Canal+ : le blacklistage des cinéastes qui ont osé critiquer Bolloré

Le fait : une liste noire, sans procès
Blacklistés. Canal+ ne veut plus des cinéastes qui ont critiqué Vincent Bolloré. La consigne est tombée en interne, rapportée par Le Figaro le 17 mai 2025. Aucune liste officielle — mais la rumeur court dans les couloirs de la production. Des signatures connues, des réalisateurs primés, des scénaristes respectés. Tous bannis.
La pétition visait directement l’actionnaire majoritaire de Vivendi, maison mère de Canal+. Bolloré, le magnat breton, le patron de l’empire médiatique. Les signataires dénonçaient son influence, ses méthodes, son emprise sur les rédactions. Rien de nouveau — des dizaines d’artistes l’avaient déjà fait avant eux. Mais cette fois, la réponse a été brutale.
« Nous l’avons vécu comme une injustice », a justifié la direction de Canal+ auprès du Figaro. Une injustice ? De quel côté ? Côté Bolloré, on parle de loyauté. Côté cinéastes, on hurle à la censure. L’enquête continue, mais les faits sont là : une chaîne de télévision — subventionnée, puissante, influente — refuse de travailler avec des artistes pour une prise de position politique. En France. En 2025.
Trois mots : blacklistage, non-dit, peur. Car si Canal+ bannit les signataires, qui sera le prochain ? Un documentariste qui enquête sur Vivendi ? Un comédien qui tweete contre l’uberisation ? Une actrice qui soutient les Gilets jaunes ? La question n’est plus de savoir si c’est légal — c’est légal. La question, c’est : est-ce acceptable ?
Les signataires : des noms, des carrières, une épée de Damoclès
Qui sont les signataires ? Le Figaro ne livre pas de liste exhaustive, mais des noms circulent — des réalisateurs de films d’auteur, des producteurs indépendants, des scénaristes reconnus. Des gens qui vivent du cinéma — parfois de Canal+. La chaîne coproduit, achète, diffuse. Sans elle, des films n’existent pas. Alors signer, c’est prendre un risque.
Un risque calculé ? Pas toujours. Certains signataires travaillaient en ce moment même sur des projets avec Canal+. D’autres espéraient un jour y être diffusés. La pétition est parue début 2024. Quelques mois plus tard, la sanction est tombée.
« Nous ne travaillerons plus avec eux », a tranché la direction. Sans annonce publique — c’est Le Figaro qui a révélé l’affaire. Sans droit de réponse pour les signataires. Sans procédure. Une décision unilatérale, prise au sommet, exécutée par les étages. Les intéressés ? Soit ils ont refusé de parler, soit le journal ne les a pas contactés. Résultat : des noms sans visage, des cibles sans défense.
Voilà où ça se complique. Car si Canal+ peut bannir discrètement des artistes, sans motif officiel, sans recours, alors le milieu du cinéma français est sous tutelle. Une tutelle économique — l’argent, le nerf de la guerre. Canal+ tient les cordons de la bourse. Et Bolloré tient Canal+.
Le groupe Vivendi, c’est aussi Universal Music, Editis, Prisma Media, Le Point, CNews. Un empire. Avec un patron qui n’aime pas être critiqué. Alors quand des cinéastes signent une pétition contre lui, la réponse est simple : on coupe les vivres. Pas de procès. Pas d’explication. Juste une porte qui se ferme. Combien de films ne verront jamais le jour à cause de cette liste noire ? Combien d’auteurs vont maintenant réfléchir à deux fois avant de signer une tribune ? L’effet dissuasif est immédiat — et c’est précisément ce que cherche Canal+.
La justification : « une injustice » — vraiment ?
Canal+ s’explique : « Nous l’avons vécu comme une injustice. » L’argument tient en un mot : loyauté. Les signataires, en critiquant Bolloré, auraient trahi leur partenaire. Canal+ n’est pas leur employeur direct, mais elle finance leurs projets. Donc ils devraient lui être reconnaissants, obéissants, loyaux. Un raisonnement de vassalité : « Je te donne du travail, donc tu te tais. » Sauf que les artistes n’ont pas signé un contrat de loyauté politique. Ils ont signé pour faire des films.
L’injustice, pourtant, est ailleurs. Elle est dans le fait qu’une entreprise privée — certes — puisse dicter les prises de position politiques de ses partenaires. Elle est dans le fait que la liberté d’expression, dans le milieu culturel, devienne conditionnée à l’obéissance.
Bolloré n’est pas n’importe quel patron. C’est le magnat des médias français, celui qui accumule les titres, les chaînes, les plateformes. Celui qui a transformé CNews en machine idéologique — oui, vous avez bien lu —, viré des journalistes, imposé une ligne éditoriale. Celui qui, aujourd’hui, s’attaque au cinéma. La pétition contre lui n’était pas une attaque personnelle gratuite : elle dénonçait un système. Ce système, il l’incarne. Et Canal+ — sa filiale — exerce une vengeance directe.
Alors non, la direction de Canal+ ne peut pas se draper dans l’injustice. L’injustice, c’est de mettre des artistes au chômage parce qu’ils ont exerc
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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