Bordeaux piégée par sa guerre contre la voiture : révélations sur un chaos urbain

Bordeaux, ville la plus embouteillée de France ?
En 2024, Bordeaux a été classée ville la plus embouteillée de France par TomTom. L’année suivante, elle est passée deuxième, juste derrière Lyon. Un automobiliste perd en moyenne 99 heures par an dans les bouchons. Une réalité qui frappe chaque jour des milliers de Bordelais.
"Là, ça bloque parce que forcément il y a plus que la file pour aller à gauche", témoigne un plombier rencontré en pleine heure de pointe. Avant, son trajet prenait moitié moins de temps. Aujourd’hui, il peine à trouver une place pour se garer. Et quand il en trouve, c’est au prix fort : 2 € de l’heure, jusqu’à 34 € pour une journée. "C’est sûr que pour la société, c’est énorme", lâche-t-il, amer.
Pourquoi cette situation ? En 2020, Pierre Urmic, le maire de Bordeaux, a lancé une politique drastique de réduction de la place de la voiture. Deux jours après sa victoire, il annonçait même une interdiction progressive des véhicules. Une ambition qui se heurte aujourd’hui à une réalité implacable.
40 millions d'euros par an pour piétoniser la ville
Depuis 2020, Bordeaux investit 40 millions d’euros chaque année pour transformer ses rues. L’objectif ? Favoriser les mobilités douces, sécuriser les piétons et réduire la pollution. Un projet ambitieux, mais à quel prix ?
"Je gagne énormément de temps avec mon vélo", confie une mère de deux enfants. Pour elle, la ville est désormais adaptée aux cyclistes et aux piétons. "Il y a qu’à voir le nombre de vélos qui circulent aujourd’hui à Bordeaux", ajoute-t-elle, enthousiaste.
Mais cette transformation ne fait pas l’unanimité. Dans le quartier des Chartrons, les habitants dénoncent une "bétonisation". La place du marché, refaite en 2022, est devenue un symbole de cette politique controversée. "Avant, il y avait une route. Aujourd’hui, c’est une dalle bétonnée", explique Timothé, membre du Collectif des Chartrons. Seuls 10 arbres ont été plantés, entourés de 20 cm de béton.
Les travaux ont coûté 16 500 €. Une somme qui fait grincer des dents. "Ce projet n’est pas une végétalisation, mais une bétonisation", insiste Timothé. Les riverains déplorent aussi l’installation de bornes restrictives. Résultat : "nos amis, nos familles ne peuvent plus accéder à nos domiciles en voiture."
Un choix assumé, mais contesté
La politique de Bordeaux est claire. Elle est aussi assumée. Pierre Urmic l’a répété : "On irait probablement vers une interdiction de la voiture à terme." Une vision qui divise profondément les Bordelais.
Pour certains, la transformation est une réussite. "Le centre-ville est vraiment fait pour nous aujourd’hui", affirme une cycliste. Les transports en commun et les tramways complètent un réseau de mobilité douce efficace. "Avec le vélo, c’est suffisant", assure-t-elle.
Mais pour d’autres, c’est un enfer. Les artisans, les commerçants et les habitants des quartiers périphériques sont les premières victimes de cette politique. "Le stationnement s’est dégradé", constate le plombier. Les places sont rares, chères et souvent inaccessibles.
Les Chartrons, quartier emblématique du malaise
Le quartier des Chartrons résume à lui seul les tensions. Les travaux de la place du marché ont profondément modifié le paysage urbain. "Avant, c’était une route. Aujourd’hui, c’est une dalle bétonnée", répète Timothé. Les riverains dénoncent un manque de transparence et une dégradation de leur qualité de vie.
Les bornes restrictives, installées en 2022, ont aggravé la situation. "Nos proches ne peuvent plus venir chez nous en voiture", explique un habitant. Une mesure qui isole certains quartiers et alimente la colère.
Les coûts des travaux suscitent aussi des interrogations. 16 500 € pour une place déjà refaite en 1997. Une dépense qui semble disproportionnée pour un résultat controversé.
Un bilan en demi-teinte
En 2025, Bordeaux reste l’une des villes les plus embouteillées de France. La politique de réduction de la place de la voiture a certes permis de développer les mobilités douces, mais elle a aussi créé de nouvelles difficultés.
Pour les cyclistes et les piétons, la transformation est une réussite. Pour les automobilistes et les riverains des quartiers périphériques, c’est un cauchemar. Le dossier est loin d’être clos.
Les questions restent sans réponse. Pourquoi Bordeaux est-elle devenue si embouteillée ? Qui a décidé de bétonner les Chartrons ? Où sont passés les 40 millions d’euros investis chaque année ?
Une chose est sûre : la guerre de Bordeaux contre la voiture a des conséquences profondes. Et elles ne sont pas toutes positives.
Par la rédaction de Le Dossier


