Brexit : 10 ans après, le naufrage politique et économique du Royaume-Uni

Sept Premiers ministres, un seul naufrage
Le 23 juin 2016, les Britanniques choisissaient à 51,89 % des voix de quitter l'Union européenne. Dix ans plus tard, le bilan est là. Selon Nicolas Baveret dans Le Figaro, le Royaume-Uni a perdu huit points de croissance à cause du Brexit. Huit points. L'inflation structurelle s'est installée. Les produits importés coûtent plus cher. Les pénuries de main-d'œuvre se multiplient.
Et pourtant.
Keir Starmer avait gagné les élections de manière spectaculaire, avec une majorité extrêmement large. Il est devenu, selon le chroniqueur, « extrêmement impopulaire » en moins de deux ans. Pourquoi ? Les erreurs s'accumulent. La nomination de Peter Mandelson comme ambassadeur aux États-Unis — un homme « très gravement impliqué dans le réseau Epstein ». Des hausses d'impôts massives, alors qu'il avait promis le contraire. Des coupes dans les dépenses sociales, qu'il avait juré de préserver.
Le désastre de la Royal Navy, incapable d'envoyer un bâtiment de combat à Chypre après les frappes iraniennes. Les faillites de la police face aux gangs qui exploitaient des jeunes filles. L'assassinat horrible de l'étudiant Henry Novac, tué par un cycliste. Tout s'est accumulé.
Mais derrière ces crises, il y a l'effondrement. « Keir Starmer est aussi l'héritier d'une longue série d'échecs à la suite du Brexit », affirme Nicolas Baveret. « Ça n'est qu'un épisode de plus du naufrage du Brexit. »
L'étranglement financier
La dette publique britannique atteint 105 % du PIB. Les taux d'intérêt sont à 5 % pour les obligations à 10 ans, 5,5 % pour celles à 30 ans. Le Royaume-Uni est seul. Sans la réassurance de l'Union européenne, il paie le prix fort.
« C'est l'étranglement financier », résume le chroniqueur du Figaro. C'est ce qui a valu à Liz Truss d'être le Premier ministre le plus éphémère de l'histoire britannique. C'est ce qui attend le successeur de Starmer — Andy Burnham, probablement. S'il fait le virage à gauche, prédit Baveret, ce sera « une sanction immédiate des marchés financiers ».
Le Royaume-Uni a perdu son attractivité. La City reste devant les places européennes, mais elle a perdu de sa superbe. Les talents sont partis. Surtout, le pays a perdu son statut unique : porte d'entrée idéale pour les investisseurs du monde entier qui voulaient accéder au marché européen. Un environnement anglo-saxon, tous les avantages de l'UE, et des opt-outs sur l'immigration, la monnaie, Schengen.
« Global Britain était un mythe », tranche Nicolas Baveret. « Il reste une île décentrée qui a perdu tous ses avantages stratégiques. »
Le poison qui fragmente le royaume
Voilà où ça se complique. Le Brexit devait réunifier la nation. Il l'a fracturée.
Les Écossais avaient voté pour rester dans l'UE. Aujourd'hui, le nationalisme écossais est relancé. Au Pays de Galles, les indépendantistes sont en position de leadership. Et la question de la réunification irlandaise se pose avec une acuité nouvelle.
« Ça a complètement éclaté la société britannique au lieu de la réunifier », constate le chroniqueur.
Le grand bénéficiaire ? Nigel Farage. L'homme qui est à l'origine du désastre. Son parti, Reform UK, monte dans les sondages. « Il bénéficie des maux qu'il contribue à créer », explique Baveret. La colère, les passions, les problèmes structurels — tout cela fabrique de l'extrême droite. « On le sait depuis les années 30. »
Pourtant, les Britanniques regrettent. Selon un sondage YouGov cité par Radio France, 55 % des Britanniques se disent aujourd'hui en faveur d'un retour dans l'Union européenne. 60 % pensent que le Brexit a été une erreur.
Le retour, inéluctable mais difficile
« Il n'y a pas de solution au problème britannique sans une forme de retour dans l'Union européenne », affirme Nicolas Baveret. Mais ce retour sera douloureux.
Les Britanniques ne retrouveront jamais leur statut antérieur. Ils avaient pris le contrôle politique et intellectuel de Bruxelles. Ils bénéficiaient du grand marché à plein. Ils étaient en opt-out sur l'immigration, la monnaie, Schengen. Et grâce à Margaret Thatcher, ils payaient la moitié du ticket d'entrée par rapport aux autres membres.
« Même avec les meilleurs diplomates du monde, ils ne retrouveront jamais un statut aussi favorable. »
Le jour où le Royaume-Uni présentera sa candidature — « c'est inéluctable », selon le chroniqueur — ce sera dans des conditions de droit commun. Sans privilèges. Sans rabais.
Un sommet est prévu le 22 juillet entre Bruxelles et Londres. Mais Keir Starmer, selon Baveret, est « un canard sans tête ». Il ne peut plus prendre de décisions. Le vrai travail commencera avec son successeur.
La France et l'Europe : des intérêts convergents
Le Brexit a aussi gelé la coopération franco-britannique. Pourtant, les deux pays sont membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU. Ce sont deux puissances nucléaires. Les accords de Lancaster House avaient mis en place une coopération militaire étroite, y compris dans le nucléaire.
« Les militaires ont continué à travailler très bien entre eux », note Nicolas Baveret. « Mais la coopération politique a été gelée au plus mauvais moment » — celui où la Russie de Poutine est revenue avec une extrême agressivité.
Le Royaume-Uni est sorti d'Erasmus. Il est sorti de la coopération universitaire. « Complètement aberrant », juge le chroniqueur. On commence à revenir là-dessus.
Sur le plan commercial, c'est un naufrage pour les Britanniques. L'Union européenne reste de loin leur premier partenaire. Les exportations britanniques se sont effondrées. Les importations aussi, mais moins — parce que les Britanniques n'ont pas le choix, notamment pour leur nourriture.
Retenez ce détail : même affaibli, le Royaume-Uni représente entre le quart et le tiers de la capacité militaire du continent européen. « Il faut les avoir à bord », insiste Baveret.
Le piège du Global Britain
Le contresens historique est total. Vouloir faire du « Global Britain » au moment où la mondialisation s'effondre. Où l'on entre dans un nouvel âge des empires. Où le protectionnisme renaît. Où la guerre commerciale de Trump, la guerre tout court de Poutine, les ambitions impériales de la Turquie et la guerre économique de la Chine s'abattent sur le monde.
« Le fait de vouloir aborder tout ça tout seul avec 67 millions de Britanniques », résume Nicolas Baveret. « C'est pire qu'un fiasco. C'est vraiment un naufrage. »
Le chroniqueur cite McCarnet à Davos : « Pour les puissances moyennes dans ce nouvel âge des empires, le choix est très clair. S'unir et travailler ensemble pour être à la table, ou bien être au menu des empires. »
L'Europe ne peut pas se permettre de mobiliser son énergie pendant quatre ou cinq ans pour négocier un retour. Le rapport Draghi alerte sur la compétitivité. Il y a un problème de surréglementation, de sécurité économique, de défense.
« On peut pas se tromper sur les priorités », conclut Baveret. Mais les priorités britanniques — compétitivité, dépendance économique, défense — recoupent largement celles de l'Europe.
« Il n'y a pas de défense du Royaume-Uni sans défense de l'Europe. Il n'y a pas de défense de l'Europe sans défense du Royaume-Uni. »
Le poison et ses antidotes
Dix ans après le vote, le Brexit est un poison qui continue de détruire le Royaume-Uni. Sept Premiers ministres. Une dette à 105 % du PIB. Une perte de huit points de croissance. Une inflation structurelle. Des pénuries. Une fragmentation politique. Et, ironie suprême, le principal bénéficiaire politique est Nigel Farage — l'homme qui a déclenché la catastrophe.
55 % des Britanniques veulent revenir dans l'UE. Mais le chemin du retour est semé d'embûches. Les conditions seront moins favorables. Le temps presse. Et l'Europe a d'autres priorités.
La question n'est plus de savoir si le Royaume-Uni reviendra. La question est : à quel prix ? Et dans combien de temps ?
Le prochain Premier ministre, Andy Burnham, est favorable à une coopération renforcée. À un retour accéléré. Mais les marchés financiers guettent. Le moindre virage à gauche sera sanctionné.
Le Brexit devait rendre au Royaume-Uni sa souveraineté. Il lui a pris son avenir.
Sources
- Le Figaro — chronique de Nicolas Baveret (extrait vidéo)
- YouGov — sondage sur l'opinion britannique post-Brexit (cité par Radio France)
- TF1 Info — résultats du référendum de 2016
- Radio France — données YouGov sur le retour dans l'UE
- BVoltaire — informations sur Peter Mandelson et l'affaire Epstein
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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