Cahuzac accuse Hollande : « Il savait pour mon compte suisse »

Le 5 décembre 2012, Jérôme Cahuzac ment à l’Assemblée nationale. Il jure n’avoir aucun compte à l’étranger. Treize ans plus tard, il affirme que François Hollande était au courant. L’ancien président dément. Et produit une preuve.
Un SMS. Daté du 2 avril 2013. Ce jour-là, Cahuzac avoue devant le juge d’instruction. Puis il écrit à François Hollande : « François, je me permets une dernière fois de t’adresser un message par ce moyen » (source : Franceinfo). Il reconnaît lui avoir menti. Il demande pardon. Le SMS existe. Hollande l’a transmis à la rédaction de Franceinfo.
Mais Cahuzac maintient sa version. Une rencontre secrète aurait eu lieu le matin même du 5 décembre 2012. Un tête-à-tête sans témoin. Hollande lui aurait donné des garanties : « Restez au gouvernement », aurait-il dit.
L’affaire rebondit. Elle n’a jamais vraiment cessé.
Le SMS en pleine contradiction
François Hollande ne varie pas. Sa version est constante : Cahuzac a toujours nié devant lui. « Il a trompé les plus hautes autorités du pays », déclarait-il le 2 avril 2013 à la télévision. Le chef de l’État, le gouvernement, le parlement. Tout le monde.
Le SMS prouve au moins une chose : Cahuzac savait qu’il avait menti à Hollande. « Peut-être n’ai-je pas le même souvenir que lui », répond aujourd’hui l’ancien ministre. « Nous n’avons pas la même mémoire des choses. »
Sauf que l’écrit ne ment pas. Le 2 avril 2013, Cahuzac écrit à Hollande pour s’excuser. Il ne dit pas : « Tu étais au courant. » Il dit : « Pardonne-moi de t’avoir menti. »
La contradiction est frontale.
Une matinée trouble
Pendant l’interview, Cahuzac joue un étrange jeu de dupes. Il confirme off the record avoir vu Hollande ce matin-là. Puis il se rétracte à l’antenne. « Je n’ai pas rencontré François Bayrou », dit-il. « Si nous nous sommes rencontrés dans les conditions que vous décrivez, c’est que l’un de nous deux l’a dit. Comme je n’ai pas rencontré Bayrou, ça ne peut donc être que l’autre. »
Traduction : Hollande aurait parlé à Bayrou. Bayrou aurait parlé à la presse. Donc Hollande savait.
Le raisonnement est tordu. Mais les faits, eux, sont simples : Cahuzac a d’abord confirmé la rencontre en off. Puis il a nié en plateau. Puis il a accusé Hollande d’avoir fait fuiter l’information.
« Vous ne voulez pas violer le off, mais si je vous avais dit ça, je comprends que vous le violeriez », lance-t-il au journaliste. La conversation tourne court. Cahuzac menace de quitter le plateau. « Passons à autre chose », dit-il.
Un miroir à deux faces
L’ancien ministre du Budget a une thèse : François Hollande est un « dissimulateur ». Un disciple du cardinal de Mazarin. « Simule et dissimule », répète-t-il. « Il est probable que tous les hommes politiques ne disent pas toujours toute la vérité. Mais à ce point, c’est rare. »
Cahuzac se place en miroir. Lui a menti. Mais c’est un « péché véniel ». Hollande serait pire — « Il m’accuse d’avoir menti. Il considère donc que lui n’a jamais menti. C’est un problème entre lui et sa conscience. »
Sauf que Hollande n’a jamais été condamné pour mensonge. Cahuzac, si. En appel, il a pris 4 ans de prison, dont deux avec sursis. Bracelet électronique. Inéligibilité.
« J’ai été celui que je n’aurais jamais voulu être », souffle-t-il.
Preuves manquantes, accusations qui flottent
Le journaliste insiste. Il veut des faits. « Vous avez dit devant le tribunal que vous aviez eu plusieurs rencontres avec Hollande. Est-ce que vous maintenez ? » Cahuzac esquive. « Je n’ai rien à ajouter. »
Puis il lance une bombe : « Un secret de Polichinelle : Hollande veut être candidat à la présidentielle. » Pourquoi protéger celui qui l’accuse ? Pour éviter un second tour Le Pen-Mélenchon, dit-il. « Ne comptez pas sur moi pour contribuer à une campagne de discrédit. »
Les questions gênantes restent sans réponse. Hollande savait-il vraiment ? Le SMS contredit Cahuzac. Mais une rencontre officieuse a-t-elle eu lieu ? L’ancien ministre ne fournit ni preuve ni témoin. François Bayrou, cité, n’a pas confirmé.
Rien n’est établi. Les accusations flottent.
Ce que l’affaire a laissé
L’affaire a changé la République. En 2013, après les révélations de Mediapart, le gouvernement crée deux institutions : la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) et le Parquet national financier (PNF). L’objectif : empêcher un nouveau Cahuzac.
Cahuzac en rit presque. « Le PNF existait, il n’aurait rien empêché. La HATVP non plus. Si vous déclarez pas, vous déclarez pas. » Il énumère les députés et ministres démissionnés d’office. « Il y a ceux dont on sait qu’ils ne disent pas la vérité, et ceux dont on ne saura jamais. »
Il ne croit pas à la transparence comme remède. « J’ai pas le sentiment que la classe politique soit d’une qualité telle que la transparence garantisse son efficacité. » Pourtant, un sondage Odoxa cité dans l’interview montre que l’honnêteté arrive largement en tête des qualités attendues d’un président. Avant l’écoute, le courage, la détermination.
« Vous avez plombé son mandat »
Le journaliste pose la question à brûle-pourpoint : « Vous avez plombé le quinquennat Hollande ? » L’archive vidéo le montre : en avril 2013, Hollande bat son record d’impopularité — 26 % d’opinions favorables. Le plus bas depuis 1996.
Cahuzac ne nie pas. « Nier que j’ai fait du mal serait inconscient. » Mais il relativise. « Sa cote de popularité a commencé à baisser et n’a cessé de baisser car il annonçait une politique et en faisait une autre. »
Le parallèle est osé. Lui-même, ministre du Budget, luttait contre la fraude fiscale. Tout en détenant un compte illégal en Suisse. La photo de novembre 2012 le montre à la tribune. Quelques semaines avant les révélations. « C’est pas moi qui fais le titre », ironise-t-il.
Il se justifie : à l’époque, il ne fraudait plus. Le compte existait, mais l’argent n’était pas à lui. « Je le détiens illégalement, mais avec de l’argent qui n’est pas à moi. » Un labyrinthe juridique que les juges ont tranché.
« L’exécution provisoire, une humiliation inutile »
Cahuzac évoque aussi le cas de Marine Le Pen. Condamnée en première instance à une peine d’inéligibilité avec exécution provisoire. « Parfaitement légitime et justifié », dit-il. Mais l’exécution provisoire l’a « choqué ». « Le tribunal allait un peu loin. C’était une humiliation inutile. »
Lui-même a été condamné à l’inéligibilité. Il ne porte pas d’appréciation sur sa peine. « J’ai jamais porté d’appréciation sur la sentence que j’ai appliquée. » Une manière de ne pas rouvrir la plaie.
Où est la vérité ?
Deux versions s’affrontent. Hollande dit : « Cahuzac m’a menti. J’ai appris ses aveux par le juge. » Il envoie le SMS à Franceinfo comme preuve. Cahuzac dit : « Hollande savait. Il m’a soutenu jusqu’aux aveux. » Il ne produit aucune preuve.
Le SMS est clair. Il date du 2 avril 2013. Cahuzac écrit à Hollande. Il ne dit pas : « tu savais ». Il dit : « pardonne-moi ». Le sens est limpide.
Mais Cahuzac insiste. Il parle de « mémoire différente ». Il évoque une rencontre secrète. Il cite François Bayrou comme intermédiaire. Bayrou n’a pas confirmé. Hollande non plus.
Reste une question : pourquoi Hollande aurait-il couvert un ministre qui mentait ? Pourquoi aurait-il pris ce risque ? Et pourquoi Cahuzac, s’il avait des garanties, a-t-il attendu treize ans pour parler ?
Le mystère demeure. Les faits, eux, sont têtus. Un SMS. Un aveu. Et deux hommes qui s’affrontent sur le souvenir d’un mensonge.
Portrait d’un dissimulateur
L’émission diffusait un portrait de François Hollande. Cahuzac l’a regardé. Il en tire une conclusion : « C’est un dissimulateur. » Une qualité, selon lui, rare à ce point. « Simuler et dissimuler. C’est la maxime de Mazarin. »
Il ne dit pas que Hollande a menti. Il dit qu’il dissimule. Nuance sémantique. Mais l’accusation est claire : le président savait.
Hollande n’était pas invité à répondre. Il a transmis le SMS. Son camp affirme que « la version de Cahuzac est un tissu de contre-vérités ». Aucune suite judiciaire n’est engagée. L’affaire reste politique.
La transparence, une illusion ?
Cahuzac a deux visages. Celui du repentir, et celui du persiflage. Il regrette son mensonge. Il en souffre. « Il n’y a pas de jours qui passent sans que j’y pense. » Mais il ne supporte pas qu’on le juge. « Quand on m’explique que c’est inexpiable, je le regrette mais j’en prends acte. »
Il critique la transparence imposée aux politiques. « Elle ne garantit ni la bonne vision des choses ni l’efficacité. » Pourtant, sans les révélations de Mediapart, il serait peut-être encore ministre. Sans la HATVP, d’autres auraient pu faire comme lui.
« La transparence ne change rien », dit-il. Voilà. Il a tort sur un point : elle a changé sa vie. Et celle de François Hollande.
La leçon d’un scandale
L’affaire Cahuzac a duré des années. Elle a coûté cher à la gauche. À Hollande. À la confiance des citoyens. Elle a aussi créé des institutions censées empêcher les mêmes abus.
Cahuzac les juge inutiles. « Vaste programme », ironise-t-il.
Reste un fait : il a été condamné. Il a purgé sa peine. Il a tenté un retour politique en 2024, sans succès. Hollande, lui, se prépare à une nouvelle candidature. L’affaire n’est pas finie.
« C’est un secret de Polichinelle », dit Cahuzac. Peut-être. En attendant, le SMS du 2 avril 2013 reste la pièce centrale. Une preuve écrite. Qui ne dit pas ce que Cahuzac voudrait qu’elle dise.
L’ancien ministre accuse. L’ancien président dément. Les Français jugeront. Comme toujours.
Sources
- Franceinfo – Interview de Jérôme Cahuzac et transmission du SMS daté du 2 avril 2013
- Mediapart – Révélations initiales sur le compte bancaire à l’étranger de Jérôme Cahuzac (2012)
- Le Canard enchaîné – Révélation sur l’emploi fictif de l’épouse de François Fillon (2017)
- Sondage Odoxa – Qualités attendues d’un président de la République (cité dans l’interview)
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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