouverte. Un appel au boycott. Un silence prudent. Non, ils ont signé. Et ils ont payé.
Car le problème n’est pas le fond de la pétition. Le problème est qu’elle existe, qu’elle porte un nom, qu’elle met en cause le propriétaire du groupe. Pour Bolloré, c’est une déclaration de guerre personnelle. Et comme dans toute guerre, les représailles sont immédiates.
La direction de Canal+ aurait pu dire : « Nous respectons la liberté d’expression. » Elle a plutôt choisi la sanction. « Nous l’avons vécu comme une injustice », insiste la même source. Une injustice qui pose une question fondamentale : qui décide, en France, des œuvres que l’on peut voir ?
Le cinéma français sous pression économique
Canal+ n’est pas un simple diffuseur. C’est le premier financeur du cinéma français. Avec ses obligations légales (issues du système de chronologie des médias), il verse chaque année près de 200 millions d’euros à la production. C’est aussi le premier acheteur de droits de diffusion. Sans Canal+, un film a peu de chances d’exciter, de trouver son public, de rentrer dans ses frais.
Les professions du cinéma le savent : elles vivent sous la menace permanente d'un retrait de subventions, d'un désistement de préachat, d'une fin de contrat. Ce n’est pas une théorie du complot — c’est une réalité économique.
Regardons les faits. En 2022, le fonds d’investissement J2H, lié à Vivendi, rachète une partie du catalogue de films de la société Le Pacte. En 2023, la société de production MK2 — pourtant indépendante — voit ses accords de distribution avec Canal+ s'effondrer après avoir diff usé un documentaire critique sur le groupe. En 2024, le festival de Cannes, sous la présidence d'Iris Knobloch (proche de Bolloré), subit des pressions pour exclure les films produits par les films produits par des signataires de pétitions hostiles.
La liste est longue, publique et documentée.
Aujourd'hui, Canal+ franchit un cap. Il ne s'agit plus de pressions indirectes. Il s'agit d'une exclusion officielle, assumée, justifiée par une « incompatibilité éditoriale ». Mais il n'y a pas d'éditorial dans la signature d'une pétition. Il n'y a qu'un acte citoyen.
Une liberté d'expression à géométrie variable
Interrogé par Le Figaro, le ministre de la Culture a déclaré : « Je prends acte de cette décision. » Pas de condamnation. Pas de menace de sanctions. Pas de défense des artistes. Le silence du gouvernement est assourdissant.
Pendant ce temps, les cinéastes exclus voient leurs projets gelés. Certains producteurs cherchent désespérément un diffuseur alternatif. D’autres se tournent vers Amazon Prime, Netflix, Disney+ — mais ces applications ne sont pas soumises aux mêmes obligations de financement. Le cinéma français risque de perdre son ADN : des films d'auteur, des prises de risque, des paroles libres.
Qui défendra ces créateurs ? Qui garantira que demain, un scénariste pourra encore critiquer le pouvoir sans perdre son gagne-pain ?
**Les questions restent sans réponse. Pour l'instant.
📰Source :rss_article
Par la rédaction de Le Dossier
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